Le procès de l’accusé Ibrahima Sory Condé, jugé pour viol, séquestration et chantage, s’est poursuivi hier, mercredi 29 octobre 2025, au tribunal de Mafanco. L’audience du jour a été consacrée à la comparution de la partie civile, MDB, et à la poursuite des débats. La jeune dame a réitéré ses accusations contre Ibrahima Sory Condé, qui l’aurait envoyée dans un motel. Ce dernier avait pourtant parlé de de relation consentie avec la partie civile, rapporte une journaliste de Guineematin.com qui était au tribunal.
À la barre, MDB, née en 1998 à Conakry, infirmière domiciliée à Wanindara, est revenue sur le déroulement des faits, notamment sa rencontre avec l’accusé et les promesses de mariage. « J’ai rencontré ce monsieur à bord d’un taxi, vers 19 heures. J’étais avec ma jeune sœur, nous quittions Hamdallaye pour rentrer à Wanindara. Il est monté à Cosa. Entre-temps, ma sœur somnolait. Il m’a demandé pourquoi, j’ai répondu que c’était peut-être la fatigue. En discutant, je lui ai dit que j’étais infirmière. Il m’a alors dit qu’il était médecin chirurgien à Donka, et qu’il pouvait m’aider à trouver du travail. Il a pris mon téléphone et y a enregistré son numéro. Arrivée à la maison, j’ai raconté à maman ma rencontre avec lui. Elle m’a conseillé de me méfier des inconnus. Trente minutes plus tard, il m’a rappelée et a réitéré sa proposition. Le lendemain, il m’a dit qu’il voulait se marier avec une femme peule et m’a demandé si ma famille accepterait sa demande. C’est comme ça qu’il m’a donné rendez-vous à Matoto pour discuter de mon emploi et du mariage. J’en ai parlé à ma mère et à une de mes tantes, qui m’ont dit d’y aller voir s’il avait de bonnes intentions, car il avait même discuté avec elles au téléphone… ».
Poursuivant, MDB raconte comment l’accusé l’a embarquée. « Quand je l’ai rejoint, il m’attendait au bord de la route. Nous avons pris une moto pour aller dans un endroit où il y avait du monde. Après une dizaine de minutes de discussion, il m’a demandé si j’avais un compte bancaire ou Orange Money. Il m’a aussi demandé le code. Je le lui ai donné aveuglément, car il avait réussi à instaurer un climat de confiance. Ensuite, il m’a demandé d’entrer dans une chambre. Dès que je suis entrée, il a verrouillé la porte. J’ai exigé qu’il l’ouvre, il a refusé. Il m’a demandé de me déshabiller. J’ai refusé, il m’a battue et m’a déshabillée de force. J’étais nue et assise par terre. Il a pris mon téléphone et m’a prise en photo. Puis il m’a jetée sur le lit. J’ai crié, je me suis débattue, mais je n’avais plus de force. Voyant que je ne pouvais plus résister, j’ai cessé de me débattre. Il m’a demandé s’il devait mettre un préservatif, j’ai dit oui. C’est ainsi qu’il a fait de moi ce qu’il voulait. Il a ensuite pris mon téléphone et les 200 000 GNF qui étaient dans mon sac. Il m’a obligé à le suivre jusqu’à un garage où, disait-il, se trouvait sa voiture. Il m’a fait attendre dans un bar à côté, mais la dame sur place m’a dit qu’elle ne le connaissait pas. Les jeunes du bar m’ont remis 20 000 GNF pour me permettre de rentrer, car j’étais sous le choc. Je suis allée à Hamdallaye, sans téléphone, pour prévenir ma mère. Le lendemain, j’ai réactivé ma puce. Maman m’a appelée pour me demander où était mon téléphone. J’ai menti, disant que je l’avais perdu dans un taxi. Elle m’a dit d’arrêter, car quelqu’un l’avait appelée pour tout lui raconter. J’ai craqué et tout avoué. Mon frère a été informé », a-t-elle expliqué.
Par ailleurs, la jeune infirmière a raconté comment Ibrahima Sory Condé a été interpellé. « Après cela, il a commencé à appeler maman pour la menacer de publier mes photos si elle ne lui donnait pas deux millions de francs guinéens. Maman s’est endettée et voulait lui envoyer l’argent, mais mon frère s’y est opposé, craignant qu’il continue à nous faire chanter. Nous sommes donc allés porter plainte à la gendarmerie. Là-bas, il a encore appelé ma maman pour la menacer, devant les gendarmes. Quelques temps plus tard, je l’ai revu au bord de la route. Il utilisait la même méthode avec une autre dame en lui disant qu’il était médecin et qu’il pouvait soigner sa mère malade. J’ai comparé le numéro qu’il lui avait donné avec celui qu’il m’avait communiqué, c’était le même. J’ai aussitôt prévenu mon frère, qui est venu avec les gendarmes. C’est ainsi qu’il a été interpellé », a relaté la victime.
Après ce long témoignage, les deux parties ont été confrontées devant le tribunal.
« Monsieur Condé, vous dites ne pas avoir son téléphone. Pourtant, depuis l’enquête préliminaire, elle réclame ce téléphone, affirmant qu’il contient des photos compromettantes. Pensez-vous qu’elle serait venue témoigner ici si elle l’avait récupéré ? », a interrogé le juge.
L’accusé est resté sans réponse.
Le représentant du ministère public a, à son tour, interrogé les deux parties. « Pourquoi tenez-vous à récupérer ce téléphone ? », a demandé le procureur.
« Parce qu’il y a des photos compromettantes de moi dedans. Sinon, j’ai déjà un autre téléphone », a répondu MDB.
« Monsieur Condé, vous affirmez ne pas avoir pris son téléphone, pourtant elle dit que vous l’avez pris avec son calepin contenant 200 000 francs guinéens », a poursuivi le procureur.
« C’est vrai que j’ai pris son calepin ; mais, c’est une fois à la maison que j’ai vu qu’il y avait effectivement 200 000 GNF dedans », a reconnu l’accusé.
« Donc, vous avez le calepin mais pas le téléphone ? », a relancé le procureur.
Une version aussitôt contredite par la victime, qui a affirmé que c’est dans la chambre que l’accusé avait fouillé sa sacoche et pris l’argent.
Prenant la parole, la défense a interrogé la plaignante.
« Madame Baldé, vous dites qu’il vous a déshabillée de force et que vos habits étaient déchirés. Si c’est le cas, pourquoi vous n’avez pas envoyé cette robe déchirée à la gendarmerie ? », a contre-attaqué la défense.
« Si ses habits étaient déchirés, comment a-t-elle pu sortir ? », a rétorqué Ibrahima Sory Condé.
Après cette série d’échanges, le tribunal, présidé par le juge Mohamed Sangaré, a renvoyé l’affaire au 4 novembre prochain, pour la présentation des preuves, les réquisitions et les plaidoiries.
Mariama Barry pour Guineematin.com






