Guinée : l’UFR annonce son retrait de la présidentielle et dénonce « la haine » contre Sidya Touré

L’Union des Forces Républicaines (UFR) a tenu son assemblée générale à Conakry ce samedi 8 novembre 2025 dans un contexte politique marqué par l’élan vers la présidentielle de fin d’année. Cette rencontre politique a été l’occasion pour les cadres et militants du parti d’échanger sur la situation politique du pays, mais surtout d’annoncer une décision majeure : le fait que l’UFR ne participera pas à la prochaine élection présidentielle. Motif invoqué : « le président Sidya Touré n’a pas pu jouir de ses droits civiques parce que des Guinéens lui ont refusé ce droit pour des raisons de jalousie, de haine et de méchanceté », a appris sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

C’est à travers un discours ferme et empreint d’émotion qu’Abass Baba Fofana, trésorier et membre du bureau exécutif de l’UFR, a exprimé la position du parti et dénoncé les obstacles rencontrés par son président Sidya Touré dans le cadre du processus électoral. « Monsieur le vice-président, merci à tout le monde d’être présent à cette assemblée. Soyez fiers d’être parmi les soutiens du président Sidya Touré pour diriger la République de Guinée. Il faut en être fiers. Les élections programmées pour le 21 décembre, si elles ont lieu, l’UFR n’y participera pas avec son candidat champion, le président Sidya Touré. L’UFR ne participera pas à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025. Ce n’est pas de sa volonté, c’est indépendamment de la volonté de son président et de ses responsables. Honnêtement parlant, ce n’est pas non plus la volonté des Guinéens, de la majorité des Guinéens. L’UFR n’y participera pas, parce que notre président n’a pas pu se faire enrôler. Parce que notre président n’a pas pu renouveler ses documents de citoyenneté. Parce que notre président Sidya n’a pas pu renouveler ses documents de voyage en tant que citoyen guinéen. Notre président n’a pas pu jouir de ses droits parce que des Guinéens, des compatriotes, lui ont refusé ce droit pour des raisons de jalousie, de haine et de méchanceté. Rien d’autre. Chacun de nous a sa dignité en lui-même. Si nous réfléchissons ainsi, en tant que croyants, nous ne pouvons pas penser faire du mal à notre prochain jusqu’à ce degré, jusqu’à refuser de reconnaître sa citoyenneté, jusqu’à le priver de ses droits fondamentaux. Le pays est en otage. Le pays est pris en otage. Oui, pris en otage. Voilà les raisons qui font que nous n’allons pas participer à la réduction de nos droits. Nous n’allons pas participer à ces élections en tant que parti politique. Ce que nous vivons aujourd’hui, nous en parlons maintenant, mais cela ne date pas d’aujourd’hui. Chacun peut l’analyser à sa manière. Moi, j’ai essayé de faire une petite réflexion : tout ce qui nous arrive, c’est parce que les cadres guinéens, les intellectuels guinéens, ont démissionné depuis longtemps. C’est cette démission des responsables, des cadres, des intellectuels guinéens, qui fait que n’importe qui peut se permettre de faire n’importe quoi, n’importe quand et n’importe où. C’est la démission des responsables, des cadres, des intellectuels », a martelé Abass Baba Fofana.

Poursuivant son intervention, le trésorier et membre du bureau exécutif de l’UFR a mis en cause la passivité des élites guinéennes face à l’injustice et au dysfonctionnement du système politique. Selon lui, cette attitude de résignation des intellectuels est l’une des principales causes de la crise démocratique que traverse le pays. « Vous avez étudié pendant au moins quinze, vingt ans. Vous avez votre doctorat, votre professorat. Vous avez des références internationales. Vous voyez ce que vos collègues produisent ailleurs lorsqu’il y a des situations de ce genre. On essaie de le faire chez vous, et vous restez indifférents. C’est une démission. C’est une démission, et c’est ce qui est regrettable. Ceux qui ont conçu ce que nous subissons aujourd’hui avaient déjà crié, à l’époque, qu’il faut que le pouvoir arrête le pouvoir. Ceux qui détiennent le pouvoir cherchent toujours à en abuser. Si les choses fonctionnent normalement, il existe un autre pouvoir pour les en empêcher. Mais si ces institutions ne fonctionnent pas, les intellectuels doivent s’élever. En Guinée, ils ont démissionné depuis toujours. En 2010, il y avait 24 candidats. Vous les connaissez. On ne peut pas tous les citer ici, mais il y avait Cellou Dalein Diallo, il y avait Sidya, il y avait Alpha, il y avait Kouyaté, il y avait Ousmane Kaba, Hadja Saran Daraba, Abé Sylla… Il y en avait beaucoup. À 20 heures, chacun savait déjà quelles étaient les tendances. Chacun des candidats le savait, car c’était l’élection à laquelle les Guinéens croyaient le plus, la plus crédible, la plus attendue. C’était la première fois que les autorités qui organisaient les élections ne faisaient pas partie des compétiteurs. C’était une première. Le président Sidya a été trahi, volé. Aucun des 24 ou 22 candidats n’a levé le doigt pour le dénoncer. Cela fait longtemps que nous vivons dans l’injustice. Cette fois-ci, cela ne passera pas. Même s’il n’était pas quatrième ou septième, même s’il était le dernier, personne ne l’a dit. Est-ce la faute à Sékouba Konaté ou au CNDD ? À 100 % ? Tous ceux qui ont participé à ces élections, qui étaient cadres, qui avaient déjà les informations issues des bureaux de vote jusqu’à la centralisation, et qui connaissaient leur rang et celui des autres, portent une part de responsabilité. Ces élections de 2010 ont été préparées avec l’appui de tous les Guinéens et de toutes les institutions internationales. Nous, Guinéens, avons été trichés. De qui nous moquons-nous ? Le mensonge, la tricherie, l’injustice sont devenus des semences dans notre pays. On a triché pour qu’il n’y ait pas de vrai président. Tout le monde le sait. Ceux qui ont triché l’ont même raconté », rappelé M. Fofana,  très amer.

À travers cette déclaration, l’UFR exprime un profond désarroi face à ce qu’elle considère comme une confiscation des droits civiques de son président et une démission morale des élites guinéennes. Le retrait du parti de la présidentielle du 28 décembre 2025 marque un tournant majeur pour cette formation politique dirigée par l’ancien Premier ministre Sidya Touré. Ce qui relance le débat sur la crédibilité et le caractère inclusif du processus électoral en cours.

Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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