Ce 3 décembre 2025, marque un an jour pour jour depuis que le journaliste Marouane Camara a été enlevé de force à Conakry. Depuis cet enlèvement, parents, amis et confrères n’ont aucune nouvelle concernant le chroniqueur. Face à cette violation flagrante des droits humains, l’ONG Avocat Sans Frontières Guinée dit être indignée et se demande à qui le tour. Le président de cette structure, Me Koné Aimé Christophe Labilé, interrogé à ce sujet par un reporter de Guineematin.com ce mercredi, partage son inquiétude par rapport à la situation du pays caractérisée par « l’insécurité totale ».
Dans son intervention, Me Koné Aimé Christophe Labilé dit être inquiet et indigné par cet état de fait. « C’est la mort dans l’âme que je prends la parole pour commémorer un cas malheureux qui est arrivé chez nous en Guinée. Pas plus tard qu’avant-hier, le 1er décembre 2025, nous étions en train de parler de la tragédie qui est intervenue au stade de N’Zerekoré, où il y a eu plus de 140 morts, des portés disparus, et des blessés graves. On est vraiment indigné en tant que défenseurs des droits de l’homme, que nous puissions prendre la parole et interpeller les autorités politiques et judiciaires pour des cas de violations manifestes de droits de l’homme qui se produisent en République de Guinée et dont nous n’entendons pas d’échos. Le cas de Marouane, journaliste de son état, a été enlevé ici à Lambanyi, par des hommes habillés en uniforme de nos forces de défense et de sécurité. Ses parents ont constitué avocats, il a été recherché, mais jusqu’au jour d’aujourd’hui, personne ne sait où se trouve Marouane Camara. Je dis bien personne », a-t-il déclaré.
Face aux multiples violations des droits de l’homme en Guinée, l’avocat se demande si nous sommes même dans un Etat de droit. « Est-ce que nous sommes dans un Etat de droit ? Est-ce que nous sommes dans une République qui protège ses citoyens et leurs biens ? J’ai quand même des doutes à ce niveau-là. Parce que Marouane Camara n’est pas la seule personne aujourd’hui enlevée et disparue. Vous avez le cas de Foniké Mengué, et son compagnon d’infortune Billo Bah, vous avez le cas de Sadou Nimaga, la liste est longue. Pourquoi tout cela arrive dans ce pays, quand on sait que, nous entendons dire de nos autorités, que tous les services fonctionnent ? Si tel était le cas, pourquoi on n’a pas pu, si ce ne sont pas les services de l’Etat qui l’ont enlevé, je ne sais pourquoi, ils n’ont pas mené des enquêtes sérieuses pour communiquer les résultats de cette enquête ? Il est arrivé à un moment donné que le procureur général près la cour d’appel de Conakry, par un effet d’annonce, a dit qu’il allait faire ouvrir une enquête. Est-ce que cette enquête a été ouverte ? Dieu seul sait ! Si cette enquête a été ouverte, quelles en sont les conclusions ? En tout cas, l’opinion nationale et internationale n’est informée de rien ».
Poursuivant, Me Koné Aimé Christophe Labilé réitère que les droits de l’homme se portent mal en République de Guinée. « Pour se résumer, les droits de l’homme se portent mal encore une fois en République de Guinée. Nous, défenseurs des droits de l’homme, nous pouvons dire que nous sommes inquiets. Puisqu’on peut librement se poser la question, à qui le prochain tour ? Parce qu’il y a eu un, deux, trois, il n’y a pas eu de suite. Je crois qu’on peut bien s’interroger que quelqu’un pourrait être enlevé sans oublier le cas mon confrère Mohamed Traoré, et Abdoul Sacko. Heureusement, eux, ils ont eu la chance d’être maltraité et laissé quelque part. Donc, on est en mesure de se poser la question. Et on doit s’inquiéter pour chacun de nous qui vivons en République de Guinée. Parce que quelqu’un peut disparaître et rien ne sort. Et d’ailleurs, ce qui me permet de revenir à un propos du ministre Ousmane Gaoual qui disait à l’époque, qu’un adulte avait le droit de disparaître. Donc, c’est pour tout dire. C’est pour dire que nous sommes en insécurité totale, et ceux qui sont censés nous protéger se moquent de nous », a déploré l’avocat.
Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com
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