Dans le cadre de l’application du protocole d’accord signé le 10 octobre 2017, entre le gouvernement, le syndicat et la patronat, il a été annoncé hier, vendredi 23 février 2018, l’augmentation sur le mois en cours de la première tranche de 10% sur les 40 accordés aux enseignants, suite à leur grève de février 2017.

Dans ce protocole d’accord dont le syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) et la fédération du syndicat professionnel de l’éducation (FSPE) étaient respectivement représentés par Souleymane Sy Savané et Balato Keita, les 40% correspondants au rétablissement de la valeur indiciaire à 1030 pour les enseignants et 977 pour les autres fonctionnaires, sont échelonnés comme suit : 10% en février 2018 ; 10% en octobre 2018 ; 10% en février 2019 et 10% en octobre 2019. Un protocole contesté par l’actuel SLECG version Aboubacar Soumah. Pour ce dernier et son groupe, il faut que le gouvernement applique les 40 % d’un seul coup ou à défaut en deux tranches.

Depuis donc la diffusion de ce communiqué, les réactions de cette corporation se multiplient à travers le pays. À Boké, le correspondant local de Guineematin.com a donné la parole à quelques enseignants. Et, dans l’ensemble, tous les enseignants interrogés restent fermes sur leur position. « Les 10 % ajoutés ne sont pas liés à notre mouvement de grève. Nous nous demandons 40% et non 10 », réagissent-ils.

Camara Aboubacar Bintiya

Monsieur Camara Aboubacar Bintiya est professeur de Français au collège Baralandé, rencontré dans une cafétéria de la ville de Boké, donne ses impressions : « ce n’est pas 10% que nous nous avons demandé. Nous réclamons les 40% que nous avons acquis depuis le temps de Lansana Conté. Si le gouvernement payait au moins les 20% on pouvait peut-être suspendre la grève pour attendre les 20 autres. Mais cette annonce ne changera en aucun cas notre position, la grève continue jusqu’à la satisfaction totale de nos revendications. Le gouvernement a invité les parents d’élèves à libérer les enfants pour aller à l’école le lundi, mais s’ils vont à l’école et ne trouvent aucun enseignant, tout ce qu’ils feront c’est le gouvernement qui assumera la responsabilité », a lâché ce professeur plutôt coléreux que joyeux.

Mamadou Saliou Diallo

Pour sa part, monsieur Mamadou Saliou Diallo, professeur d’économie au lycée Yomboya de Boké invite le gouvernement de faire preuve de bonne foi en acceptant de payer les 40% qui constituent un dû de longue date : « le gouvernement n’a fait qu’appliquer le fameux accord du 09 octobre 2017, que nous nous avons contesté. Il faut rendre à césar ce qui appartient à César ! Les 40% là c’est un acquis qu’on a obtenu depuis le régime Conté. Le gouvernement devrait avoir la bonne foi de nous rendre notre dû. Retenez donc que les 10% ne changent rien sur notre position. Nous n’irons pas à l’école tant que nos revendications ne sont pas satisfaites », a martelé monsieur Diallo.

Même son de cloche chez cette femme institutrice dans une école primaire de la place qui intervient sous réserve d’anonymat : « si le gouvernement avait pitié de nous les enseignants, il allait nous rendre ce qu’il nous a retiré, les 40% au lieu de faire semblant qu’il y a eu augmentation de salaire. Or, ces 10% ne valent même pas 100.000 GNF chez certains enseignants. Que le gouvernement sache que la bonne formation des élèves est une fonction de la rémunération des enseignants. La grève continue ! », a-t-elle réaffirmé.

Sur la même lancée que ses prédécesseurs, monsieur Oumar Sylla, professeur de Français au collège Filira de Boké, qualifie l’acte gouvernemental d’un jeu de cache-cache. Il voit d’ailleurs paradoxal que le gouvernement annonce tantôt le non payement des salaires des enseignants grévistes, tantôt l’augmentation de 10% sur les salaires.

Oumar Sylla

« C’est un jeu que le gouvernement est en train de faire, mais les guinéens sont habitués à ce jeu. Tout leur problème c’est Aboubacar Soumah et pourtant ils savent pertinemment que la seule solution à ce problème c’est bien la même personne qu’ils refusent de reconnaitre sa légalité et sa légitimité. Il faut absolument appeler le général Aboubacar Soumah autour de la table et négocier avec lui. Les guinéens ont compris, on ne peut plus nous amadouer dans ce pays avec des jeux de mots. Alors moi je n’irai pas à l’école le lundi et je n’encourage pas mes élèves aussi d’y aller parce que la décision prise par le gouvernement est unilatérale. Pour une solution définitive, il faut que toutes les parties prenantes se retrouvent pour discuter du problème autour d’une même table. Sinon 10% ne signifie rien chez nous », a signé le sieur Sylla.

De Boké, Mamadou Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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