Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo à la présidence de la République, le 1er septembre 2016

Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo s’apprêtent à livrer le troisième et dernier combat qui les met aux prises depuis près de dix ans. Quel que soit le vainqueur parmi les deux, il est improbable, voire exclu que les deux hommes se retrouvent dans six ans pour un ultime combat. C’est autant dire que les enjeux sont grands pour eux qui ont monopolisé le débat politique du pays ces dix dernières années.

Durant la décennie écoulée, Cellou Dalein Diallo a été pour Alpha Condé ce que ce dernier fut pour le général Lansana Conté. De tous ses opposants, c’est le seul qui a le plus mis le régime à rude épreuve. Même si certains opposants, jaloux du statut de Cellou, ont ironisé à plusieurs reprises que le président de l’UFDGG était, à un moment donné, un allié du chef de l’Etat. A cause notamment du fameux budget alloué au chef de file de l’opposition. Une cagnotte qui a divisé pour ne pas dire décimé l’opposition.

Que Cellou réussisse ou qu’il échoue à la présidentielle du 18 octobre 2020, il n’en demeurera pas moins parmi les hommes politiques qui ont profondément marqué l’histoire de notre pays durant la décennie 2010-2020. L’histoire retiendra qu’il fut l’opposant le plus farouche à l’opposant historique devenu président de la République. Qualifié d’animal politique, Alpha Condé est en permanence hanté par cet homme. Une nouvelle fois, la preuve vient d’être faite. Alors que le chef de l’Etat avait décidé de mener une campagne électorale virtuelle à partir du palais présidentiel, la raillerie de Cellou le défiant de faire le tour du pays l’a obligé à quitter son confortable palais pour aller à la rencontre des électeurs.

Au départ, ni le physique, ni la formation de cet homme ne faisaient de lui un opposant aussi coriace. Débarqué au poste de Premier ministre par le redoutable clan qui régnait en maître absolu durant les dernières années de règne du président Conté, Cellou rejoindra l’opposition. Mais, l’homme adopte une posture ambiguë. Tout en se réclamant de l’opposition, il ne manque aucune occasion pour marteler qu’il critique un système et pas celui qui incarnait ce système : Le président Conté. Auquel il restera fidèle jusqu’au dernier souffle. A l’inhumation du chef de l’Etat en décembre 2008, Cellou est l’un des rares anciens collaborateurs du général présents au village de ce dernier à Lansanaya.

Avec cette posture mi-figue mi-raisin, personne ne prend Cellou au sérieux. Il faudrait attendre la prise du pouvoir par le CNDD pour qu’il s’affirme et s’engage ouvertement et courageusement dans le combat politique. Comme ce qui vient de se passer à Tokounou, l’un des farouches opposants à la junte militaire, qui n’est autre que le nouvel opposant Cellou Dalein Diallo, est obligé d’annuler une tournée en Haute Guinée. Sur instruction de la junte.

Les militaires ayant pris goût du pouvoir, l’opposition, forte d’avoir en son sein Jean Marie Doré, Sidya Touré et un certain Alpha Condé pour ne citer que ceux-là, accentue la pression. De fil à aiguille, intervient la tragédie du 28 septembre 2009. Alpha Condé, que le capitaine Dadis qualifiera du plus rusé parmi les opposants, avait pris un vol pour le pays de l’oncle Sam. Les autres sortent du stade grièvement blessé. Cellou n’aura la vie sauve que grâce à un simulacre de mort.

Au terme de cette longue traversée du désert, les opposants peuvent enfin battre campagne sans entrave. Grâce notamment à la non candidature de tous les membres du gouvernement de la transition. Avec les derniers évènements survenus à Tokounou, on se rend compte que la compétition est toujours plus équitable lorsque le sortant n’est pas candidat à sa propre succession.

Pour revenir à la bipolarisation de la vie politique nationale avec le duo Cellou et Alpha, le premier aura donné du grain à moudre au second jusqu’à la dernière minute de son deuxième et dernier mandat constitutionnel. Et s’il devait se succéder à lui-même, Cellou n’aura sans doute pas dit son dernier mot. Quel que soit le vainqueur entre les deux, il n’y a que leur candidature ensemble pour un même scrutin qui sera écarté. Quant à leur opposition mutuelle, celle-ci risque d’exister tant que l’un ou l’autre n’aura pas quitté ce bas monde.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

Téléphone : 664 27 27 47

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