A Bowoun Djoungol, il faut être téméraire, audacieux, ne pas être prêt à prendre ses jambes au cou au moindre bruit dans un buisson, pour aller à l’école. Car, dans ce village relevant du district de Koumi, dans la commune urbaine de Mamou, les enfants qui s’éloignent des concessions sont souvent attaqués par des chimpanzés. Les élèves de l’élémentaire sont quotidiennement victimes de ces primates. Ces enfants (garçon et fille) parcourent plus de 7 kilomètres pour se rendre à l’école (un hangar). Et, ils en reviennent fréquemment avec des griffures sur le corps, Guineematin.com à travers son correspondant à Mamou.

Composé de neuf (9) hameaux, Bowoun Djoungol est encore un gros village où les hommes se côtoient avec animaux sauvages et reptiles. Cette localité, pourtant située dans la commune urbaine de Mamou, est dépourvue de tout (pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de structure de santé). Et, la seule école de la place est un hangar. Cet établissement scolaire de fortune, coiffé de paille (au début), a été construit au centre du village, loin des concessions. Il est censé absorber le nombre sans cesse croissant d’enfants en âge d’aller à l’école ; et, il abrite à ce jour plus de 75 élèves. Des élèves qui y viennent étudier dans insécurité totale. Ils affrontement chaque jour (matin et soir) des kilomètres de broussailles à pied pour apprendre à lire et à écrire. Et, sur le chemin de l’école, ils sont souvent victimes d’attaques d’animaux sauvages, notamment les chimpanzés. Les parents sont conscients des dangers auxquels ces enfants font face au quotidien, mais envoyer ces tout-petits à cette école de fortune est le seul moyen qu’ils ont trouvé pour les épargner des durs travaux champêtres.

Thierno Boubacar Tanou Barry, doyen de Bowoun Djoungol

« Nous avons décidé unanimement de construire cette école pour nos enfants qui sont très nombreux dans ce village et qui ont l’âge d’aller à l’école. Nous avons commencé avec de la paille dans le hameau de Aboudji, mais le vent est venu la détruire, puis un feu de brousse l’a rasé. Nous l’avons réparé encore, mais le vent est venu une seconde fois emporté la toiture de l’école (le hangar). C’est après ça que nous avons décidé de venir dans ce Bowal ici pour mettre en place l’école. Parce que nous avons estimé c’est ici le milieu entre tous les 9 hameaux qui composent le village. Mais, nous rencontrons d’énormes difficultés ici. Les enfants parcourent plus 7 kilomètres pour aller à l’école. Et, ils sont menacés et griffés par les chimpanzés », a confié Thierno Boubacar Tanou Barry, le doyen de Bowoun Djoungol.

Cette école de fortune existe depuis 2015 ; et, sa survie (tout comme son existence) se limite aux seuls efforts des populations du village. Elle compte moins de 20 tables-bancs (exactement 14 tables-bancs selon notre décompte), un tableau flanqué à terre et un enseignant (un contractuel communautaire). Et pire, il n’y existe aucun point d’eau potable et aucune latrine. La brousse est le recours pour tous les besoins (y compris pour le maître). Une situation que déplore Madame Habibatou Koundouno, déléguée scolaire de l’enseignement élémentaire de Mamou 3.

Mme Habibatou Koundouno, déléguée scolaire de l’enseignement élémentaire de Mamou 3

« C’est très regrettable de voir plus de 250 enfants scolarisables qui ont l’âge d’aller à l’école sont dans ce village sans école. Ces enfants n’ont aucune activité si ce n’est aller dans les champs ou courir derrière les animaux. Nous avons fait ce hangar pour recruter au moins quelques enfants parmi eux. Nous demandons aux personnes de bonne volonté de nous venir en aide. Les écoles environnantes sont très éloignées et les enfants sont toujours agressés par les chimpanzés et certaines filles sont aussi menacées quelquefois par les violeurs. Ce hangar se trouve en plein Bowal, il n’y a ni forage, ni latrines. Ils se mettent à l’aise dans la nature. C’est vraiment déplorable », a indiqué Madame Habibatou Koundouno.

Avec l’appui des « bonnes volontés », le maire de la commune urbaine de Mamou (par ailleurs enseignant à la retraite) promet de construire une « vraie école » dans ce village qui relève de sa juridiction géopolitique. Elhadj Amadou Tidiane Diallo assure qu’il a déjà quelques promesses de soutien dans ce sens et que certaines personnes ont récemment de matériels didactiques aux élèves de ce village.

Elhadj Amadou Tidiane Diallo, maire de la commune urbaine

« Étant un ancien de la boîte, nous avons décidé d’accompagner ce village. Nous allons tout faire pour ne pas que les enfants là soient sacrifiés. Car, l’ignorance est le pire de maux. J’ai une petite fille du nom de Safiatou Diallo vivant aux Etats Unis qui m’a même promis qu’elle va se battre pour nous aider. Tout récemment, elle a envoyé des sacs, des livres, des bics, des crayons et beaucoup d’autres fournitures pour accompagner ces enfants. Elle m’a dit qu’elle va nous aider encore. Donc, on va se battre nous aussi, surtout avec le programme ANAFIC, pour orienter certains financements là-bas (Bowoun Djoungol) », a confié le maire Elhadj Amadou Tidiane Diallo.

De Mamou, Boubacar Ramadan Barry pour Guineematin.com

Tél : 625698919/657343939

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