Peu après le blocage de son cortège à la Belle-Vue où son véhicule a été touché « par une balle », Cellou Dalein Diallo a accordé une interview aux médias présents à son domicile dont Guineematin.com, ce mardi 23 octobre 2018. Le président de l’UFDG et chef de file de l’opposition guinéenne a dénoncé une tentative d’assassinat contre sa personne et annoncé qu’il ne baissera pas les bras.

Décryptage !

Vous aviez décidé de braver l’interdiction de votre manifestation de ce mardi, mais les forces de l’ordre vous ont barré la route juste après votre départ. Votre cortège a été bloqué au rond-point de la Belle-Vue où votre véhicule aurait reçu une balle. Quelle est votre réaction par rapport à cette situation ?

Cellou Dalein Diallo : je suis indigné qu’on utilise ces méthodes en plein 21ème siècle. J’ai dit qu’Alpha Condé est un stalinien parfois, il s’est fâché. Maintenant, regardez, c’est lui qui a commandité le pillage de la maison de ma belle-mère, une vieille de 80 ans, dont le mari a servi Kindia où il était respecté, aimé, enterré dans l’hôpital où il a travaillé pendant toute sa carrière de médecin. Aujourd’hui, c’est contre ma vie qu’on attente. C’est la même pratique, c’est les méthodes staliniennes, je suis indigné pour la Guinée. Je pensais prendre part à l’instauration d’une démocratie apaisée, respectueuse des droits humains et des libertés fondamentales. Mais avec Alpha Condé, ce n’est pas le cas. Je suis peiné pour la Guinée.

Qu’est-ce qui s’est réellement passé selon vous ?

Cellou Dalein Diallo : notre cortège a été bloqué, on nous a arrosés de gaz lacrymogène. Après, il y a un coup de feu qui est parti du côté des forces de défense et de sécurité qui est venu casser le pare-brise et la lunette arrière de mon véhicule, alors qu’on était complètement inondé de gaz lacrymogène. On n’arrivait plus à ouvrir les yeux.

Vous avez dit que votre véhicule était inondé de gaz lacrymogène et que vous ne voyiez plus lorsque la balle a touché la voiture. Mais, dans le même temps, vous dites que la balle a été tirée par les forces de l’ordre. Avez-vous des preuves de ce que vous affirmez ?

Cellou Dalein Diallo : je n’ai pas de preuves, je n’ai pas dit que j’ai des preuves. La balle est venue, elle a essoufflé, j’étais paniqué moi-même, il y avait déjà trop de gaz lacrymogène dans notre véhicule. Vous avez vu l’impact sur la lunette arrière, je ne peux pas dire que c’est telle personne, mais j’avais en face de moi que des policiers et des gendarmes qui jetaient les gaz lacrymogènes. J’ai vu quand-même la balle a essoufflé, elle a traversé les deux vitres.

Quel est votre état d’âme actuellement ?

Cellou Dalein Diallo : je suis déterminé à mener le combat, je ne fléchirai pas, c’est pour la Guinée. Je suis terminé à mener le combat pour qu’il y ait une démocratie apaisée, pour qu’il y ait un Etat de droit qui pourra réconcilier tous les Guinéens autour des valeurs essentielles. C’est pour ça que je me bats, rien d’autre.

Suite à cette situation, vous avez appelé à de nouvelles manifestations à partir de demain à Conakry. Au-delà de ces mouvements de protestation dans la rue, est-ce que vous prévoyez d’autres actions ?

Cellou Dalein Diallo : je vais réfléchir avec mes avocats pour savoir quelle est la démarche que nous allons adopter. Je ne crois pas du tout à la justice, je sais qu’elle est inféodée à Alpha. Parce que le recours pour les élections locales, c’était tellement évident, on a eu un entretien avec les juges, on a mis tout en évidence. Ils étaient d’accord, ils disent c’est clair, c’est limpide. Mais les instructions sont venues la nuit disant qu’il ne faut pas changer les résultats proclamés par les CACV, sinon ils jouent avec leur carrière. Parfois, certains ont reçu, hélas, de l’argent. Ils ont donc refusé de traité. C’était tellement limpide, c’était clair comme l’eau de roche. Les résultats sont là, on avait les PV de tous les bureaux de vote, de tous les quartiers de Conakry, Dubréka et Kindia.

Est-ce qu’aujourd’hui, vous ne craignez pas qu’avec les marches, la situation ne s’exacerbe davantage ?

Cellou Dalein Diallo : écoutez, il faut d’abord savoir que la Constitution de la République sur laquelle Alpha Condé a prêté serment donne la liberté aux citoyens guinéens d’organiser des manifestations pacifiques. C’est un droit constitutionnel. Depuis juillet, ils veulent suspendre ce droit. C’est illégal. Ils n’ont pas le droit de la faire. Ils peuvent peut-être proposer une loi modifiant la Constitution par referendum ou par voie parlementaire. Pour le moment la Constitution donne le droit de manifester, nous ne sommes pas en état de guerre, le gouvernement n’a pas le droit de confisquer cette liberté consacrée par notre Constitution. Donc, on ne peut pas se soumettre à une décision illégale.

 

Propos recueillis par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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