Colonel Layaly Camara, Directeur National des Eaux et Forêts

L’humanité célèbre aujourd’hui, mercredi 17 juin 2020, la journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. Pour cette année, le thème retenu est Aliments, Fourrage, Fibres. Pour en parler, un reporter de Guineematin.com a joint au téléphone le Directeur National des Eaux et Forêts, le Colonel Layaly Camara. Dans cet entretien, l’officier met l’accent sur les dangers de la désertification dans notre pays et appelle les populations à plus de responsabilité.

Décryptage !

Guineematin.com : Aujourd’hui c’est la journée mondiale de la lutte contre la désertification et la sécheresse. Que peut-on dire de l’avancée du désert, surtout vers notre pays puisque nous faisons frontière avec des pays comme le Mali et le Sénégal ?

Colonel Layaly Camara : effectivement, l’organisation des Nations Unies a retenu le 17 juin de chaque année comme une journée internationale de lutte contre la désertification et la sécheresse. Il n’est un secret pour personne aujourd’hui que nous sentons le désert avancer à grand pas vers notre pays. Surtout dans la partie Nord, notamment dans les préfectures de Boké, de Koundara, de Kouroussa, de Kankan, de Siguiri, de Mandiana et de Dinguiraye. Dans ces préfectures, la pluie se fait de plus en plus rare. Les actions anthropiques menées contribuent de façon accélérée le processus de transformation ou de désertification de notre pays. Au cours de ces activités, les arbres sont coupés et il n’y a pas d’action de reboisement pour une mesure de compensation. Donc, la pression est d’origine multiple : il y a la coupe du bois, l’agriculture itinérante, l’élevage, les activités minières qui prennent de plus en plus d’envergure dans notre pays. Toutes ces pratiques contribuent à la sécheresse et à la désertification. Aujourd’hui, il est grand temps qu’on réagisse par des actions rigoureuses de reboisement, d’information et de sensibilisation des populations sur les effets néfastes de ces pratiques qui agissent sur le climat en général.

Guineematin.com : qu’est-ce qui est entrepris par le ministère de l’Environnement pour faire face à cette situation ?

Colonel Layaly Camara : des efforts sont fournis, peut-être modestes ; mais, nous faisons d’abord l’information au niveau du grand public parce que jusqu’à présent, il y a beaucoup de personnes qui ne comprennent pas la portée du problème. Donc, il y a lieu de les informer, les sensibiliser et faire des comparaisons entre ce que nous vivons aujourd’hui par rapport à ce que nous avons vécu de par le passé. Il faut qu’on prenne conscience qu’aujourd’hui, le problème d’eau se pose avec acuité par endroit dans notre pays et la pluie devient de plus en plus rare. Avant, il pleuvait entre quatre et cinq mois dans l’année ; mais, aujourd’hui malheureusement, c’est peut-être deux ou trois mois au maximum. Donc, c’est avec une fréquence irrégulière. C’est ce qui provoque l’assèchement des cours d’eau et comme tout le monde le sait, l’eau est une ressource de grand enjeu. Toutes les grandes luttes se passent autour des problèmes d’eau. De ce fait, nous devons tout faire pour préserver nos cours d’eau, les grands fleuves qui sont là et qui alimentent d’ailleurs toutes la sous région. En plus de la formation et de la sensibilisation, le président de la République a initié depuis l’année dernière ce qu’on appelle « l’initiative présidentielle pour le reboisement ». Depuis, les activités de reboisement sont engagées à travers tout le pays. Et, ces actions vont continuer. Malheureusement cette année, avec ce problème de pandémie du coronavirus, les actions prioritaires ont changé parce qu’il faut faire face d’abord à la pandémie. Nonobstant, nous restons optimistes pour réaliser des actions d’envergure dans ce sens précis.

Guineematin.com : quelles sont les perspectives envisagées par le département ?

Col. Layaly Camara : nous allons continuer la sensibilisation et l’information auprès des populations. Aujourd’hui, nous avons un programme national de reboisement qui a été élaboré mais qui n’est pas encore terminé compte-tenu de la situation sanitaire qui prévaut. Ce, parce que les financements se font de plus en plus rares. Tout le monde est tourné aujourd’hui vers la lutte contre le coronavirus. Mais, il y a un aspect très important qu’il faut souligner. Aujourd’hui, on parle de cette pandémie qui a commencé à Wuhan en Chine. Nous sommes à l’étape des hypothèses où on parle des Chauve-souris ou les pangolins. Des espèces de la faune sauvage qui doivent être préservées. Nous devons tout faire pour rétablir ces animaux dans leur habitat naturel. Malheureusement, avec l’exploitation des écosystèmes forestiers, nous assistons à une fragmentation ou à une disparition de leur habitat. Ce qui fait que ces animaux sont dispersés partout et la cohabitation avec nous sont de plus en plus proches. Ils sont des facteurs de transmission des maladies de tout genre.

Guineematin.com : quel est le mot de la fin ?

Colonel Layaly Camara : je ne peux que vous remercier et attirer l’attention du grand public sur la nécessité d’accorder plus d’importance aux actions de préservation et de protection de notre environnement. Aujourd’hui, la Guinée est un pays stratégique au niveau de la sous-région. Nous avons plus de 1160 cours d’eau, plus de 4 grands fleuves qui prennent leurs sources et qui arrosent la sous-région. C’est dire que nous avons intérêt et toute la sous région a intérêt à ce que ces cours d’eau et ces grands fleuves soient préservés, au risque d’assister à une catastrophe écologique qui n’est pas du tout souhaitable.

Interview réalisée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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