Elhadj Yaya Camara, imam, professeur de langue Arabe

Dans une décision en date du 29 octobre 2019, le Secrétariat Général aux Affaires Religieuses a radié à vie Elhadj Yaya Camara de ses fonctions d’imam et de prêcheur pour « faute lourde ». La même décision interdit au religieux de parler au nom de l’Islam en public sur toute l’étendue du territoire national.

Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com dans la journée de ce lundi, 04 novembre 2019, Elhadj Yaya Camara pense que cette mesure est liée au point de vue qu’il a exprimé sur le projet de 3ème mandat pour Alpha Condé.

Elhadj Yaya Camara, professeur de langue Arabe, officiait jusque-là dans la commune de Ratoma, comme premier imam à la mosquée Kignifi Village, au quartier Lambanyi. Désormais, il lui est carrément interdit « de parler au nom de l’Islam en public sur toute l’étendue du territoire national ».

Guineematin.com : vous avez été récemment radié à vie par le secrétariat aux affaires religieuses pour faute lourde. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Elhadj Yaya Camara : le lundi 28 octobre 2019, le secrétaire général des affaires religieuses, Elhadj Aly Jamal Bangoura m’a appelé pour une réunion avec le cabinet, avec les représentants des cinq communes de Conakry. Ils m’ont dit qu’ils ont vue une vidéo dans laquelle j’ai dit que je ne suis pas pour le 3ème mandat ou pour la nouvelle constitution. Ils m’ont dit aussi que j’ai démenti les propos du président qui disait qu’il n’y a eu que deux morts lors des manifestations du FNDC les 14 et 15 octobre. Je leur ai dit que ce n’est pas moi qui ai fait la publication, c’est quelqu’un d’autre qui a publié, moi je n’ai pas regardé la vidéo encore. Je leur ai dit que je n’ai pas parlé dans une mosquée ou à une conférence islamique.

Guineematin.com : cette vidéo pour laquelle vous avez été convoqué a été faite où et à quelle occasion ?

Elhadj Yaya Camara, imam, professeur de langue Arabe

Elhadj Yaya Camara : j’ai parlé chez Elhadj Sékhouna Soumah, le Kountigui de la Basse Côte. Il a fait une conférence de presse dans laquelle il a dit que la Basse Guinée n’est pas dans l’affaire du 3ème mandat ou de nouvelle constitution. On a fait la conférence là-bas avec le Kountigui. Après ça, j’ai parlé chez Cheick Amadou Camara, à l’occasion d’une rencontre de l’Union de la Basse Guinée où j’ai dit que cette fois-ci, on ne votera pas pour la nouvelle constitution. C’est pour ces sorties-là qu’on m’a reproché, en disant que le chef de l’Etat dit qu’il y a eu deux morts lors de la manifestation. Mais, je leur répondu qu’i y a eu plus de deux morts. C’est ainsi que le secrétaire général des affaires religieuses a pris cette décision disant qu’il faut me radier des fonctions d’imamat, de prêcheur sur toute l’étendue du territoire national.

Guineematin.com : quelle a été votre réaction ?

Elhadj Yaya Camara : je lui ai dit d’accord. Mais, si aujourd’hui on ne dit pas la vérité en Guinée, on ne comprend rien. C’est ce qu’ils appellent faute lourde. Dire que je ne suis pas pour la nouvelle constitution, je ne suis pas pour le référendum, je ne vote pas Oui, j’ai dit tout ceci en bon Soussou, si la décision est aujourd’hui est tombée pur dire que ça c’est une faute lourde, je ne comprends vraiment pas Elhadj Jamal Bangoura. Mais, comme il ne connait pas l’Islam pour dire que ça c’est une faite lourde, mais, aujourd’hui il est secrétaire général, mais demain il ne le sera pas. La vie c’est comme ça.

Guineematin.com : est-ce que vous n’aviez pas reçu des mises en garde, des avertissements ou autres sanctions avant que vous ne soyez radié à vie ?

Elhadj Yaya Camara : il y avait eu beaucoup de problèmes avant. Il y a eu beaucoup de problèmes avec moi chaque fois.

Guineematin.com : il semble que vous aviez eu des soucis quand le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein, a effectué une prière dans votre mosquée. Confirmez-vous cette information ?

Elhadj Yaya Camara : en 2014, Cellou Dalein est allé à Sonfonia Gare, il a prié là-bas un vendredi. C’était le 27 juin 2014. Le lundi suivant, j’ai appris que je suis limogé et suspendu jusqu’à nouvel ordre pour une autre faute lourde. Mais c’était une suspension. Ils m’ont rappelé en 2016 pour me demander si je peux accepter de revenir comme imam à Sonfonia. J’ai dit non. Je leur ai dit que je voulais d’abord savoir quel était la faute lourde qui ma valu la suspension. Il n’y a pas eu de réponse. Quelques temps après, ils m’ont prié à la ligue islamique communale de Ratoma d’aller à la nouvelle mosquée de Lambanyi Kignifi pour devenir imam râtib. J’ai accepté.

Guineematin.com : quelle est la conséquence de cette radiation à vie sur votre avenir ?

Elhadj Yaya Camara : j’ai une décision. Le problème d’imamat en Guinée, je ne suis plus dedans. Parce qu’on ne dit pas la vérité. Les imams en Guinée, qui dit la vérité aujourd’hui ?

Guineematin.com : vous pensez que les imams doivent dire à Alpha Condé de ne pas chercher à obtenir un 3ème mandat ?

Elhadj Yaya Camara : voilà, puisque ça c’est un problème ça. Il a fait un mandat, deux mandats, ça suffit. Ce n’est pas lui seulement. Le fait de dire ça pour un imam n’est pas une faute lourde. Si un imam ne dit pas la vérité, qui peut la dire ? C’est de ça qu’il s’agit.

Guineematin.com : quel est le mot de la fin ?

Elhadj Yaya Camara : tout le monde m’appelle aujourd’hui pour m’encourager, pour me féliciter. Je comprends que je suis avec les gens, je suis avec les guinéens. A part cela, je vous informe que j’ai intégré le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) depuis le samedi passé, 02 novembre 2019. Comme c’est pour la défense de notre constitution, je vais aller là-bas. Je suis à lutter contre le 3ème mandat. A partir de maintenant, toutes les manifestations du FNDC, je suis dedans…

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél 628 1 99 17

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