Feu Mamadou Oury Barry et sa mère, madame Kadiatou Tounkara

C’est une triste nouvelle qui afflige la famille Barry de Bantounka 2 (commune de Ratoma) ! Arrêté à Conakry au lendemain de la fête de Tabaski par des éléments du PA de Cosa, Mamadou Oury Barry (21 ans) et chauffeur de profession, est décédé le samedi dernier, 16 janvier 2021, à la maison centrale de Conakry. Le défunt est originaire de la commune rurale de Garambé, préfecture de Labé.

Dans la matinée de ce lundi, le reporter que Guineematin.com a dépêché dans la famille éplorée a trouvé une maman inconsolable. Madame Kadiatou Tounkara n’a pu voir son unique fils que quatre fois depuis son arrestation, suivie de sa détention à la Maison centrale de Coronthie jusqu’à ce que la mort s’en est suivie…

Après le doyen Thierno Ibrahima Sow, Mamadou Lamarana Diallo et Roger Bamba, les familles des détenus politiques continuent de recevoir les pires nouvelles qu’un parent peut imaginer. Arrêté et détenu sans jugement depuis plus de six mois, Mamadou Oury Barry a également rendu l’âme sans réellement savoir pour quels motifs il a été arrêté et incarcéré à la maison centrale de Conakry.

Madame Kadiatou Tounkara, mère de feu Mamadou Oury Barry

A Bantouka 2, l’émotion était vive et les pleurs intarissables au tour de madame Kadiatou Tounkara qui, impuissante, voit ainsi son unique fils emporté par la méchanceté politique. « Mon enfant, Mamadou Oury Barry n’était pas encore marié. Il a été arrêté au lendemain de la fête de Tabaski à Cosa, précisément au niveau de la plaque Cellcom », a indiqué la maman.

Sur les accusations portées contre son unique fils, madame Tounkara espérait être édifiée lors de son procès. Malheureusement, Oury Barry n’aura jamais l’opportunité de se défendre dans un tribunal. « On nous dit qu’il était assis avec un de ses amis lorsque quelqu’un est venu avec des agents pour dire que ce sont eux les meneurs à Cosa et que ce sont eux qui érigent des barricades et lancent des pierres s’il y a les manifestations de rue. C’est ainsi qu’il a été arrêté et conduit en détention à la Maison centrale », a expliqué sa mère encore sous le choc.

Au-delà de son arrestation et sa détention prolongée, Mamadou Oury Barry a également souffert du refus des autorités de le laisser aller se faire soigner et même recevoir ses parents qui sont allés à la maison centrale sans pouvoir le rencontrer. « Depuis son incarcération, il y a six mois, c’est seulement quatre fois que j’ai pu le voir mon unique enfant », a précisé madame Tounkara, qui vit actuellement sans son mari, en aventure, à Bamako (Mali). Pourtant, deux jours avant le décès de son fils, elle a appris qu’il était gravement malade. Elle a tout fait pour le voir. Mais, les responsables de la maison centrale ont refusé. « Le jeudi dernier, j’ai appris qu’il souffrait des maux de ventre. Nous sommes allés à la Maison centrale ; mais, on ne nous a pas permis de le voir. Nous avons tout fait, sans succès. Puis, j’ai appelé quelqu’un qui est sur place, celui-ci m’a promis de s’en occuper. Le vendredi, nous avons rappelé le monsieur pour nous informer de son état ; mais, le numéro du monsieur ne passait plus. Et, voilà qu’on vienne nous informer de son décès… ».

Comme on le sait, après deux mandats successifs, le président Alpha Condé (arrivé au pouvoir en 2010) a fait changer la constitution pour rester à la tête de la République de Guinée pour un troisième mandat. Voulant s’opposer à son projet qui fragilise les institutions de la République et enterre ainsi la démocratie, de nombreux leaders des partis politiques et de la société civile guinéenne ont créé le FNDC (Front national pour la défense de la Constitution). Au cours de sa lutte active, qui a commencé le 14 octobre 2019, le FNDC a mobilisé les Guinéens épris de paix et de démocratie à des mouvements de protestation dans les rues de Conakry et de l’intérieur du pays. Malheureusement, ces manifestations ont été réprimées dans la sang. Au-delà des morts et des blessés, de nombreux citoyens ont été arrêtés et détenus, sans jugement. Paradoxalement, ceux qui luttaient pour défendre la Constitution et la démocratie sont désormais accusés de « vouloir déstabiliser les institutions ». Ils croupissent en prison et beaucoup d’entre eux y sont sans jamais eu l’opportunité de de se défendre dans un tribunal pour éventuellement prouver leur innocence. C’est le cas de ce fils unique que madame Kadiatou Tounkara était heureuse de voir grandir et espérait laisser pour la postérité…

A suivre !

De Bantouka 2, Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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