Alpha Abdoulaye Diallo, président de l’AGEPI

« Le tribunal de Dixinn a donné un coup de pied à l’image que la Guinée a toujours projetée en Afrique de l’Ouest et dans le reste du monde, l’image d’un pays où aucun journaliste n’est en détention. C’était vraiment notre trophée, c’était notre carte d’identité au  niveau international ; mais, en maintenant les journalistes Amadou Diouldé Diallo et Ibrahima Sadio Bah en prison, le tribunal de Dixinn a terni notre image et par ricochet l’image de la République de Guinée ».

L’humanité va célébrer le lundi prochain, 03 mai 2021, la journée mondiale de la liberté de la presse. Malheureusement, en Guinée, cette fête se déroulera à un moment où deux journalistes sportifs (Amadou Diouldé Diallo et Ibrahima Sadio Bah) sont en prison, en dépit de la dépénalisation des délits de presse. Ainsi, les journalistes devraient danser avec un seul pied lors de cette célébration. D’ailleurs, pour le président de l’AGEPI, cette journée devrait être mise à profit pour raviver la solidarité entre les journalistes afin de pouvoir faire front commun face aux obstacles qui se dressent sur la route des professionnels des médias.

Dans un entretien accordé Guineematin.com hier, vendredi 30 avril 2021, Alpha Abdoulaye Diallo a déploré l’emprisonnement des journalistes Amadou Diouldé Diallo et Ibrahima Sadio Bah à la maison centrale de Conakry. Le patron de l’AGEPI estime que le tribunal de Dixinn qui a conduit ces professionnels de médias en prison a terni l’image de la Guinée.

Décryptage !

Guineematin.com : l’humanité va célèbre ce lundi, 03 mai, la journée mondiale de la liberté de la presse. Quel regard portez-vous sur le respect de la liberté de la presse en Guinée ?

Alpha Abdoulaye Diallo : c’est vrai que ce 03 mai, on célèbre cette agréable journée avec l’espoir que rien ne sera plus comme avant en Guinée avec ces détentions de journalistes et avec ce coup que l’on porte à la loi L002. L’espoir pour nous est qu’à partir de ce 03 mai, qu’en Guinée, l’on ne fasse plus l’amalgame entre la loi sur la cybercriminalité et la loi sur la liberté de la presse. C’est cet amalgame-là qui fait qu’aujourd’hui nous avons Ibrahima Sadio Bah et le doyen Amadou Diouldé Diallo en détention. Pourquoi ? Quant au niveau judiciaire, on se trompe de texte, c’est tout le pays qui empathie. Et, aujourd’hui, l’image de la Guinée est écornée sur le plan international par la détention de ces deux journalistes qui sont très connus dans le monde sportif et qui sont très écoutés par l’opinion. Et, pourquoi cet amalgame, c’est parce que lorsque le juge se permet de placer un journaliste en détention, même provisoire, il tord le cou à cette loi spéciale qui nous est très chère. Et, c’est tout cela qui fait qu’aujourd’hui, même si nous nous réjouissons du classement de Reporters Sans Frontières pour l’année 2020, nous nous disons que si nous avons avancé l’année dernière, pour cette année 2021, nous sommes en train de reculer de plusieurs pas. Et, cette marche à reculons n’est pas bonne pour la presse, pour l’image de la Guinée et pour sa démocratie en construction. Même s’il est évident que nous avons emprunté des chemins tortueux vers la démocratie, mais il est vrai que nous sommes obligés de continuer la marche vers la terre promise qui est la démocratie.

Guineematin.com : vous avez parlé de marche à reculons ; mais, selon vous qu’est-ce qu’il faut aujourd’hui pour inverser cette tendance ?

Alpha Abdoulaye Diallo : d’abord, au niveau des organisations ou associations de presse, il faut qu’il y ait l’expression de solidarité. L’expression de solidarité de tous les journalistes, tous les techniciens et tous ceux qui travaillent dans les médias. Lorsqu’ils ont un problème, il faut un élan de solidarité et c’est ce qui nous manque toujours dans ce pays.

Pour le cas du doyen Amadou Diouldé Diallo, personnellement, je me dis que c’est certainement parce que même au sein de la profession, pas au sein de la justice, nous n’avons toujours pas une bonne lecture du contenu de la loi sur la cybercriminalité et du contenu de la loi sur la liberté de la presse.

Mais, toujours est-il que le fondamental en matière de pratique du métier du journalisme nous amène à être toujours solidaire, à exprimer toujours notre solidarité lorsqu’un journaliste a des ennuis avec les autorités de notre pays, lorsqu’un journaliste a des ennuis avec les autorités des pays voisins ou dans n’importe quel pays du monde. Je regrette fort que cette expression de solidarité a vraiment manqué pour ce qui est le cas d’Ibrahima Sadio Bah et du doyen Amadou Diouldé Diallo. Mais là aussi, notre devoir a toujours été d’interpeller à la fois les confrères ; mais aussi de rappeler qu’en Guinée il existe une loi qui dit qu’un journaliste ne doit et ne devrait jamais être convoqué dans un commissariat de police, dans une gendarmerie, à plus forte raison à la Direction centrale de la police judiciaire. Lorsque le juge s’est trompé parce qu’il faut le dire, le juge de Dixinn s’est trompé en plaçant Amadou Diouldé Diallo en détention provisoire, nous avons fait notre devoir, celui d’interpeller et de rappeler à l’ordre, de rappeler au respect de cette loi spéciale parce que nous nous ne sommes que des journalistes. Les techniciens du droit sont dans le Cours et tribunaux, c’est à eux d’appliquer le contenu de la loi. Ils ne doivent en aucun cas se tromper de loi, à plus forte raison du contenu de la loi. Mais, dans le cas d’espèce du doyen Amadou Diaouldé Diallo et d’Ibrahima Sadio Bah, la justice s’est lourdement trompée. Mais, comme on le dit, il n’est jamais trop tard pour mieux faire. On peut toujours s’amender, on peut toujours rectifier le tir, puisqu’il est vrai que l’œuvre humaine est imparfaite. C’est en cela que nous fondons l’espoir qu’avec la célébration de cette journée de 03 mai, c’est toutes les institutions de la République qui seront autour de la même table avec toute la presse pour lever le toaste à la santé de la presse, à la santé de la démocratie et à la santé de la liberté de la presse sans laquelle aucune autre institution ne peut être une dans une République démocratique.

Guineematin.com : concernant la célébration de cette journée, est-ce que l’AGEPI a prévu quelque chose dans ce cadre ?

Alpha Abdoulaye Diallo : l’AGEPI n’a pas prévu de festivités cette année. L’AGEPI a prévu de s’associer au panel organisé par le ministère de la communication pour jouer sa partition : apporter son grain de sel à la réussite de l’évènement. Pourquoi ? Parce que nous sommes impactés par la maladie à Covid-19. En plus, nous avons passé une année très difficile ; et, aujourd’hui, la mobilisation des fonds pour organiser les cérémonies n’a pas eu lieu. Et donc, nous ne pouvons que célébrer cette journée qu’à l’unisson, autour de la table et autour du podium organisé par le ministère de la communication.

Guineematin.com : à l’orée de cette fête, est-ce que vous avez un message à l’endroit de nos confrères et des autorités publiques ?

Alpha Abdoulaye Diallo : d’abord, à nous-mêmes, au sein de l’AGEPI, c’est de continuer à tenir, parce que l’année a été très difficile. Elle a été marquée par des situations très difficiles et beaucoup de journaux ont cessé leur parution ; mais, il faut tenir. Quand on est capitaine d’industrie, on ne doit jamais se décourager. Il faut faire avec, essayer de trouver des solutions aux problèmes pour que vive la presse. Mais aussi, pour les éditeurs, c’est de continuer à s’approprier des nouveaux outils de l’information et de la communication en intégrant les plateformes numériques pour faire prospérer leurs éditions. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, il y a des méventes considérables, il y a aujourd’hui en Guinée l’absence de messagerie de presse. Ce qui fait que la plupart des journaux sont distribués dans la zone de Conakry. Alors, il faut s’approprier des plateformes numériques pour étendre le champ de diffusion, de distribution des journaux que nous faisons dans ce pays. C’est en cela que nous appelons chacun et tous à revoir son business plan en mettant un accent particulier sur la création des sites web pour les journaux et la création des plateformes numériques pour permettre à ceux qui ont les moyens de les vendre en ligne. C’est extrêmement important.

Quant aux autorités publiques, c’est de faire en sorte que les erreurs du passé ne soient pas répétées. La Guinée a eu tort de placer des journalistes en détention. Le tribunal de Dixinn a eu tort de priver Amadou Diouldé de sa liberté. Le tribunal de Dixinn a eu tort de violer la loi L002. Le tribunal a eu tort de considérer Amadou Diouldé Diallo comme tel. Un journaliste reste un journaliste. Je dis bien qu’il n’est pas un super citoyen ; mais, il est régi par une loi spéciale. C’est cette loi spéciale qu’il faut appliquer. En donnant ce coup à la presse, le tribunal de Dixinn a donné un coup de pied à l’image que la Guinée a toujours projetée en Afrique de l’Ouest et dans le reste du monde, l’image d’un pays où aucun journaliste n’est en détention. C’était vraiment notre trophée, c’était notre carte d’identité au niveau international ; mais, en maintenant ces journalistes en prison, le tribunal de Dixinn a terni notre image et par ricochet l’image de la République de Guinée. Nous ne voudrons plus que cela se répète et nous prions humblement chaque institution à bien vouloir respecter et faire respecter la loi sur la liberté de la presse en Guinée. C’est la démocratie qui gagnera et c’est tout le monde qui gagnera.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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