La CEDEAO est-elle complice de la situation des détenus politiques en Guinée ? En tout cas, cette organisation sous régionale semble fermer les yeux sur la détention de plusieurs centaines d’opposants, dont la plupart n’ont même pas été jugés, à la Maison centrale de Conakry. Une attitude hallucinante pour Kéamou Bogola Haba, le président d’honneur de l’UGDD (Union Guinéenne pour la Démocratie et le Développement).

Dans un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com, ce jeudi 6 mai 2021, l’opposant guinéen s’est interrogé sur les raisons du silence de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest sur cette grave situation en Guinée. « Au moment où des députés européens et des américains se lèvent pour défendre les droits de l’homme en Guinée, nous constatons avec regret que la CEDEAO reste silencieuse sur cette situation. Et ça pose un véritable problème par rapport à ce que ça devrait être.

Cela nous étonne parce que la CEDEAO doit être une CEDEAO des peuples. Mais comme vous l’avez constaté, pendant la lutte de 2019-2020, l’organisation a été complaisante avec monsieur Alpha Condé. C’est ce qui a conduit à ces élections du 22 mars et c’est ce qui a fait qu’Alpha a changé la Constitution pour s’octroyer son 3ème mandat. Est-ce que c’est parce qu’elle est aujourd’hui dirigée par un ivoirien qui est naturellement un pion d’Alassane Ouattara ?

Est-ce que c’est tout simplement parce qu’il y a une division entre les pays anglophones et francophones dans cette lutte ? Ou bien c’est parce qu’il y a une crise de leadership malgré le fait que le président Issoufou a pris beaucoup d’initiatives dans ce cadre ? Mais, toujours est-il que cela montre que notre CEDEAO n’est pas à la hauteur », a fait remarquer ce leader politique.

Tout en dénonçant une guerre de leadership au sein de l’instance sous régionale, Bogola Haba appelle la CEDEAO à se réveiller pour sortir de cette situation. « Nous avons pris des initiatives ici, en tant qu’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie (ANAD) pour rencontrer la représentation de la CEDEAO. Nous avons eu des réunions après le 18 octobre et nous avions pensé que la CEDEAO devrait absolument faire quelque chose.

Parce que nous avions mis à leur disposition toutes les preuves de la victoire de Cellou Dalein et  nous  avions demandé qu’avant que la Cour constitutionnelle ne se prononce, que la CEDEAO puisse prendre le devant. Rien n’a été fait. Du côté des prisonniers, certains meurent, d’autres sont malades et rien n’est fait. Et pire, c’est au sein de la CEDEAO que M. Alpha Condé fait ses déplacements fréquents parce qu’il a été en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Burkina Faso.

Aujourd’hui, il prend le Sénégal et le Niger comme ses ennemis alors que ça devait être le contraire. C’est pourquoi nous disons qu’il y a aujourd’hui une véritable crise de leadership et de guerre de positionnement au sein de cette institution. Il faut que nous mettions fin à cela, sinon les autres ne peuvent pas continuer à nous aider. L’Europe et les Etats-Unis font des efforts, au niveau de l’Union africaine aussi, il y a quelques bonnes nouvelles qui arrivent. Donc la CEDEAO doit se réveiller », estime l’opposant.

Selon les estimations, plus de 400 opposants au troisième mandat du président Alpha Condé sont incarcérés actuellement à la Maison centrale de Conakry. Parmi eux, plusieurs hauts responsables de l’opposition politique et de la société civile, dont la grande majorité sont détenus sans jugement. Beaucoup d’entre eux sont malades et n’ont pas accès à des soins appropriés. Les autorités guinéennes continuent de faire la sourde oreille face aux nombreux appels lancés en Guinée et à l’international en faveur de leur libération.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41 

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