C’est un nouveau rebondissement dans le dossier des opposants arrêtés au lendemain de la présidentielle du 18 octobre 2020 et écroués depuis à la maison centrale de Conakry. Leurs avocats ont décidé de suspendre leur participation à la procédure en cours en raison de la « violation systématique » des droits des détenus. C’est maître Thierno Souleymane Baldé, membre du collectif d’avocats qui défend les opposants, qui a annoncé cette décision dans un entretien avec un journaliste de Guineematin.com ce mercredi, 10 février 2021.

Me Thierno Souleymane Baldé, avocat

« Nous suspendons notre participation à la procédure puisque depuis le début, les autorités font semblant que les droits des détenus sont respectés alors que c’est faux. Donc, il ne sert à rien du tout de les suivre dans cette mascarade. Nous, nous estimons que si on dit que c’est la justice, il faudrait que les lois de la République soient appliquées. Mais, s’ils ne veulent pas de l’application de nos lois qui sont en vigueur, ils veulent faire croire que les droits des prévenus sont respectés alors que c’est faux, dans ces conditions, il faut les laisser faire comme ils l’ont fait jusqu’à maintenant.

C’est-à-dire ignorer les lois de la République et prendre des décisions contraires à toutes les conventions signées par la République de Guinée, à toutes les dispositions régissant un procès juste et équitable en République de Guinée, et puis montrer leur véritable visage en réprimant nos concitoyens. Et, ça sera au vu et au su non seulement des Guinéens, mais aussi du monde entier », a dit l’avocat, précisant qu’ils n’abandonnent pas le dossier, mais ils suspendent leur participation à la procédure en cours.

Il ajoute que le collectif des avocats des opposants a déjà rédigé un courrier adressé au pool de juges d’instruction en charge du dossier pour lui signifier sa décision. Un courrier qui est suivi d’une lettre d’explication faisant mention de tous les griefs des avocats par rapport à la conduite de cette procédure judiciaire. Il s’agit des « violations des droits des prévenus depuis leur arrestation jusqu’à leur audition devant les officiers de police judiciaire, chez les juges d’instruction, les différents procès qui ont été déjà organisés et la procédure devant la Cour d’appel.

A chaque étape de la procédure, les droits des prévenus ont été systématiquement violés. Il ne s’agit pas des procès, mais plutôt de simulacres de procès. Ils font semblant de faire un procès alors que ce n’est pas le cas. Un procès  exige des éléments de preuve au-delà d’un doute raisonnable pour démontrer la culpabilité des prévenus. Mais, dans tous ces procès effectués depuis le début, il n’y a pas eu d’éléments de preuve qui peuvent attester les infractions qui sont reprochées aux prévenus. Mais malgré cela, certains de nos clients sont condamnés à de lourdes peines », déplore Me Baldé.

A rappeler qu’ils seraient plus de 300 responsables et militants de l’opposition qui sont poursuivis dans ce dossier pour des faits de « fabrication, acquisition, stockage, détention, usage d’armes légères, de guerre, détention de munitions, menaces, association de malfaiteurs ». Parmi les prévenus, figurent Etienne Soropogui (ancien commissaire à la CENI et président du mouvement politique Nos Valeurs Communes), Ibrahima Chérif Bah (ancien gouverneur de la Banque centrale et actuel vice-président de l’UFDG), Ousmane Gaoual Diallo (ancien député et coordinateur de la cellule de communication de l’UFDG), Mamadou Cellou Baldé (ancien député et responsable des fédérations intérieures de l’UFDG) et Abdoulaye Bah (ancien maire et membre du bureau exécutif de l’UFDG).

Depuis novembre dernier, ils sont détenus sans jugement à la maison centrale de Conakry.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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