Mamadi Kaba, consultant en Digitalisation/TELECOM

Par Mamadi Kaba, consultant en Digitalisation/TELECOM : Le président de la République a réaffirmé sa volonté de dématérialiser l’administration public guinéenne dans son discours intitulé « gouverner autrement ». On peut ajouter sans risque de se tromper que la digitalisation de notre administration publique va au-delà du besoin, elle est une nécessité.

La lenteur dans la gestion des affaires de l’Etat n’est pas que de la responsabilité de la ressource humaine. L’absence de technologies et systèmes automatisés dans les opérations de l’Etat est aussi l’une des raisons du manque d’efficience de notre administration.

Les techniques et approches de dématérialisation et digitalisation étant décrites dans l’un de nos précédents articles, la vraie question aujourd’hui est :  comment financer la politique de digitalisation de l’administration publique guinéenne ?

Le coût de la digitalisation de l’administration publique française prévu entre 2018-2022 s’élevait à 9,3 milliards d’euros. La France ayant déjà dépassé le cap de la dématérialisation et de l’informatisation de son administration, imaginons le coût de la digitalisation d’une administration vivant encore du système papier comme la nôtre.

Le coût pharaonique de la digitalisation sera très difficile à assumer par seulement le portefeuille de l’Etat. C’est pourquoi, une opportunité dans la loi L/018 portant réglementation du secteur des télécommunications et du numérique (1) est à exploiter afin de faire de cette volonté politique une réalité.

La politique générale d’universalité vise essentiellement à élargir et à maintenir la disponibilité de services de télécommunication à des prix abordables pour le public. Elles ont en l’occurrence pour but de fournir ou de garantir un service à ceux qui n’auraient pas été desservis en temps normal. Spécifiquement dans les zones rurales ou des zones composées de populations à faible revenu. Ce principe général est-il respecté en Guinée ?

La facilité d’accès aux services de communication analogiques et numériques de base sur l’étendue du territoire guinéen étant acquise, une question à poser aux pouvoirs Publiques du secteur est la suivante : Le FSU pourra-t-il être réorienté dans le financement de la politique de digitalisation prônée par le Chef de l’Etat ?

Je crois fermement que cette contribution de nature financière différente des redevances et taxes habituelles connues de tous est une mine d’or pouvant aider de façon très concrète l’Etat à réaliser la volonté de digitalisation de son Chef suprême.

Tiré de la contribution allant jusqu’à 2% du chiffre d’affaires des sociétés sous licence et détenteurs d’autorisation dans le domaine de la télécommunication en Guinée, ce Fonds est estimé à des milliards par an. Alors, où et comment sont utilisés ces fonds de solidarité Numérique depuis 10 ans ? Il serait bien que cette question soit posée lors d’un contrôle parlementaire aux institutions et instances en charge dudit fonds.

Par ailleurs, d’autres méthodes de financements comme l’inscription de cette politique dite E-Gouvernance au Budget national de développement (BND) et soutenue par une politique de semi-privatisation sont aussi exploitables ;

Par exemple, pour la mise en place d’une solution de E-Santé, l’Etat pourra s’associer à des startups et rendre le système/solution payant. Une telle collaboration pourrait permettre à l’Etat de générer une petite recette et aussi permettre le développement et la création d’emplois au sein de nos startups locales.

(1) L/018/2015-article 118 : Création du Fonds de Services Universels/Fonds de solidarité Numérique

Il est créé un fonds de service Universel en abrégé (FSU). Le Fonds de service universel est un compte d’affectation spécial, il est exclusivement destiné à financer des investissements nécessaires aux obligations de service universel, conformément aux programmes définis par l’ARPT et approuvé par le comité de Gestion du service Universel. Il est alimenté par les contributions des opérateurs bénéficiaires d’une Licence ou d’une Autorisation ; ainsi que par les contributions de l’Etat et de toute autre source. La redevance versée par les Opérateurs est fixée à un niveau raisonnable par voie réglementaire.

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