Engagé depuis quelques années dans une vaste action de « récupération des domaines de l’Etat » à Conakry et environs, le ministère de la ville et de l’aménagement du territoire vient d’actionner sa maléfique machine de démolition à Sangareyah, un secteur du quartier Kenendé, dans la commune urbaine de Dubréka.

Dans la journée d’hier, mercredi 27 janvier 2021, plusieurs dizaines de maisons d’habitation y ont été complètement démolies par des bulldozers, sous le regard impuissant des populations, a constaté un reporter que Guineematin.com avait dépêché sur place.

Cette opération de démolition de maisons s’est déroulée sous haute sécurité. Des agents des forces de défense et sécurité (des militaires « béret rouge », des policiers et des gendarmes) postés sur place étaient sur le qui vive et prêts à casser toute résistance à cette cynique opération qui jette des familles entières dans la rue. Et, les journalistes qui se sont rendus sur les lieux pour mettre en image cette opération de démolition n’ont pas été qu’empêchés de travailler par les agents…

L’envoyé spécial de Guineematin.com à Sangareyah a pour sa part été mis aux arrêts, son matériel de travail saisi, les images de sa caméra supprimées. Notre reporter a été détenu pendant plus de quatre heures, embarqué à bord d’un pick-up et conduit dans les locaux de la gendarmerie préfectorale de Dubréka où il a subi plus d’une heure d’interrogatoire, avant de recouvrer sa liberté. Son seul crime étant sa volonté de faire professionnellement son travail ; ne voulant pas relayer des rumeurs, il s’est rendu sur place pour voir ce qu’on nous décrivait au téléphone, fixer les images et interroger toutes les parties, y compris les victimes de cette démolition. Des victimes aujourd’hui très tristes de voir le fruit de leurs maigres épargnes partir ainsi en poussière.

« Comme vous le constatez déjà, vous voyez que mon bâtiment a été cassé. L’information est venue hier à 11 heures pour dire qu’à 7 heures du matin aujourd’hui (mercredi), ils vont venir casser nos maisons. Et, dès 8 heures, on a vu les machines venir avec les militaires, des bérets rouges, des policiers armés. Donc, ils sont venus et ils ont cassé nos maisons. On s’est arrêté pour voir la maison en train d’être écroulée par ces soi-disant missionnaires », s’est lamenté Lansana Camara, les yeux rouges de colère.

Officiellement, on reproche à ces citoyens d’avoir construit dans une « zone réservée de l’Etat ». Mais, les populations disent tous avoir légalement acquis leurs domaines à Sangaréyah. Et, pour Dr Lansana Camara, médecin, c’est la maison de onze années de labeur qui vient d’être mise à terre. Une maison de quatre pièces, un salon, deux douches qu’il pensait pouvoir léguer un jour à ses enfants.

« J’ai commencé à construire la maison là depuis 12 ans. C’est en 2009 que nous sommes venus ici à la recherche d’un terrain. On a pris les références et on est allé à la direction préfectorale de l’habitat de Dubréka. Elle nous a rassurés que c’est un domaine qui n’avait pas de problème… Aujourd’hui, voilà ce qui nous arrive ! Nous ne pouvons rien face à la décision de l’Etat ; mais, nous espérons que l’investissement qui a été fait dans la construction de cette maison va nous être remboursé par l’Etat afin qu’on puisse trouver un autre terrain et y construire. Parce que ce n’est plus que nous ; mais, quand un père de famille n’est pas là, on pense que la maison qu’il laisse doit servir de logement pour ses enfants et ses femmes. Mais, aujourd’hui, je n’ai plus de maison, je suis dans le désespoir total », a-t-il indiqué.

Tout comme ce médecin, monsieur Ismaël Soumah a aussi vu sa maison s’écrouler. Et, aujourd’hui, il se demande à quel saint se vouer pour trouver un toit pour sa petite famille.

« C’est seulement hier qu’on m’a appelé pour me dire que les cadres de la direction préfectorale de l’habitat sont passés ici et ont mis une croix sur ma maison. J’ai pris mon mal en patience jusqu’à aujourd’hui puisque je loge à Matoto. Ma venue ici ce matin a coïncidé avec la démolition de ma maison. Je suis triste. Parce que c’est seulement hier, vers 10 heures, qu’on a été informé de la démolition de nos maisons. Je suis triste parce que c’est une maison de quatre pièces, deux douches, plafonnée et carrelée. Je m’apprêtais d’ailleurs à venir y habiter définitivement puisque la construction avait pris fin. Je suis sans mot. Aujourd’hui, j’envisage de quitter définitivement la Guinée parce que je n’ai plus d’espoir  », a expliqué Ismaël Soumah.

A rappeler que depuis l’arrivée du président Alpha Condé au pouvoir, plusieurs centaines de familles guinéennes ont été ruinées par ces genres de méthodes ; chassées de chez elles, leurs maisons démolies sans aucune mesure d’accompagnement. Les cas les plus flagrants ont été enregistrés à Kaporo rails, Kipé 2 et Dimesse (où les maisons de plus de vingt mille personnes ont été démolies) et Dar-Es-Salam où les bulldozers du régime ont également fait pleurer de nombreux autres pauvres citoyens

A suivre !

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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