Dr Sory Condé, épidémiologiste et chargé d’études de surveillance épidémiologique et de riposte à l’ANSS

Provoquée par un arenavirus nommé ‘’virus Lassa’’, la fièvre de Lassa fait partie du groupe des fièvres hémorragiques virales. C’est une maladie très proche de la maladie hémorragique à virus Ebola ; et, elle est présente en Guinée depuis 2018. Elle a fait au moins trois morts ces quatre dernières années. Récemment (au début du mois de mai), la fièvre de Lassa a été signalée à Yomou (en région forestière) où elle a fait un mort.

Pour mieux comprendre cette maladie qui n’a pas encore de vaccin, Guineematin.com est allé à la rencontre de Dr Sory Condé, épidémiologiste, chargé d’études au département surveillance épidémiologique et riposte de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS). Avec lui, nous avons surtout parlé des modes de contaminations de cette maladie à l’homme et des moyens de prévention pour éviter de la contracter.  

Décryptage !

Guineematin.com : qu’est-ce que la fièvre Lassa et comment cette maladie se transmet à l’homme ?

Dr Sory Condé : La fièvre Lassa fait partie du groupe des fièvres hémorragiques virales au même titre que la fièvre hémorragique Ebola, la fièvre Marburg et la vallée du rift. C’est une maladie qui se manifeste par un certain nombre de signes qui ne sont pas spécifiques dont la température peut aller jusqu’à 39 voire 40°. Et, c’est dû à un virus dont le nom est le « Lassa ». Mais, qu’est-ce qui se passe en réalité ? Il y a un réservoir ou un intermédiaire généralement de type animal qui constitue les rats de type mastoniste. C’est-à-dire les rats qui ont des mamelles et qui sont d’abord infectés à partir du réservoir et qui, à leur tour, contamine l’homme. Ces animaux infectés infectent l’homme à travers leurs excréments, leurs urines et la manipulation de la chair de ces rats.

Guineematin.com : comment se manifestent les symptômes de cette maladie chez l’homme ?

Dr Sory Condé : Elles se manifestent par des maux de tête, les douleurs abdominales, des vomissements, les diarrhées. Mais, ce sont des signes non spécifiques qui nous font penser à beaucoup d’autres maladies déjà existantes dans notre communauté. Mais, si son évolution montre un signe de gravité, ça peut évoluer vers les signes de saignements, c’est pourquoi on parle de fièvre hémorragique virale. Et, si ça se complique, les problèmes de cœur peuvent subvenir et c’est ce qui rend le pronostic sombre.

Guineematin.com : Depuis 2018, la Guinée enregistre chaque année au moins un cas de mort dû à la fièvre de Lassa. Et, le constat révèle que toutes les victimes sont de la région forestière. Alors, peut-on dire que la région forestière est la zone endémique dans notre pays ?

Dr Sory Condé : Oui, c‘est la région forestière qui est la zone endémique de la fièvre Lassa en Guinée. En 2018 nous avons notifié un cas de fièvre Lassa dans la préfecture de Yomou. Il s’agissait d’une guinéenne qui travaillait à la société « SOGUIPA » et qui avait de la famille du côté libérien qui a développé les signes. On a effectué le test qui s’est révélé positif. Ça c’est limité à la seule dame qui avait malheureusement succombée. Le deuxième cas est arrivé en 2019 à Kissidougou. Un monsieur qui s’est contaminé à Mamou et qui en est décédé aussi. Heureusement il n’y avait pas eu de cas supplémentaires après tous les tests. Le tout dernier cas a été signalé encore à Yomou le 8 mai dernier. Il a été transféré d’urgence à l’hôpital régional de N’zerekoré pour son traitement. Malheureusement, il en est décédé le même jour. Quand nous prenons ces trois épisodes, il y a trois personnes qui ont développé la maladie en l’espace de 4 ans dont les victimes sont toutes mortes. Cela veut dire que nous sommes à une neutralité de 100%. Si 80% de ceux qui contractent la maladie passe inaperçu, ne développe pas de signe, le taux pourrait être augmenté.

C’est fréquent en Afrique de l’ouest. C’est d’ailleurs une endémie ouest-africain. C’est la troisième fois que nous rencontrons la fièvre Lassa en Guinée pendant ces quatre dernières années. Mais elle avait existé dans les années 60 avant notre génération. La particularité de cette maladie c’est que 80% de ceux qui la contractent passent inaperçu et développent la forme asymptomatique et les 20% peuvent développer les formes graves.

Guineematin.com : Est-ce qu’il existe aujourd’hui un vaccin ou des médicaments contre la fièvre de Lassa ?

Dr Sory Condé : On a les médicaments pour la prise en charge des malades de cette fièvre de Lassa qu’on appelle « Ribavirine ». Nous en avons dans le pays, mais ces médicaments ne sont efficaces que lorsque la maladie est à ses débuts. C’est pour dire que ceux qui ont cette maladie doivent se signaler très tôt, prendre contact avec un service de santé plus proche. Si ce n’est pas pris en charge à temps, le médicament aura une efficacité très limitée. Il n’y a pas de vaccin malheureusement pour la maladie.

Guineematin.com : Compte tenu de la dangerosité de cette maladie, comment faut-il s’y prendre pour éviter de la contracter ?

Dr Sory Condé : Il faut minimiser la présence de ces rats qui servent d’intermédiaire entre l’animal et l’homme dans nos concessions. Cela nécessite la lutte contre ces rats, mais aussi la lutte contre l’insalubrité. On doit maintenir les maisons propres. Il faut également bien couvrir nos aliments dans la maison pour ne pas que ces rats là urinent ou mettent leurs excréments dans les nourritures. Parce que dès qu’on consomme ces aliments souillés, on est contaminé. On doit aussi se méfier de manipuler ces rats et leurs chairs.  Celui qui attrape ce rat, le tue et le dépêche est plus exposé que celui-là qui mange sa chair.

Les autres mesures dans la riposte contre Ebola sont encore de mise pour la fièvre de Lassa. Il ne faut pas toucher une personne contaminée par la fièvre. Il faut transporter les malades dans une structure de santé la plus proche pour une prise en charge rapide. Et puis laver correctement les mains avec de l’eau et du savon ou du gel hydroalcolique.

Maintenant, les enquêtes environnementales menées démontrent la présence de ces rats qui servent de vecteurs entre le réservoir du virus et l’homme dans la zone côtière notamment à Forécariah. Peut-être que ces rats ne sont pas encore infectés ; mais il faut s’attendre, si ces vecteurs seront contaminés ils pourraient à leur tour contaminer l’homme.

Guineematin.com : Merci de nous avoir accordé cet entretien.

Dr Sory Condé : C’est moi qui vous remercie. Ça a été un plaisir de répondre à vos questions.

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27

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