Dans un entretien qu’il a accordé hier, mercredi 26 février 2020, Elhadj Fodé Bangoura s’est prononcé sur l’actualité politique guinéenne. Une actualité marquée par les préparatifs du double scrutin (élections législatives et référendum constitutionnel) du 1er mars 2020. L’opposant a réitéré la position de sa formation politique par rapport à ces élections, saluant le retrait de l’OIF de ce processus électoral. Le président du Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) a déploré la récente sortie du président Alpha Condé, qui a appelé ses partisans à frapper ceux qui tenteraient d’empêcher le vote, mais aussi la décision de faire appel à l’armée pour assurer la sécurité de ces élections contestées par l’opposition.

Décryptage !

Guineematin.com : à l’image de la plupart des partis d’opposition du pays, le PUP ne participe pas aux élections législatives couplées avec le référendum constitutionnel du 1er mars 2020. Que demandez-vous à vos militants ce jour-là ?

Fodé Bangoura : comme vous l’avez dit, notre parti n’est pas concerné par le vote du 1er mars 2020… Pour nous, il n’y a pas d’élections le 1er mars . Quant à nos militants, nous leur dirons au moment venu, ce qu’ils doivent faire.

Guineematin.com : l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), qui accompagnait jusque-là ce processus électoral, a décidé finalement de se retirer. Au PUP, comment avez-vous accueilli cette décision ?

Fodé Bangoura : j’aurais même voulu que l’OIF se retire très tôt. Mais, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Tous ceux qui ne sont pas partis à ces élections, ne sont pas partis à cause du fichier électoral. Ce fichier, il n’est pas propre, il n’est pas acceptable. Je pense qu’on n’a pas aidé même le président de la République en acceptant un tel fichier.

Guineematin.com : malgré tout, le pouvoir est bien décidé à aller à ces élections. On a vu hier un communiqué du chef d’Etat-major de l’Armée de terre annonçant des patrouilles de l’armée, mais aussi la participation des militaires dans la sécurisation du vote. Que pensez-vous de cette mesure ?

Fodé Bangoura : pour moi, trop de sécurité, c’est l’insécurité. Ça veut dire que ça ne va pas. Ça veut dire qu’eux-mêmes, ils savent qu’il y a quelque chose qui se prépare. C’est une mauvaise image pour notre pays. On considère que nous allons vers une violence. On demande à l’armée d’être en alerte à partir du 25 février, on demande à l’armée, à partir du 28 février, de faire des patrouilles diurnes et nocturnes, et ensuite à la même date on met les élèves en congé. C’est du jamais vu dans ce pays-là. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que pour nous citoyens guinéens et pour nos partenaires à l’extérieur et pour la communauté internationale, ça ne va pas en Guinée. Ça ne va pas du tout. Pourtant les Guinéens veulent que ça aillent.

Guineematin.com : beaucoup craignent justement des violences le jour du vote. Le président Alpha Condé en personne a invité récemment ses partisans à frapper toute personne qui tenterait de saboter les élections.

Fodé Bangoura : c’est dommage ! Ce ne sont pas des propos qui doivent être tenus par un chef de l’Etat, père de la nation. Ces propos sont des propos va-t’en guerre. Un président de la République calme le jeu, il ne demande pas à aller à la violence. La violence n’arrangera absolument rien. Ce ne sont pas des propos qui devraient être tenus par un chef de l’État. C’est malheureux. Et chacun a pris comme il l’a entendu, et chacun va l’interpréter comme il l’a entendu.

Guineematin.com : quel message avez-vous à lancer à l’endroit des citoyens guinéens ?

Fodé Bangoura : le message, nous l’avons toujours prôné. Nous sommes un parti de l’unité et du progrès, un parti qui veut que les Guinéens s’entendent. Nous sommes arrivés à tout cela par manque de dialogue. Or, même les guerres les dans plus atroces, on finit par s’asseoir autour d’une table et décider de la fin de la guerre. Aujourd’hui, personne ne veut parler à personne. Et ceux qui ont la responsabilité de diriger ce pays, c’est eux qui doivent prôner la paix, c’est eux qui doivent nous amener tous à la paix. Malheureusement, ce n’est pas le cas, et c’est regrettable que notre pays se comporte comme ça.

Entretien réalisé par Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel : 620 589 527/654 416 922

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