Le chef de l’État français a reçu une gifle de la part d’un jeune homme, le mardi dernier, 08 juin 2021, à Tain l’Hermitage dans la Drôme. Une agression rare mais pas inédite envers un président ou un Premier ministre en exercice.

La scène a eu lieu durant un déplacement d’Emmanuel Macron à Tain l’Hermitage, dans la Drôme, nouvelle étape de son déplacement accompagnant la reprise du pays, post-Covid-19.

Macron s’approche d’un groupe de personnes massées derrière des barrières, puis échange brièvement avec un homme. Saisissant l’avant-bras du président, l’individu lui assène une gifle, ou « une tentative de gifle », préfère l’entourage du président, qui a poursuivi sa visite, a priori donc, sans séquelle physique. L’agresseur, un Drômois de 28 ans, a été interpellé avec un accompagnant du même âge. De Marine Le Pen (RN) à Fabien Roussel (PCF), en passant par Gérard Larcher (LR), Olivier Faure (PS) ou encore François Hollande, l’intégralité de la classe politique française a fustigé l’acte commis contre le président. 

Et pourtant ce n’est pas première fois qu’un président de la République française est agressé par un citoyen. Même si certains pensent à tort que cela n’est possible que depuis la démystification voire la banalisation de la fonction présidentielle par un certain François Hollande. Avant Macron, Nicolas Sarkozy avait été agressé le 30 juin 2011 à Brax (Lot-et-Garonne). Un homme de 32 ans, employé municipal d’Agen, agrippe la veste du président Sarkozy en train de saluer des habitants rassemblés derrière une barrière de sécurité. Regrettant son geste par la suite, il déclare avoir voulu dire au chef de l’Etat qu’il faut « écouter les gens qui l’ont élu ». Il sera condamné à six mois de prison avec sursis. 

Le 23 juin 2010, au cours d’une visite de Nicolas Sarkozy dans des quartiers sensibles de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), un jeune homme de 21 ans lui lance : « Va te faire enculer connard, ici t’es chez moi ». L’homme est blessé lors de l’interpellation et condamné à 35 heures de travaux d’intérêt général pour outrage au chef de l’Etat. 

Comme nous l’avons dit, il n’y a pas que les derniers chefs d’Etat français qui ont fait l’objet d’agression physique. Le très charismatique Jacques Chirac a essuyé une tentative de meurtre et crachats. Le 14 juillet 2002, Maxime Brunerie, 25 ans, tente d’atteindre M. Chirac avec un fusil 22 long rifle dissimulé dans un étui à guitare lors du défilé présidentiel sur les Champs-Elysées. Le tir est dévié par un spectateur. Brunerie est condamné en décembre 2004 à dix ans de réclusion criminelle. Il est libéré en août 2009. 

Le 4 mars 2002, le même président Chirac, qui effectue son deuxième déplacement sur le thème de la sécurité durant la campagne présidentielle, est la cible de crachats à Mantes-la-Jolie (Yvelines), en pleine affaire sur les marchés publics d’Ile-de-France, tandis que fusent quelques « Chirac voleur ». 

Même le héros de Seconde Guerre mondiale a échappé à des tentatives d’assassinat. En effet, le Général de Gaulle a été victime d’une des plus graves atteintes à un président de la République en exercice. A cinq reprises, entre 1961 et 1965, des attentats ont visé le héros de la Seconde Guerre mondiale. Le plus grave ayant été celui du « Petit-Clamart« , organisé par une douzaine de partisans de l’Algérie française de l’OAS armés jusqu’aux dents. Heureusement, sans faire de victimes. 

Plus récemment encore, Lionel Jospin a été aspergé de ketchup. Le 17 avril 2002, venu à Rennes pour son dernier meeting de campagne présidentielle, le Premier ministre-candidat est aspergé de ketchup par deux jeunes mineurs alors qu’il remontait l’allée centrale du Parc des expositions où il devait prendre la parole devant 7000 personnes. 

Pour revenir à Emmanuel Macron, quand il était ministre de l’Economie, il avait été pris pour cible le 6 juin 2016 par des manifestants hostiles à la loi duTravail, qui lui avaient jeté des œufs lors d’un déplacement à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en lui criant « casse-toi ! ». 

Comme on le voit, ce n’est ni la banalisation de la fonction présidentielle ces dernières années ni l’âge de Macron encore moins le manque de charisme de l’actuel président français qui lui a valent la paire de gille qu’il a reçue. Avant lui beaucoup d’autres, et non des moindres, avaient été pris pour cible. Y compris l’un des plus hommes politiques que la patrie des droits de l’homme a connus. En l’occurrence le général De Gaulle. C’est donc une triste tradition française que de s’en prendre à un chef d’Etat. Une situation inimaginable sur le continent noir. D’ailleurs beaucoup d’internautes ironisent en disant qu’il faut d’avance présenter les condoléances aux familles d’éventuels candidats pour la gifle présidentielle. Les exemples pris ci-haut constituent, s’il en était besoin, qu’en dépit de tout, la France reste un modèle. Car aucun agresseur d’un président n’a pris la perpétuité. A plus forte raison d’être abattu par la garde rapprochée du président victime d’agression. Si c’était sous les tropiques, celui que notre confrère Mamane de RFI appelle « sergent s’en fou la mort » aurait logé une balle dans la tête de l’agresseur.

A cette exécution sommaire, l’opposition aurait été accusée d’être en connivence avec l’agresseur. Ou encore les puissances étrangères. Car si, comme nous l’avons dit, les fonctions présidentielles sont banalisées de nos jours en France, ce n’était pas le cas sous le règne de De Gaulle. C’est comme si quelqu’un tentait d’assassiner Sékou Touré. Contrairement à l’agresseur de De Gaulle, si l’agressé était un africain son agresseur n’aurait jamais eu la chance de passer devant un juge.

C’est cela la démocratie, la vraie. Autant elle vous met à l’abri d’un coup d’Etat militaire, avec à la clé l’assassinat du président avec parfois femme et enfants, autant elle vous fragilise. Si vous n’êtes pas un citoyen comme un autre, vous n’êtes pas non plus un demi-dieu.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

Téléphone : 664 27 27 47

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