Apparemment, la préfecture de Gaoual ne s’est pas vidée de toute la substance humaine d’orpailleurs qui l’a envahi ces dernières semaines. Elle garde encore dans ses entrailles de mineurs téméraires qui ne comptent pas rentrer bredouille du cauchemardesque Eldorado. Ces jeunes, malgré l’interdiction d’exploitation et la fermeture des mines, sont encore en brousse à Kounsitel à la recherche de l’or. Avec la complicité de citoyens locaux, ils arrivent semer les agents de patrouille qui surveillent les sites miniers de la localité, a constaté l’envoyé spécial de Guineematin.com à Gaoual.

Sans le moindre bruit, loin des regards des agents et des autorités locales, des jeunes orpailleurs, équipés de machines sont à la recherche de l’or. Les nouvelles de cette exploitation clandestine se murmurent aux oreilles ; et, nul orpailleur ne veut parler à un journaliste. Après tout, il n’est pas de leur intérêt que leur petit secret soit connu des autorités.

Par précaution, ces orpailleurs travaillent généralement la journée. « La nuit, les torches peuvent attirer l’attention des agents de sécurité », explique brièvement un orpailleur en route pour chercher de l’or dans un village dont il refuse de nous donner le nom. Autant dire qu’ils ont tout prévu pour opérer en mode furtif sous la barbe de ceux qui voudraient arrêter leur travail.

Au niveau des habitants locaux, notamment les jeunes, la nouvelle de cette exploitation clandestine circule. Et, nul ne veut l’ébruiter au près des autorités. Car, chacun attend une occasion (un partenaire qui a une machine détectrice d’or) pour se lancer dans ce qu’ils appellent le « business ». Mais, certains jeunes assurent que des éléments des agents de sécurité déployés à Gaoual sont impliqués dans « le réseau » de cette exploitation clandestine qui foule au sol les décisions du gouvernement de la république.

« L’exploitation continue très bien même, je fais le taxi-moto, je reviens d’un village vers Kounsitel, les orpailleurs sont dans toute la brousse, ils travaillent tranquillement. Ils ont négocié avec les hommes en tenues. Depuis 35 ans je suis à Gaoual il n’y a pas un lieu que je ne connais pas ici. Je vous dis, ils continuent l’exploitation de l’or de la plus belle manière », assure ce jeune sous l’anonymat.

Cette source ne veut pas prendre le risque de se retrouver le viseur des orpailleurs qui pourraient lui rétorquer des représailles sévères pour avoir bousier leur « business ». Mais, il ne garde pas ce « secret » pour des mesures de sécurité seulement. Lui-même ne rêve qu’une occasion pour se plonger dans la pratique. « Il ne faut pas que les hommes en tenues et les autorités cherchent pour eux et nous les citoyens de Gaoual on ne gagne rien. Ce n’est pas normal. Moi je veux quelqu’un qui a une machine on va travailler et gagner pour nous. Personne n’est maudite », ajoute-t-il lors de notre petit entretien.

Tout comme ce taxi-motard qui rêve de se convertir en orpailleur, ce vendeur d’essence (qui m’a pris pour un orpailleur) jure que l’exploitation de l’or se fait de plus belle en brousse à Kounsitel.

« Même en voyant le mouvement des motos, on sait que les gens travaillent. Je jure le travail continue dans les sites et dans d’autres sites qui ne sont pas surveillés », dit-il avec assurance.

En provenance de la Douane de Gaoual pour le marché de la ville, on croise par moment quelques acheteurs d’or. Ils ne sont pas natifs de Gaoual, mais ils sont sur place depuis quelques semaines. Et, ils font de « bonne affaires » en dépit de la fermeture des sites d’exploitation d’or. Ils achètent le métal précieux avec les exploitants clandestins. Sidibé (comme il a voulu qu’on l’appelle dans ce reportage) est venu de Siguiri pour acheter de l’or. Et, il ne se plaint pas de son séjour à Gaoual.

« On gagne l’or un peu. Le gramme c’est à 450 mille francs ou on augmente un peu sur ça, il faut négocier. Nous on veut que Alpha Condé libère les sites pour que les gens travaillent, ils n’ont qu’à nous aider pour ça », indique-t-il à notre micro, tout en tâtant des yeux les environs (pour surement voir s’il n’est pas surveillé).

Un autre acheteur d’or venu de Labé m’interpelle de la main juste après mon entretien avec Sidibé. Il m’a pris pour un orpailleur et il pense que je ne me suis compris avec Sidibé sur le prix de l’or qu’il présume que je détiens. « Tu as de l’or ? Viens on va se comprendre », me dit-il brièvement à notre rencontre.

De Gaoual, Amadou Lama Diallo, envoyé spécial de Guineematin.com

Tel : 621686148

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