Amadou Bah, directeur exécutif d’Action Mines Guinée

L’humanité a célébré hier, samedi 05 juin 2021, la journée mondiale de l’environnement. En marge de cette célébration, Guineematin.com est allé à la rencontre de monsieur Amadou Bah, le directeur exécutif d’Action Mines Guinée et coordinateur du des organisations de défense des droits des communautés impactés par les projets de développement, pour parler de l’impact de l’exploitation minière sur l’environnement en Guinée. Et, du point de vue de ce cadre de la société civile guinéen, l’environnement est aujourd’hui fortement menacé en Guinée. Cette situation serait favorisée en grande partie par la non-application de la législation en vigueur dans le pays et qui y régit l’exploitation minière.

Décryptage !

Guineematin.com : En tant qu’organisation de la société civile évoluant dans le domaine minier,  vous déployez souvent des missions sur le terrain pour évaluer l’impact de l’exploitation minière. Aujourd’hui, quel constat peut-on dresser dans les zones minières en matière de protection et de préservation de l’environnement ?

Amadou Bah : il faut d’abord dire que l’impact environnemental est défini dans le code de l’environnement révisé en 2019. Dans ce code, on définit l’impact environnemental comme étant une activité réalisée sur l’environnement y compris la santé, la sécurité humaine, la flore et la faune, le sol, l’air,  l’eau, le climat, le paysage et les monuments historiques où autres structures physiques ou bien l’interaction entre ces facteurs.  Donc, ces impacts peuvent couvrir l’aspect patrimoine culturel, les conditions socio-économiques des communautés qui vivent dans les localités concernées. Et donc, il faut dire qu’il y a une réelle menace sur l’environnement guinéen compte tenu de la multiplicité des projets miniers, compte tenu des entreprises sur l’environnement, notamment la déforestation et autres activités nuisibles au couvert végétal. 

Guineematin.com: Peut-on dire que le boom minier qui rapporte beaucoup plus d’argent  à  la Guinée est en train de provoquer une situation que le pays aura bien du mal de gérer dans les années futures ?

Amadou Bah: Oui. La Guinée tire l’essentiel de sa substance de l’exploitation ministère, parce que cette activité représente 30,47% des revenus de l’Etat, 78% des recettes d’exploitation. C’est que le secteur minier est le secteur qui tire l’essentiel de la croissance de la Guinée. Mais, si nous mettons dans la balance l’impact économique et l’impact environnemental, vous trouverez qu’il y a bien des sources d’inquiétude pour le futur et pour les futures générations, dans la mesure où il a des impacts résiduels des projets miniers. Nous avons des impacts cumulatifs des différents projets. En exemple, vous prenez Boké, il y a l’impact individuel de chaque projet, il y a l’impact cumulatif qui va parfois au-delà de la zone de production. Donc, c’est  important aujourd’hui pour l’Etat d’avoir une vision assez stratégique de l’exploitation minière, tout en mettant dans la balance, comme on le dit souvent dans les principes du développement durable, l’aspect économique et social,  environnemental et écologique. Il est important de mettre en place un mécanisme de contrôle strict et de suivi régulier des impacts environnementaux afin de chercher à les juguler tel que prévu par les textes et surtout les normes internationales en la matière. 

Guineematin.com : Compte tenu de la situation que vous venez de décrire ici, peut-on dire que l’application des textes de loi fait défaut dans ce secteur minier en Guinée ?

Amadou Bah: aujourd’hui, il y a un réel problème d’application des textes en Guinée. Il faut le dire, le code minier élaboré en 2011 et révisé en partie en 2013 n’est pas encore appliqué dans son entièreté. Qui dit code, dit forcément textes d’application. Qu’est-ce qu’on appelle textes d’application ? Ce sont les décrets et les arrêtés qui viennent expliquer comment une disposition contenue dans le code doit s’appliquer de façon pratique sur le terrain.  Aujourd’hui, les textes relatifs à l’environnement ne sont pas entièrement pris. Je vous donne un exemple. Le texte d’application de l’article 144 relatif à la fermeture et à la réhabilitation des sites d’exploitation n’est pas encore pris. Et, cet article prévoit qu’il y ait un fonds fiduciaire, un fonds qui doit être alimenté par les sociétés minières pour servir de fonds de garantie pour la réhabilitation des sites d’exploitation, pour préparer l’après mines. Parce que comme on le dit dans le code minier à  l’article 142 qui indique le droit minier n’éteint pas le droit de propriété. C’est-à-dire qu’après l’exploitation ministère, il faut que ces terres nous reviennent afin qu’on puisse les exploiter à  nouveau. Mais, il faut qu’un système de réhabilitation soit mis en place. Aujourd’hui on avance sur le terrain, il y a d’énormes impacts, mais le dispositif réglementaire normatif qui doit encadrer et accompagner l’exploitation pour apporter cet équilibre entre exploitation économique et la préservation du capital naturel n’est pas encore réel sur le terrain. Donc, aujourd’hui, il n’est important que le gouvernement aille dans le sens de mise en place de ce système. Parce qu’il n’y a pas une espèce qui ne tire sa substance de l’environnement. C’est important que l’écosystème environnemental soit protégé. Afin qu’on vive en harmonie avec le monde animal et végétal qui nous entoure. 

Guineematin.com : Pourtant le code minier guinéen prend en compte l’aspect environnemental. Pourquoi malgré cela on se retrouve dans cette situation ?

Amadou Bah: il y a un déficit de gouvernance. Il faut d’abord qu’on soigne la gouvernance générale dans ce pays. Il faut qu’on se dise cette vérité. Tant qu’on ne soigne pas cette gouvernance en déficit, les conditions de gouvernance des secteurs particuliers ne seront pas également bonnes. Nous avons pris pour habitude de prendre des textes que nous voilons en longueur de journée. Comment voulez-vous, dans un pays qui se veut sérieux, qu’on élabore un code et que 10 ans après ce code n’ait pas ces textes d’application. C’est aberrant qu’on ait un code de l’environnement, 3 ans après, que ce code n’ait pas ses textes d’application. Est-ce que c’est sérieux.  Je crois que ça ne donne pas l’image d’une volonté politique allant dans le sens de gouverner de façon cohérente. La Guinée est allée à plusieurs reprises à des rencontres internationales sur l’environnement, relatives à la protection de l’environnement qui nous imposent des mesures internes en termes de cadres normatifs, légaux et réglementaires qui protègent l’environnement, les communautés, la santé et les droits humains. La Guinée doit faire face à ce déficit, à ce vide juridique que le gouvernement a  entretenu depuis environ 10 ans. Il faut que le cadre institutionnel qui est chargé de l’application de ces textes soit meublé. Qu’on ait des textes mais aussi de l’autre, des institutions qui vont s’occuper de la mise en application des textes. 

Guineematin.com: Que faut-il faire concrètement pour juguler ce problème environnemental ?

Amadou Bah: Il faut donner le pouvoir et les moyens aux structures en charge de contrôle des mesures prises dans les textes relatifs à la protection de l’environnement. Je prends en exemple le bureau d’études d’impact social et environnemental (BGDE) qui est chargé de mettre en œuvre la politique gouvernementale en matière d’études d’impact social et environnemental et de contrôle d’audit d’environnemental. Cette structure doit être dotée d’un personnel compétent à la pointe de la connaissance de l’environnement. 

Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

Tél. : 622919225

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