Le directeur préfectoral de l’éducation de Boké a tenu un discours caustique hier, jeudi 28 janvier 2021, devant plusieurs enseignants et responsables d’écoles de la préfecture. Il a accusé ces derniers d’arnaquer et de tromper littéralement les élèves, avant de les appeler à un changement radical dans leur façon de travailler, rapporte le correspondant de Guineematin.com à Boké.

Au cours des trois dernières années, la préfecture de Boké a enregistré des résultats nettement en deçà des attentes lors des examens nationaux. Le taux d’échec a été de loin plus élevé que celui de réussite. Cette année, les autorités locales veulent inverser la tendance. Et c’est pourquoi, le directeur préfectoral de l’éducation a convoqué les administrateurs scolaires et plusieurs enseignants à une réunion ce jeudi 28 janvier pour parler des causes de ces échecs massifs et de comment y remédier. Et sans détour, Elhadj Dembo Amirou Dramé a imputé la responsabilité de ces échecs aux enseignants et aux responsables d’écoles.

Elhadj Dembo Amirou Dramé, Directeur préfectorale de l’éducation de Boké

« Nous avons voulu rencontrer les enseignants pour plusieurs raisons. Depuis 3 ans, Boké ne fait que régresser au niveau des examens nationaux. Nous sommes maintenant obligés de prendre des dispositions pour que les choses changent. Nous avons constaté que les encadreurs ne jouent plus leur rôle dans le cadre de l’encadrement, nos collègues enseignants ont oublié la mission qu’on leur a confiée. C’est ainsi que les préparations sont bâclées, mal suivies, il y en a même qui font une préparation pour toute une année par manque de contrôle. C’est honteux quand vous suivez les médias sur l’enseignement en Guinée. Et, c’est vrai que vous arnaquez. Comme ça où est la valeur morale ? Où est la valeur de vos salaires ? On a pêché avec les enfants et leurs parents, mais il faut que ça s’arrête ! Mais dans tout ça, les chefs d’établissements sont à la base, on trompe littéralement les enfants, mais il faut que ça change ! », insiste le directeur préfectoral de l’éducation de Boké.

Hassane Sanoussy Camara, préfet de Boké

Présent à cette rencontre, le préfet de Boké, Hassane Sanoussy Camara, a exprimé également son indignation face à la régression du système éducatif dans cette préfecture. Une situation dont la cause se situe à trois niveaux, selon l’administrateur territorial. « C’est dans la déception la plus cruelle que je parle aujourd’hui de la situation des enseignants de Boké. Depuis près de 3 ans en ce que je sache, Boké va de regret à regret. Et, cela est constaté à tous les niveaux. J’impute cette responsabilité à 3 niveaux : le premier niveau, c’est vos grèves intempestives, c’est ce qui a entraîné les enfants au chômage à tel enseigne que les enfants n’ont plus le souci de l’école mais plutôt le souci de la rue.

En deuxième position, c’est la responsabilité parentale. Les parents acceptent de voir les enfants dans la rue au lieu de les sommer d’aller à  l’école avec ou sans enseignants, parce qu’on peut être à l’école sans enseignants. On peut faire des groupes d’élèves et s’entraider. Au troisième niveau, c’est les enfants eux-mêmes. Aujourd’hui, vous n’êtes pas en train de former des enfants mais plutôt des cadres abâtardis. Aujourd’hui, si vous voyez un professeur ou n’importe quel enseignant au tableau, vous serez déçu, mais très déçu. Les encadreurs aussi refusent de suivre ces enseignants, les enseignants font ce qu’ils veulent. C’est pour cela aujourd’hui que personne ne veut envoyer son fils à l’école surtout à l’école publique », a déploré le préfet.

Fatoumata Yarie Bangoura, Directrice de l’école élémentaires Hadja M’mah Camara

A l’issue de la rencontre, Fatoumata Yarie Bangoura, directrice de l’école élémentaire Hadja M’mah Camara, a salué cette initiative visant à tirer les leçons des échecs massifs enregistrés aux examens nationaux à Boké. Elle indique que cela permettra d’améliorer le travail dans les écoles afin d’avoir de meilleurs résultats. « Je me réjouis de la tenue de cette rencontre. Parce que les leçons d’aujourd’hui nous permettront d’améliorer notre façon de gérer et de travailler avec les maîtres en situation de classe, qui ont toujours des difficultés dans leur pratique de classe. Désormais, nous ferons mieux que ce que nous avons l’habitude de faire ».

Elhadj Amadou Bah, président du bureau communal de l’association des parents d’élèves et amis de l’école (APEAE)

Même son de cloche chez le président du bureau communal de l’association des parents d’élèves et amis de l’école (APEAE). Elhadj Amadou Bah promet aussi que son équipe va s’impliquer un peu plus dans le suivi des élèves. « Je suis navré que nous ne jouons réellement pas notre rôle. Mais nous allons essayer de nous perfectionner en nous appuyant sur le volontariat. Notre cas est difficile parce que là nous parlons de volontariat, pas de salaire. Mais, nous sommes en train de refaire les APEAE au niveau de la commune pour voir si nous pourrons corriger les erreurs du passé », a laissé entendre le président de l’APEAE.

De Boké, Abdourahmane N’Diaré Diallo pour Guineematin.com 

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