Le PROGEBE  est le programme régional de gestion durable du bétail endémique en Afrique de l’Ouest. Il a été conçu par les gouvernements de Guinée, du Mali, du Sénégal et de la Gambie pour améliorer le secteur de l’élevage, notamment la production et la gestion du bétail endémique (de la race Ndama en Guinée et les moutons Djallonké, d’origine guinéenne également).

Financé conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l’UNOPS ce projet portait sur une enveloppe de trente millions de dollars américains (30 000 000 USD).

Le PROGEBE a réalisé d’importantes infrastructures dans les pays bénéficiaires et de nombreux programmes de formations pour les éleveurs.

A Gaoual par exemple, la zone de Koumbia, réputée être le berceau de la race Ndama, plusieurs installations ont été faites.

A Kounsitel, un marché sous régional de vente de bœufs a été construit avec les accessoires. Deux forages ont été créés à Touba, (carrefour).

A Koumbia, une boucherie moderne, une laiterie, une piste migratoire de près de 60 km et six forages ont été réalisés.

Le président de la coordination des éleveurs de Koumbia, Moumini Diré Diallo, joint au téléphone par Guineematin.com, dresse le bilan, cinq ans après la clôture du projet.

Moumini Diré Diallo, président de la coordination des éleveurs de Koumbia

« Le PROGEBE est un grand projet qui devait permettre aux éleveurs de mieux s’occuper de leurs bêtes. Des infrastructures ont été réalisées et des formations accordées à certains éleveurs. Mais à date, plusieurs de ces installations sont en souffrance. La boucherie ne marche pas bien. Mais ça c’est la faute aux bénéficiaires. La laiterie s’est arrêtée depuis plus d’un an. Les panneaux solaires ne fonctionnent plus. Les frigidaires sont à l’arrêt, bref tout est en panne. Pour les forages, à Souto Thiankoy, dans Dombiya, j’apprends que ça marche et au moins un millier de bœufs s’abreuvent chaque jour. A Ndantari Thiampo, dans Kamélé, aussi, je crois. Mais en réalité, ces deux forages sont en pleine brousse et il n’y a personne pour s’en occuper. A Dapompo, un panneau a été volé. Mais quand-même, un des deux forages fonctionne. Il y a aussi une piste de 60 km qui avait été aménagée pour permettre une libre circulation des bœufs de la montagne vers le fleuve (Panampou). Mais là aussi, certains agriculteurs ont agressé les lieux en y mettant des plantations d’anacarde. Les champs de fourrage ne donnent plus depuis l’année d’ensoleillement enregistré en 2015. Donc voilà autant de difficultés que nous rencontrons actuellement. Nous nous réjouissons de la formation de 8 éleveurs en techniques de traitement du bétail. mais nous manquons de matériel et de produits », selon le patron de la coordination des éleveurs de Koumbia.

De son côté, Mamadou Bobo Diallo, l’un des plus gros éleveurs de la zone, déplore le manque de suivi des infrastructures.

Mamadou Bobo Diallo

« Que ce soit à Souto Thiankoy dans Dombiya ou à Ndantari Thiampo à Kambala, aucun des quatre forages ne marche. Pourtant il y a de très belles installations avec plus de 75 panneaux solaires qui fournissent de l’électricité aux installations pour le pompage d’eau. Mais c’est à l’arrêt. Par contre à Dapompo, un des deux forages est en marche. Puisque pratiquement, j’assure l’entretien. Que ce soit au niveau du réservoir où il y avait des pertes d’eau à travers les fissures, les panneaux solaires ou la pompe elle-même et bien d’autres équipements, à chaque fois qu’il y a une panne ou un matériel est abîmé, j’essaye de réparer », soutient cet éleveur, visiblement préoccupé avec l’annonce de la saison sèche et ses corollaires de manque d’eau.

Le PROGEBE avait doté chacun des trois sites, deux forages, des réservoirs au sol de 100 m3 d’eau chacun, 20 abreuvoirs pour gros bétail, 6 abreuvoirs pour petits ruminants, 4 réseaux de distribution, 4 logements clôturés pour gardien, fourniture et pose de 2 systèmes de pompage photovoltaïque.

Des comités de gestion avaient été mis en place, les membres formés. Mais depuis la clôture en 2016, de ce projet qui a duré six ans, c’est le blackout total.

Les installations sont laissées pour compte et les éleveurs abandonnés à eux-mêmes.

Pour le Président de la coordination des éleveurs, un appel pressant est lancé à l’endroit du département de l’élevage et de l’agriculture, aux autorités au plus haut niveau de l’Etat et aux partenaires de venir en aide au secteur de l’élevage confronté à de sérieux problèmes sur le terrain.

« Nous avons besoin de plus de points d’eau pour abreuver nos animaux en saison sèche. Au total, nous avons dénombré six sites où les bœufs sont confrontés à un manque d’eau pendant la saison sèche. En plus des forages, nous voyons de plus en plus l’utilité des aliments du bétail. Nous voulons rétablir les champs de prairie et les clôturer contre les différentes agressions, nous voulons une formation et un encadrement soutenus des éleveurs et la disponibilité des produits pour le traitement des maladies qui affectent presque chaque année nos troupeaux. Nous saluons le gouvernement et nous l’encourageons à nous aider à solutionner ces quelques problèmes pour sauver l’élevage à Koumbia, le berceau de la race N’Dama », a conclu Moumini Diré.

De retour de Gaoual, Abdallah BALDE pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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