Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Une fois n’est pas coutume, mes lettres se suivent et se ressemblent. De façon prémonitoire, la semaine dernière, je te parlais déjà des conséquences désastreuses de l’ouverture de notre parti aux militants et responsables d’autres partis politiques. Si tu te souviens, je te disais que chaque poste occupé par un opposant était celui qui était destiné à un partisan. Eh bien, les conséquences de cela ne se sont pas faits attendre.

Je suis un observateur. Je vois les choses venir de loin. En particulier, j’ai vu venir la frustration de nos militants et cadres qui observent impuissants le partage du gâteau avant et après les élections. Cela se fait au nez et à la barbe de ceux qui ont tout donné au parti. Lequel, en retour, ne leur donne rien.

C’est de là que c’est parti ce que tu as dû voir hier sur les sites d’information de notre pays et largement partagé sur les réseaux sociaux. Un certain nombre de militants ont convoqué la presse pour dire tout haut ce qu’une majorité murmure tout bas. A savoir que, malgré les apparences, il n’y a paradoxalement pas de plus misérables que nos militants aujourd’hui.

Mais la méthode employée est celle des néophytes en politiques. Leur démarche n’a d’autre objectif que d’obtenir des avantages et des privilèges. Alors que, dans pareil cas, il aurait fallu faire de l’opportunisme pour revendiquer quelque chose au nom de l’idéal du parti. Comme l’a fait l’ancien conseiller communal qui était frustré aussi mais a rejoint le camp adverse de façon plus subtile.

Mais ce n’est pas tout cela qui me préoccupe. Ce qui m’empêche de dormir c’est la lettre que je j’ai adressée la semaine dernière. Je voudrais que tu me rassures que personne, à part toi, ne l’a lue. Si jamais le contenu de cette lettre était connu de mon patron, il aurait tout de suite conclu à un complot. Alors que c’est une simple coïncidence. Mais, avouons-le, une coïncidence troublante.

Imagine un seul instant qu’il soit au courant qu’une semaine plus tôt j’ai écrit que les cadres et militants étaient frustrés. En disant que les places qui devaient être les leurs sont occupées par les transhumants de l’opposition. Et qu’une semaine après, le fameux collectif sort de son silence pour organiser une conférence de presse. Bien évidemment que mon patron dirait que, non seulement j’étais au courant de ce qui se tramait mais aussi j’ai participé à la mise en place de cette structure.

Dans un pays où le complot hante tout le monde, il est évident que mon courrier est très compromettant pour moi. Heureusement que c’est à toi que je l’ai adressé. Autrement mes carottes auraient été cuites. Outre cette demande de garder strictement confidentiel ce courrier, je vais m’attèlerais à une autre tâche dont l’objectif est d’écarter tout soupçon me concernant dans cette histoire de frustration.

Sachant que je suis un farouche adversaire de tous ceux qu’on appelle les militants de la 25ème heure, je suis censé être sur la même longueur d’ondes que les frustrés. Même si, personnellement et avec mon maintien comme membre du gouvernement, je ne suis pas frustré. Il n’est pas exclu que des esprits malveillants m’associent à cette prise de position. D’où la raison pour laquelle je vais sévir contre le collectif.

Même s’il y a un adage populaire qui me dissuade. En effet, mon grand-père me disait ceci « si tu pleures trop un mort, on va penser que c’est toi qui l’as tué ». Ce qui me fait craindre qu’en demandant de sanctionner les frustrés, que mon camp ne pense que je cherche à me disculper. Or je ne suis pas de cela. D’ailleurs un collègue, qui constitue mes yeux et mes oreilles au service, m’a dit que les gens racontent que moi-même je suis frustré à cause du modeste département dont je suis chef.

C’est autant dire que je marche sur des œufs. Autrement dit je suis dans un véritable dilemme cornélien. Si je me tais on pourrait m’accuser d’être de connivence avec les frustrés. Mais si je m’insurge ouvertement contre eux, on pourrait, là aussi, conclure à l’histoire de celui qui pleure le mort. Devant cette situation plutôt inconfortable, il est inutile de te dire que je souhaite avoir ton avis. Et le plutôt serait le mieux.

Sachant que je suis sous écoute téléphonique, tu peux donner ton avis au cousin de notre cousin afin que celui-ci transmette ta commission à la cousine du cousin de mon épouse. Laquelle fera le nécessaire sans aucun risque. Surtout si le message est codé comme d’habitude.

En attendant de tes nouvelles, je te prie de transmettre mes salutations à ta famille.

Ton ami le ministre pris entre les frustrés et les transhumants.

Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47.

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure ressemblance.

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Guineematin