Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Je ne doute pas un seul instant que tu suis avec le plus grand intérêt l’évolution de l’actualité dans notre pays. Une actualité dominée cette semaine par ce qui s’est passé à l’aéroport de notre pays où, pour la première fois, un homme politique a été cueilli comme un vulgaire malfrat dans un avion pour être débarqué.

Je ne doute pas non plus un seul instant que tu es agacé voire scandalisé par cet incident. Ou plus exactement par cet abus d’autorité de la part de certains zélés du gouvernement auquel j’appartiens. Car les explications du procureur, qui s’autoproclame être auteur de cet acte, n’est rien d’autre qu’une façon de se donner un pouvoir qu’il n’a point. Cette revendication ne convainc pas le plus crédule.

En effet, cher ami, aller extraire l’une des personnalités les plus influentes de notre pays voire de notre continent –tu diras que je surestime l’importance de cet homme- dans un avion n’est pas l’œuvre d’un petit fonctionnaire. Tu seras d’accord avec moi que seul le grand patron peut prendre une telle décision. En tout cas même si elle a été prise par un de mes collègues c’est qu’il avait obtenu l’aval de notre patron.

Dans tous les cas, et je reviens à mon sujet, je suis scandalisé par cette affaire. Car elle est totalement contreproductive pour notre pays. Ou plutôt pour mon gouvernement. A l’opposé, elle fait l’affaire du celui qui, paradoxalement, elle était censée nuire. Volontairement ou involontairement c’est une publicité gratuite que nous avons offerte à cet homme. Non seulement il est plus que jamais perçu par l’opinion comme quelqu’un qui est persécuté. Mais aussi et surtout comme quelqu’un de légaliste.

Il est probable voire sûr que les concepteurs de cet acte pensaient qu’il allait leur résister. Et qu’ils profiteraient de l’occasion pour le présenter comme quelqu’un de violent et d’agressif et à qui on aurait pu coller au moins l’infraction de refus d’obtempérer voire la rébellion contre un agent public. Peine perdue. Encore une fois il a réussi à déjouer ce qu’on sait de plus faire dans ce pays.

Je suis sûr que tu vois un net décalage entre ce que j’incarne et mes propos. Mais laisse-moi te dire que nous sommes quasiment dans une situation similaire à celle que nous avons vécue entre 2006 et 2008. Le gouvernement auquel j’appartiens est divisé en plusieurs clans. Parmi lesquels il y a bien évidemment l’aile dure. Les va-t’en guerre qui veulent nous ramener loin en arrière. Il y a aussi les modérés auxquels je fais partie.
Ce groupe auquel je fais partie est convaincu que nous avons plus à gagner en adoptant une attitude souple vis-à-vis de l’opposition. Nous sommes convaincus que le recours aux méthodes que nous considérons comme anachroniques et rétrogrades sera nuisible au pays entier et à notre chef en particulier. Malheureusement ce dernier semble être plus enclin à écouter l’autre camp que le nôtre. Si non l’incident dont je t’ai parlé ne se serait jamais produit.

Je t’ai parlé de clans. Ces clans sont au nombre de trois : il y a les durs. Il y a les modérés et enfin les caméléons. C’est-à-dire ceux qui vont vers la direction du vent. Ils observent. Ils vont suivre le camp qui semble remporter la victoire. Ils sont à l’image de ceux qui, exactement il y a un an, disaient aux pros et anti nouvelle constitution « Anawotagui ». Si on était en religion on les aurait traités d’hypocrites Et tu le sais, en ce qui concerne notre religion, le Créateur a dit que les hypocrites seront au fond de l’enfer. Mais, tu vas te demander depuis quand je suis devenu religieux.

C’est juste pour caricaturer. Pour dire que le camp de caméléon est plus dangereux que celui de durs. Bref, si je me mettais à te raconter ce qui se passe au sein de ce gouvernement, jusqu’à demain je ne vais pas finir. Je vais donc devoir m’arrêter là. Pour conclure, je souhaite que le contenu de cette correspondance reste strictement entre nous. Je ne t’apprends rien en te disant que si jamais il y a une fuite de ce contenu ce sera la fuite de son auteur.

Ton ami le ministre modéré

Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre ne sera que pure coïncidence.

 

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Guineematin