Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Une fois n’est pas coutume ! Aujourd’hui, c’est moi qui prends la plume et le papier, avec leur piège de fautes d’orthographes et de grammaires, pour te raconter la situation que je traverse. Je ne t’apprends rien en te disant que l’opération de déguerpissement devient une patate très chaude entre mes mains. Un petit problème de société au départ est en train de devenir une affaire d’Etat. Dans la foulée, chacun s’est défoulé. Certains veulent se dédouaner pour m’enfoncer, moi.

Tu as sans doute suivi un passage du discours de mon chef devant la représentation nationale. Un passage dans lequel il affirme sans ambages ne pas connaître « qui a donné l’ordre de casser les maisons des citoyens ». J’ai trouvé ce discours scandaleux. Et pour cause, c’est au cours d’un conseil des ministres que notre patron- à lui et à moi – a donné instructions de procéder à la récupération de tout ce qui relève du domaine public.

Vois-tu la méchanceté et duplicité de l’homme. De déguerpissement on parle désormais de destruction. Et de la part d’une autorité. Rien que pour me faire porter la responsabilité. S’il est vrai qu’au départ on a parlé de dégagement des emprises de la route, il est tout aussi vrai qu’on a parlé de récupération des domaines de l’Etat. Entre les deux, la limite n’était pas grande. Et les agents de mon département l’ont vite franchi.

Le discours de  notre chef commence à faire tache d’huile. D’autres collègues lui ont emboité le pas. Certains pour me disculper. Mais la plupart pour m’enfoncer. J’ai l’impression que certains d’entre eux profitent de l’occasion pour régler leurs comptes personnels avec moi. ils cherchent des poux dans mon cran toujours nui.

Devant cette situation, qui était la moins attendue du monde pour moi, je souhaite ton implication pour m’éviter la catastrophe après le lynchage dont j’ai fait l’objet. Il s’agit pour toi d’actionner tes relations. De faire appel à ceux des nôtres parmi les plus influents pour me sauver la face. Si dans une période comme celle-ci je suis lâché par la communauté je suis foutu. Cette dernière doit mettre tout son poids dans la balance pour mon maintien.

En fin connaisseur de la réalité sociale et politique de notre pays, je ne dois nullement te dire ce qu’il faut faire. Qu’à cela ne tienne, on pourrait procéder comme ça. Actuellement le mécontentement gagne du terrain chez nous. Le patron en est conscient. Il a besoin de nous pour calmer le jeu. Il faudrait, en contrepartie, lui proposer un contrat gagnant-gagnant : A nous de tout mettre en œuvre pour calmer les jeunes de plus en plus mécontents. A lui de ne pas jouer le jeu de nos adversaires. En particulier ceux qui réclament ma tête.

Tu connais les personnes qu’il faut pour faire passer ce message. En attendant chacun va de ses spéculations pour m’accabler de tous les péchés d’Israël. Après le discours dont j’ai déjà parlé, j’ai lu un commentaire dans les médias selon lequel « les larmes de toutes les victimes se transformeront en une rivière dont les eaux m’emporter ». Parce que la solidarité gouvernementale m’a manqué. Parce que certains et non des moindres ont voulu faire de cette opération une récupération politique.

Si c’était l’opposition qui avait fait cela j’aurais compris. D’ailleurs notre principal adversaire a comparé cette opération à l’intervention d’une armée d’occupation. Lui il est dans son droit. Mais le chef de notre équipe n’avait pas le droit de dire ce qu’Il a dit. Une prise de position qui a plutôt ouvert la boite à pandore. Déformais je suis crucifié.

De tout ce qui précède, je te prie, cher ami, d’agir. Et vite. Ouvertement et de façon occulte. Comme on dit, c’est pendant qu’on traverse des difficultés qu’on connait ou reconnait ses vrais amis. Tu n’es pas le seul à qui j’ai commis à cette tâche. Je suis la situation avec anxiété. Quand mon téléphone sonne j’ai la peur au ventre jusqu’à ce que je sache qui m’a appelé. Et pour te dire la vérité, chaque soir j’ai les yeux rivés devant le petit écran pour savoir si la sanction ne tombe pas avant même l’enquête promise.

En deux semaines le rapport de force a changé. Comme dit le vieil adage populaire, on poursuit quelque chose jusqu’à ce qu’on soit poursuivi. Alors on abandonne ce qu’on poursuivait pour tenter d’échapper à ce qui nous poursuit. C’est exactement la caricature entre les propriétaires des maisons marquées au rouge et qui ne sont pas encore démolies et moi. Ceux-ci font la fête parce que désormais j’ai d’autres grains à moudre que de toucher un seul bâtiment. Fût-il un taudis au beau milieu de la route.

Ton ami le ministre qui traverse ses pires difficultés.

Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure coïncidence.

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Guineematin