Cette femme, qui préfère garder l’anonymat pour, dit-elle, sa sécurité et son honneur, raconte sa mésaventure au camp Elhadj Oumar de Labé : « En partant pour Dakar en avril de l’année dernière, ma famille m’a confiée à Elhadj Moustapha Diallo. Juste à la sortie de la ville de Labé, nous trouvons un barrage au camp Elhadj Oumar Tall. Deux militaires me somment de descendre. J’obtempère. Direction, leur bureau. Dans cet endroit, les deux agents m’ont montré un sac de riz rempli de grands et de petits voiles enlevés de force à leurs porteuses. 

Les deux hommes en uniforme m’ordonnent donc de faire comme les propriétaires de ces tenues, à savoir ôter mon voile et le laisser là comme l’ont fait toutes celles qui m’ont précédée à cet endroit. Dans la foulée, ils m’informent que cette tenue est interdite dans le pays. Par conséquent, il fallait que je m’en débarrasse. Je refuse d’obtempérer.

Devant la violence verbale qui devait inévitablement aboutir à la violence physique, mon compagnon me demande si j’ai un autre voile dans mon sac. Je réponds par l’affirmative. Dans ce cas, dit Elhadj Moustapha, pour ne pas nous retarder, il faut ôter ce voile pour remettre l’autre plus loin. Cette proposition irrite les agents. Ils prennent Elhadj Moustapha sans ménagement pour le conduire au violon.

Mon accompagnateur maîtrisé, les agents reviennent vers moi et m’intiment l’ordre d’ôter mon voile cette fois avec beaucoup plus de menaces. Un des militaires indique qu’il est hors de question pour lui de violer la loi du pays qui interdit le port du voile intégral. Je lui rétorque qu’il est tout aussi hors de question pour moi de violer la loi divine qui m’oblige à porter le voile.

Constatant mon énervement, le militaire me fait observer que je ne suis pas née avec le voile. J’approuve. Mais je lui fais également remarquer que lui non plus n’est pas né avec la tenue militaire. Cette remarque le met en colère. Il m’exige avec beaucoup plus d’insistance d’ôter mon voile. Pour nous permettre de poursuivre notre route et surtout pour permettre la libération d’Elhadj Moustapha, j’ôte mon voile, en l’occurrence le « Niquab » : c’est-à-dire celui qui cache le visage que je remettrai juste après le camp.

Après 45 minutes de privation de liberté, Elhadj Moustapha est enfin libéré. Il a fallu une heure qui m’a paru une éternité pour remettre mon voile intégral et continuer la route pour le Sénégal.

Du camp Elhadj Oumar Tall jusqu’à la frontière, tout se passe bien. A Linkerine, frontière guinéo-sénégalaise, les policiers sénégalais me demandent, cette fois avec plus de courtoisie, d’ôter mon voile. Ils m’ont dit que le port du voile intégral est interdit et que si je ne l’enlevais pas, je serais refoulée au poste suivant. Et, pourtant à la frontière, les agents sénégalais m’ont demandé tout simplement de me dévoiler.

Le trajet continue sans trop de problèmes. Arrivée à Kaolack, je remets mon Niqab. Une Sénégalaise me dit qu’elle a entendu à la radio que le port du voile intégral est interdit.

Au regard du martyr que j’ai connu tout le long de la route, je m’attendais à ce que les choses se compliquent à Dakar. Mais arrivée dans la capitale sénégalaise ce fut un soulagement total. J’apprends, en effet, que le président Macky Sall n’a pas signé un décret interdisant le port du voile intégral. Dieu merci, dis-je.

Mes informateurs ont ajouté que durant le règne du président Wade, en 2008, certaines personnes avaient commencé à saboter le port de ce voile. Mais le chef de l’Etat avait martelé que chaque femme était libre de porter la tenue qu’elle voulait ».

Propos recueillis par Habib Yembering Diallo

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