Pr Ag Moussa Keïta, Dermatologue-Vénéréologue-Leprologue

On en sait un peu plus sur la maladie de la peau qui sévit depuis plusieurs années dans une famille résidant à Kagbelen Plateau, dans la commune urbaine de Dubréka. Environ deux semaines après l’hospitalisation de trois enfants touchés par la pathologie, leur médecin-traitant a accordé un entretien à Guineematin.com ce vendredi, 29 janvier 2021. Pr Ag Moussa Keïta, Dermatologue-Vénéréologue-Leprologue au service de Dermatologie-MST du CHU Donka, indique qu’il s’agit d’une dermatose bulleuse auto-immune qui peut effectivement être soignée en Guinée.

Le 18 janvier 2021, une psychose s’est emparée du quartier Kagbelen Plateau suite au décès d’un jeune homme de 16 ans, qui souffrait d’une « maladie mystérieuse » dans cette localité. Les gens avaient commencé à se méfier de sa famille, craignant d’être contaminés par la maladie de la peau qui l’a emporté et qui affecte également ses quatre frères.

Quelques heures seulement après ce décès, les autorités sanitaires ont envoyé une ambulance dans la famille pour transporter trois des quatre frères du défunt à l’hôpital national Donka. Depuis, une équipe de médecins dirigée par le Pr Ag Moussa Keïta suit ces patients au service dermatologie et vénéréologie de ce centre hospitalier. Et, ce suivi leur a permis d’avoir une idée sur la nature de la maladie dont souffrent ces enfants.

« Quand les enfants sont venus, nous avons posé le diagnostic. Alors, lorsque vous posez un diagnostic, vous vous basez sur des arguments épidémiologiques, cliniques et paracliniques. A l’interrogatoire des parents, nous avons compris qu’il y a une notion de transmission génétique de la maladie dans cette famille puisqu’il y a trois enfants de la même famille qui développent la même maladie.

Après tout, nous avons compris que la maladie dont souffrent ces enfants est une dermatose bulleuse auto-immune. C’est-à-dire une dermatose qui est induite par la production d’anticorps qu’on appelle auto-anticorps. Cette production d’auto-anticorps se fait sous l’influence de facteurs génétiques prédisposant, la dyshimmunité et certains facteurs environnementaux.

Ces auto-anticorps ont des cibles au niveau de la structure de la peau : au niveau de l’épiderme les desmosomes (cohésion interkeratinocytaire) constituent la cible privilégiée. Au niveau sous-épidermique la jonction dermo-épidermique est la cible de ces auto-anticorps. Il s’agit d’une structure microscopique faite de cellules et de filaments protéiques sur lesquels se fixent les auto-anticorps.

Alors, quand le malade produit ces auto-anticorps, ils vont s’attaquer à ces cibles privilégiées au niveau de l’épiderme et au niveau de la région sous- épidermique. La rupture de la cohésion interkeratinocytaire et la jonction dermo-épidermique qui aboutit à la formation des bulles sur la peau, d’où l’appellation dermatose bulleuse.

Selon les arguments recueillis auprès des parents sur le plan épidémiologique et clinique, nous pensons spécifiquement pour le moment, qu’il s’agit d’une dermatose appelée dermatite herpétique forme qui fait partie de la grande famille des dermatoses bulleuses auto-immune surtout qu’il y a association avec une diarrhée qui fait penser à une intolérance au Gluten », explique le Pr Moussa Keïta.

Le médecin précise toutefois que le travail effectué par son équipe est insuffisant. Pour avoir la certitude de la situation, il leur faut des examens complémentaires (histopathologie cutanée, les immunofluorescences directe et indirecte, Immunotransfet etc…) qui ne peuvent pas être réalisés en Guinée, en raison de la faiblesse du plateau technique. « C’est pourquoi, nous avons fait un prélèvement de la peau qu’on a remis à un de nos étudiants qui fait ses études dans un des pays de la sous-région pour des fins d’examen. Parce qu’on a des amis dans la sous-région qui sont spécialisés en histopathologie cutanée.

Et, peut-être dans trois ou quatre semaines, on aura les résultats. En ce qui concerne le bilan sanguin, la direction générale du CHU a déjà donné des instructions pour sa réalisation. En ce qui concerne la transmission génétique, pour le moment, on ne sait pas si c’est la maman qui porte le gène ; mais, nous savons que si c’est elle qui portait le gène, c’est sûr qu’elle aurait développé la maladie. Donc, probablement, c’est le père qui en est le porteur et qui aurait transmis ces gènes-là à ses enfants. Les arrières parents pourraient en être aussi porteurs. Et si rien n’est fait, il se peut que leurs progénitures développent la maladie dans le temps », souligne ce spécialiste.

Mais, avant même d’avoir les résultats des examens complémentaires, le Pr Moussa Keïta sait déjà que cette maladie n’est pas contagieuse. Et, l’autre bonne nouvelle, c’est qu’elle n’est pas une fatalité. Le médecin assure que les patients n’ont pas besoin forcément d’une évacuation sanitaire à l’étranger pour être traités. « Je ne m’oppose pas à une éventuelle évacuation de ces enfants à l’étranger. Mais, ce que je sais, c’est que les enfants peuvent être traités ici même en Guinée si on nous accompagne par rapport à l’achat des médicaments et à la réalisation des différents examens.

Et, même s’ils sont évacués, vous verrez que la conduite ne sera pas différente de celle que nous, nous allons faire ici. La prise en charge, nous la faisons correctement depuis qu’ils sont là. Parce que nous avons traité beaucoup d’autres cas similaires. Mais, il faut savoir que la dermatose de ce genre n’est pas comme un palu où je viens prendre des médicaments pour être guéri en une semaine. C’est un suivi à très long terme. Les enfants doivent venir ici régulièrement selon les indications du médecin, et la prise en charge doit se faire progressivement jusqu’à ce qu’on arrête complètement la poussée des bulles sur le corps », a-t-il précisé.

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27

Facebook Comments Box

Commentaires

Alpha Guineematin.com