C’est le vendredi dernier, 26 mai 2017, que le rédacteur en chef de France24, Jean Karim Fall a perdu la vie suite à un arrêt cardiaque, alors qu’il était en Sicile (Italie) où il couvrait le sommet du G7. Ayant séjourné ensemble à Abidjan et ayant servi le même organe, le correspondant de radio France internationale (RFI) et de l’Agence France Presse (AFP) en Guinée, Mouctar Bah a reçu un reporter de Guineematin.com pour nous parler de ce confrère défunt.

Décryptage !

Guineematin.com: Bonjour monsieur Mouctar Bah. France Média Monde est en deuil. Vous venez de perdre encore un de vos proches collaborateurs à RFI, en la personne de Jean Karim Fall. Parlez-nous de vos tous premiers contacts.

Mouctar Bah: Bonjour cher confrère. Mon premier contact avec Jean Karim Fall date de 1993 à l’occasion des obsèques d’Houphouët-Boigny. On l’avait déjà envoyé en Côte d’ivoire en mission parce qu’ils avaient expulsé son prédécesseur qui s’appelle  Robert Minangoy. C’est lui qui était correspondant là-bas de RFI. Il avait été expulsé à l’occasion des mouvements politiques du début des années 90 à l’occasion d’une manifestation des étudiants, la guerre du Liberia et beaucoup d’autres mouvements. Donc, j’ai connu Jean Karim quand on l’avait envoyé en mission pour essayer de combler ce vide après l’expulsion de Robert Minangoy. Mais, on s’est frotté à l’occasion des obsèques de Houphouët Boigny en février 94. C’est lui qui était venu couvrir ça avec Christophe Boisbouvier, Donig Ledug et d’autres encore. C’est là que j’ai eu le premier grand contact avec Jean Karim Fall. Depuis lors, franchement on est resté des amis. On est resté des amis à tel point que nous sommes devenus des frères. Parce qu’en ce temps, il a été maintenu en Côte d’Ivoire comme correspondant de RFI et dans la région. Il couvrait beaucoup de pays, notamment le Ghana, le Mali, la Sierra Leone, le Liberia, le Togo et le Bénin. Donc, correspondant régional de RFI entre 93 et 95.

Guineematin.com: Quand vous avez appris le décès de votre confrère et collègue, quels ont été vos premiers sentiments ?

Mouctar Bah: j’ai eu un choc ! On me l’a annoncé lorsque j’étais à Kipé au CIRD. J’ai quitté le bureau sans rien dire, je suis venu prier à la mosquée de Kipé et je suis revenu à la maison me coucher. Parce que franchement j’ai été foudroyé, une émotion s’est emparée de mon corps. Vous ne pouvez pas imaginer dans quel état d’âme j’étais. J’étais bouleversé, attristé parce que Jean Karim comme je l’ai dit ce n’était plus mon ami, c’était mon frère. Nous avons passé ensemble quatre ans à Abidjan, il était correspondant de RFI et moi je travaillais à l’Agence France Presse (AFP). Mais, tous les mouvements, toutes ses sorties, toutes mes sorties, on était ensemble. Son épouse Léonidas qui est érythréenne était devenue une amie à ma femme grâce à nous. Jean Karim venait régulièrement chez moi, outre le bureau et je partais aussi chez lui. Moi, j’habitais au 220 logement ; lui, il habitait Cocody. Mais, on était régulièrement ensemble. Il y avait une autre dame qui était avec nous qui s’appelait Catherine Morand. Elle était la correspondante du journal de Genève et de radio Suisse Normande. Donc, on était un trio. On constituait à trois un noyau, on était inséparable.

Guineematin.com: Quel souvenir gardez vous de Jean Karim Fall ?

Mouctar Bah: Je garde un très grand souvenir de Jean Karim Fall. A l’occasion de la naissance de mes enfants, les jumelles, Houssainatou et Hassanatou, Jean Karim était là avec son épouse en septembre 1993. Il était là avec la femme de Laurent Gbagbo et beaucoup de militants du FPI. Ils étaient venus au baptême et Jean Karim était l’animateur. Jean Karim et madame Gbagbo s’était une complicité. C’est dur vraiment (émotion).

Guineematin.com : On comprend votre émotion, surtout qu’il y a peu temps qu’on vous annonçait aussi la disparition d’un autre de vos collègues, Laurent Sadoux. On comprend le choc que vous avez. Est-ce que ce n’est pas le monde de la presse qui vient de perdre un baobab ?

Mouctar Bah : Laurent Sadoux et moi, on était des collègues, on ne se connaissait pas trop. On se connaissait à travers la rédaction là-bas. Il n’est jamais venu en Guinée et je ne suis jamais allé chez lui à Paris. On se voyait dans la rédaction. Je me souviens qu’on est allé manger deux fois, mais ce n’était pas les copains-copains. On s’amusait beaucoup à la rédaction. Après lui, donc, c’est Jean Karim. Laurent Sadoux et après Jean Karim Fall, pour France Média Monde c’est un événement. La disparition de ses deux journalistes risque d’affecter un peu les rédactions. Mais, puisqu’il y a beaucoup d’autres journalistes qui sont capables de relever le défi peut-être que ça ne va pas se sentir ; mais, il y aura un vide. Parce que Jean Karim était un animateur, Jean Karim était un encadreur, Jean Karim était un professionnel de la radio et de la télé. Il y avait de la rigueur dans tout ce qu’il faisait. Je me souviens à l’occasion de nos rencontres soit à Dakar ou à Abidjan entre journalistes africains pour des formations qu’organisaient France24 et RFI, tellement il y avait une complicité entre nous, mes collègues s’ils avaient besoin de quelque chose c’est à moi qu’ils s’adressaient. Ils me demandaient d’aller voir mon ami Karim pour lui dire de faire ça et de faire ça. Même pour augmenter soit nos primes ou autres.

Guineematin.com: Monsieur Bah, après avoir appris le décès de Jean Karim Fall, est-ce que vous avez pu avoir au téléphone la rédaction de RFI ?

Mouctar Bah: Les collègues, c’est eux qui m’ont appelé parce qu’ils savaient les liens qui existaient entre Jean Karim Fall et moi, la complicité qu’il y avait entre nous. C’est la rédaction de RFI Paris qui m’a appelé pour m’annoncer la triste nouvelle.

Guineematin.com: Monsieur Bah, peut être que c’est le moment de profiter à travers nos lignes pour adresser un mot à sa femme et à sa famille.

Mouctar Bah: La femme de Jean Karim, Léonidas, elle va avoir un vide autour d’elle, parce que c’était un couple qui vivait en harmonie. Il y avait une complicité entre les deux, il y avait une entente parfaite, ils conjuguaient le même verbe. Les enfants sont deux, je sais qu’ils ont grandi maintenant parce que le dernier doit avoir 24 ans. Mais, je ne sais pas quoi leur dire. Jean Karim était un père exemplaire, un modèle dans son foyer. En voyant Jean Karim comme il a grandi en France, dans une famille aisée. Mais, il n’était pas un enfant gâté, c’est pourquoi il aimait l’Afrique. Son papa est d’origine sénégalaise, mais est ce qu’il a des attaches au Sénégal ? Jean Karim ne quittait pas Paris pour le Sénégal sauf pour nos rencontres. Il doit avoir des cousins lointains, mais on n’en a jamais parlé.

Guineematin.com: Avant de terminer, est ce que vous pouvez nous dire comment Jean Karim Fall est venu à RFI où il s’est fait connaître ?

Mouctar Bah: D’abord, il faut le dire, c’est un vide qu’il crée, c’est un baobab qui est tombé et la rédaction de France24 doit réfléchir pour savoir qui il faut mettre à la place de Jean Karim Fall. Nul n’est indispensable et nul n’est irremplaçable, mais il y a des gens qui sont difficiles à remplacer par ce qu’un meneur d’hommes n’est pas n’importe qui. Tu peux être un super journaliste, qualifié en tout, mais le commandement ne s’apprend pas à l’école. C’est l’école de la vie ça. Alors, Karim, c’était l’enfant de la vie. Je vais vous dire quelque chose que les gens ne savent pas. Après ses études de journalisme à Lille, il n’est pas resté longtemps en France. Il est allé aux États Unis. Comme il n’avait pas trouvé du boulot, il est allé vendre du café à l’aéroport Kennedy de New York. C’est là-bas qu’un de ses professeurs d’université de Lille qui était venu à RFI l’a rencontré à l’aéroport et de l’aéroport l’a ramené en 1984 à RFI. Voilà comment il est venu à RFI.

Guineematin.com: Un mot pour la fin !

Mouctar Bah: Je souhaite que Dieu accorde à Karim le paradis. Que Dieu nous protège, que Dieu nous garde et que sa famille ne souffre pas pour son absence.

Guineematin.com: Merci d’avoir répondu à nos questions

Mouctar Bah: C’était un plaisir pour moi.

Entretien réalisé et décrypté par Mouctar Barry pour Guineematin.com

Tél.: 621 607 907

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