Il l’avait promis. Il l’a fait. Umaru Sissoco Emballo a prêté serment hier, jeudi 27 février 2020. La cérémonie s’est déroulée dans un hôtel de la capitale, Bissau. Preuve que cette investiture ne marque pas la fin de la crise post-électorale consécutive à la présidentielle du 29 décembre 2019. Loin de là. Le Premier ministre crie au coup d’Etat. Sa victoire reconnue plusieurs fois par la CENI, le général Sissoco entend désormais exercer ses fonctions de chef d’Etat. D’autant plus que son prédécesseur a quitté le palais présidentiel aussitôt après sa prestation de serment.

Le moins que l’on puisse dire est que le nouveau chef de l’Etat bissau-guinéen contesté par son adversaire a bien choisi le moment pour son investiture. En effet, c’est au moment où le médiateur dans la crise bissau-guinéenne a lui-même besoin d’un médiateur qu’Umaru Sissoco Emballo a prêté serment. Ce dernier ne cache pas son aversion envers le président l’autre Guinée, Alpha Condé qu’il accuse d’avoir tout fait pour empêcher son élection.

Intitule de dire dans ces conditions qu’Alpha Condé ne voit pas d’un mauvais œil la contestation de la victoire d’Umaru Sissoco Emballo. Mais puisque le chef de l’Etat de la Guinée Conakry a lui-même d’autres grains à moudre dans son pays, son nouvel homologue peut se frotter les mains. Alpha Condé, dont le pays a besoin d’un médiateur, ne peut être médiateur dans un autre pays. Preuve, s’il en était besoin, que ce n’est pas l’âge qui fait d’un chef d’Etat un bon médiateur. Comme dirait l’autre, la vieillesse ne signifie pas forcément la sagesse.

La prestation de serment du bouillant général bissau-guinéen a coïncidé avec cette veillée d’armes à Conakry. Ce qui fait que son homologue ne peut pas lui mettre des bâtons dans les roues. Il est certes prématuré de dire que la crise post-électorale bissau-guinéenne est derrière nous. Malgré tout l’un des protagonistes a pris une longueur d’avance sur son adversaire. A moins que l’on assiste à une situation semblable à celle que la Côte d’Ivoire avait connue en 2011. La CEI avait proclamé un vainqueur et la cour constitutionnelle un autre. Mais la Guinée Bissau n’est pas la Côte d’Ivoire. Les enjeux ne sont pas les mêmes.

Ainsi, après avoir remporté la victoire des urnes et pris le dessus sur son adversaire du PAIGC, même si ce dernier n’a pas encore dit son dernier mot, Umaru Sissoco doit désormais faire face à un autre chantier : Celui d’afficher l’image d’un homme d’Etat. Jusqu’ici ses attitudes et comportements sont aux antipodes de ceux d’un chef d’Etat. Avec des déclarations à l’emporte-pièce, le général de Bissau est exactement comme l’ancien capitaine de Conakry. A l’écouter on a l’impression de revivre le fameux « Dadis show ».

L’autre incongruité du nouvel homme fort de Bissau, c’est l’image d’un chef religieux musulman dans un pays où les chrétiens et les animistes pourraient atteindre 60% de la population. Umaru Sissoco arbore un turban comme celui que portait Yasser Arafat. Or si cela est dans l’ordre normal des choses pour un citoyen lambda ce n’est pas le cas pour un chef d’Etat.

En outre, dans une sous-région en proie à des attaques terroristes attribuées à des groupes islamistes, cet accoutrement fait plus peur que la tenue militaire. Sissoco devrait en tenir compte pour sa reconnaissance par une partie de ses compatriotes mais aussi par la communauté internationale. S’il veut incarner l’image d’un homme d’Etat, le général Sissoco devrait se livrer à ses dévotions avec moins d’ostentation.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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