Kalidou Diallo, enseignant

Créées en 2014, sur initiative du mouvement syndical guinéen, les institutions de protection sociale (INAMO et CNPSE) souffrent encore du manque de cotisation des principaux bénéficiaires (les fonctionnaires de l’Etat). Apparemment, ces fonctionnaires d’Etat (au nombre desquels on peut citer les enseignants) sont encore très réticents de voir le prélèvement de 5% sur le salaire indiciaire. Ceci, malgré les séances d’information et de sensibilisation effectuées jusque-là pour rassurer les travailleurs sur les avantages de cotiser pour le fonctionnement des ces institutions protection sociale. Selon des informations confiées à Guineematin.com, il existe encore beaucoup de zones d’ombre sur des questions fondamentales de la « prise en charge maladie » qui est brandie à tout bout de champ pour convaincre les travailleurs de souscrire pleinement à cette assurance.

« Je vais vous dire que l’idée d’assurer les fonctionnaires est bonne. Mais, les méthodes utilisées pour le moment posent des problèmes.  Si vous avez vu le décret, l’Etat contribue à hauteur de 18%. Les fonctionnaires, surtout les enseignants, contribuent à hauteur de 5 % et les retraités à  2% pour alimenter cette caisse de protection sociale. Mais, le problème c’est quoi ? C’est que les travailleurs que nous sommes ne sont pas informés. Il n’y a pas eu une communication parfaite là-dessus. Il faut informer, sensibiliser les travailleurs et travailler avec eux pour leur dire voilà les intérêts de l’assurance, voilà les avantages dont vous allez bénéficier, voilà les maladies prises en charge. Par exemple, du simple paludisme à  l’évacuation, qu’est-ce qu’il faut faire et comment le faire ? Mais, il n’y a pas de garantie. Voilà pour le moment un des problèmes que cela pose aux travailleurs », explique l’enseignant Kalidou Diallo.

Pour notre interlocuteur, la réticence des travailleurs, notamment les enseignants, est légitime dans la mesure où ils ignorent encore le mode de fonctionnement des institutions de protection sociale et les types de maladies que ces institutions peuvent supporter pour eux.

« Prenons, par exemple, un enseignant qui travaille dans un village situé à environ 100 kilomètres de Tougué-Centre. On prélève chaque mois sur son salaire les 5%, il tombe malade là-bas, à son lieu de service. Comment il va quitter cette zone pour se rendre à  Tougué, puis Conakry pour être évacué. Et puis, quelle sorte de maladie lui est elle prise en charge pour qu’il soit évacué ? Comment accéder à ce service ? Quels sont les documents, s’il y en a, fournir pour le suivi régulier ?  Est-ce qu’avec ces cotisations il y aura une répartition équitable ? Comment quelqu’un qui est jusqu’au dernier coin de la Guinée peut-il être pris en charge rapidement par rapport à celui qui est à  Conakry ? Nous ne connaissons pas tout cela. On n’a aucun document juridique, aucun fondement, aucune idée par rapport à cette mesure de protection sociale. On n’est informé de rien sur ça. On dit qu’il y a le service de la santé scolaire par exemple en Guinée, mais on ne voit les agents de ce service qu’une fois par an et c’est lors des examens nationaux. On envoie deux agents par centre. Après les examens, ils disparaissent. Il n’y a pas de pharmacie dans les DCE, DPE, DSE. Comment voulez-vous que les travailleurs soient pris en charge dans ce cadre là ? C’est  difficile », a déclaré Kalidou Diallo.

Depuis leur création en 2014, ces institutions de protection sociale vivent de la subvention de l’Etat qui contribue à hauteur de 18%. Et, ces subventions ont permis de prendre en charge des fonctionnaires dont certains qui ont été même évacués à l’étranger pour des soins. Mais, selon le syndicaliste et enseignant Kalidou Diallo, l’Etat aurait mieux fait d’orienter ces fonds pour la construction des logements pour les travailleurs. Car, les travailleurs seraient plus réceptifs à ce genre d’initiative.

« Supposons que tous les enseignants ont un même salaire de base de 1 500 000 GNF et qu’on tire sur chaque salaire 5% soit 75 000 francs guinéens, nous avons environ 48 000 enseignants.  Si nous multiplions les 75 000 francs guinéens par 48 enseignants,  cela nous fera 3 milliards 600 millions francs guinéens  par mois. Ces 3 milliards 600 millions francs guinéens multipliés par 12 mois, ça nous nous fait 43 milliards 200 millions francs guinéens. Tout ce montant pour évacuer combien d’enseignants ? Ça allait être mieux de proposer ça pour les logements des enseignants », a fait remarquer Kalidou  Diallo.

Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

Tel : 622919225

Facebook Comments Box

Commentaires

Guineematin