Alpha Oumar SOW, dit Petit SOW, militant de la première heure de l’instauration de la démocratie en Guinée

Libre Opinion : Depuis quelques semaines, on assiste à un débat plus ou moins passionné autour de la prorogation du mandat de l’actuelle législature. Et paradoxalement, beaucoup de ceux qui abordent le sujet pointent du doigt les députés de l’opposition en les accusant de cautionner une violation de la loi. Pour ma part, je crois que s’acharner sur les députés issus de l’opposition est une erreur.

En effet, ces parlementaires ne sont nullement responsables de la prorogation de leur mandat, décidée par le président de la République, après consultation de la Cour Constitutionnelle. Car, il ne revient pas à l’opposition d’organiser les élections. L’organisation des élections, et donc le respect du calendrier électoral incombe au pouvoir. Pourquoi juge-t-on alors les députés de l’opposition pour quelque chose dont ils ne sont pas responsables ?

Pour un devoir de mémoire, je vais rappeler ici que ce n’est pas la première fois que le mandat d’une législature est prorogé en Guinée. En 2000, le Parlement dirigé par Elhadj Boubacar Biro Diallo avait connu une prorogation de son mandat. La décision avait été justifiée par l’agression rebelle dont la Guinée a été victime à l’époque et qui empêchait le pays d’organiser les élections législatives.

Et à l’époque, le groupe parlementaire de l’opposition dénommé C.O.D.E.M (Coordination de l’Opposition Démocratique), dirigé par Feu BA Mamadou, avait siégé après cette prorogation du mandat de l’Assemblée nationale, et les députés de l’opposition avaient continué à percevoir leurs salaires. Cette législature avait fait deux (2) années supplémentaires avant l’organisation de nouvelles élections législatives en 2002.

Quant à ceux qui militent en faveur d’une démission des députés de l’opposition suite à la décision du président Alpha Condé de proroger le mandat de l’actuel Parlement, je leur répondrai en disant que la politique de la chaise vide n’est pas une bonne chose. En guise d’exemple, suite à l’insurrection populaire que la Guinée a connue en 2006, le président de la République d’alors, le Général Lansana Conté, avait décidé de décréter l’état de siège dans tout le pays pendant trois semaines.

La mesure avait bien sûr été approuvée par l’Assemblée nationale. Et au terme de ce délai, le pouvoir avait voulu renouveler l’état de siège. Mais, vu les souffrances que les Guinéens avaient endurées pendant ces trois semaines, le groupe parlementaire de l’UPR à l’Assemblée nationale, dirigée à l’époque par Bah Ousmane, s’était opposé catégoriquement à la mesure. Et après des débats houleux à l’hémicycle, certains députés de la majorité présidentielle avaient soutenu les députés de l’UPR. Ce qui avait permis donc d’empêcher le renouvellement de l’état de siège.

Je suis de ceux et celles qui veulent le respect strict du calendrier électoral et l’organisation d’élections transparentes en Guinée. Et je rappelle encore une fois que cette responsabilité revient au pouvoir en place. Ce qui signifie que le président Alpha Condé et son gouvernement sont les seuls responsables de la non tenue des élections législatives à date, et donc de la prorogation du mandat de l’actuel Parlement. Plutôt que de demander aux députés de l’opposition de démissionner, ce qui pourrait s’avérer négatif, les Guinéens devraient donc exiger du pouvoir l’organisation des élections législatives pour mettre en place une nouvelle Assemblée nationale.

Je profite de cette occasion pour rendre hommage à des personnalités qui ont mené avec courage et détermination le combat pour l’avènement de la démocratie en Guinée. Je veux nommer notamment, les journalistes : Souleymane DIALLO du lynx, Ben Daouda SYLLA d’Africa N°1, Mouctar Bah de RFI, Amadou DIALLO de BBC Afrique, Tibou CAMARA de l’Observateur, Yamoussa SIDIBE de TV5 ; sans oublier le travail abattu depuis quelques années par les radios privées et la presse en ligne.

Je remercie l’Union européenne, les Nations Unis, la coopération française et américaine, IFES, NDI, et l’USAID, mais aussi l’Union africaine, la CEDEAO, la Mano River Union, Médecins Sans Frontières, la Croix-Rouge nationale et internationale, etc. Toutes ces institutions ont participé à l’instauration de la démocratie en Guinée, à travers notamment des ateliers de formation organisées à l’intention de plusieurs acteurs politiques et de la société civile.

Je m’incline devant la mémoire du Feu Président Lansana CONTE, l’artisan de la démocratie en Guinée, BA Mamadou, Siradio DIALLO, Jean Marie DORE, Docteur Amadou Oury Ditinn DIALLO, Honorable Yaya KEITA, Pascal TOLNO, Amadou Tidiane CISSE, BARRY Mamadou, le 1er maire de la commune de Ratoma, et l’ensemble des militants de la première heure qui ont perdu leurs vies dans le combat pour l’instauration de la démocratie en Guinée. Je n’oublie pas aussi les 103 militants de l’opposition tués lors des manifestations politiques de ces dernières années à Conakry.

Par Alpha Oumar SOW, dit Petit SOW, militant de la première heure de l’instauration de la démocratie en Guinée

Tél. : 655 832 706

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