Sékou Traoré, renversé par le cortège du président Alpha Condé le 22 mai 2015 à Dorota (N’zérékoré)

Le jeune Sékou Traoré, originaire de N’zérékoré, renversé par le cortège du président Alpha Condé le 22 mai 2015 à Dorota, un des quartiers de la capitale de la Guinée Forestière, est devenu handicapé. Pire, il est aujourd’hui laissé pour compte, après avoir suivi des soins à l’hôpital sino-guinéen de Kipé à Conakry. Dans un entretien qu’il a accordé à nos reporters au siège de Guineematin.com, dans la journée de ce mardi 7 mai 2019, Sékou Traoré est revenu sur sa mésaventure avant de lacer un appel au président Alpha Condé.

Décryptage

Guineematin.com : vous avez été renversé par le cortège de la garde présidentielle à N’zérékoré. Comment ça s’est passé ?

Sékou Traoré : ce jour-là, le 22 mai 2015, nous étions en classe. Je faisais la terminale Sciences Sociales au lycée Général Lansana Conté de N’zérékoré. Une délégation est venue là-bas, dans notre classe, pour nous dire qu’il y a la visite du président Alpha Condé à N’zérékoré, au gouvernorat. On s’est rassemblé pour aller là-bas. On s’est suivi pour aller à l’aéroport pour accueillir le président. En cours de route, on nous a dit que l’hélicoptère du président avait atterri au camp militaire. On a décidé de faire demi-tour. Il pleuvait. On ne s’attendait pas à ce qu’il y ait les militaires de la garde présidentielle. On partait pour le camp lorsque le cortège m’a heurté. Selon ma mère (militante de première heure du RPG, ndlr) j’ai passé deux semaines dans le coma. Le Dr Rémy Lamah, ministre de la santé à l’époque, a facilité les choses pour nous.

Guineematin.com : quelle a été la suite ?

Sékou Traoré : on m’a d’abord envoyé à l’hôpital Ignace Deen de Conakry. Puis, on m’a transféré à l’hôpital sino-guinéen de Kipé. Quelques temps après, on nous a dit de rentrer à la maison et que je suis guéri. Depuis lors, personne ne s’est occupé de moi alors que je devenu infirme.

Guineematin.com : pendant que vous étiez à l’hôpital sino-guinéen, qui s’est occupé de vous ?

Sékou Traoré : c’est le ministre conseiller à la présidence, Damantang Albert Camara qui s’était occupé de moi. Ma maman m’a dit que c’est Damantang qui a donné ordre de faire l’intervention chirurgicale.

Guineematin.com : comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Sékou Traoré : là où je suis, j’ai toujours mal. J’ai des maux de tête, mon dos aussi me fait mal. Par exemple, si je parcours quelques mètres, je ressens des douleurs sur mon dos. Regardez les traces de mes blessures, su mon bras gauche, au niveau du coude. J’ai aussi les stigmates des blessures sur la cuisse droite où il y a encore un fer. Je marche difficilement, à l’aide d’une canne. Pour ce qui est du fer là, je suis allé rencontrer Dr Ballo, un médecin qui est à la présidence. Ce dernier m’a dit de repartir vers Dr Sandy à l’hôpital Sino-guinéen pour qu’il s’occupe de moi. J’avais commencé à venir à l’hôpital, mais c’était difficile, parce que ma maman n’a rien. Pour avoir même le transport de Lambanyi à Kipé, c’est des problèmes. Même ce que nous mangeons, on ne gagne pas.

Guineematin.com : vous nous avez parlé d’une assurance-santé qui vous était destinée. Qu’est-ce qu’il en est réellement ?

Sékou Traoré : les gens nous ont dit qu’il y a cette assurance santé. Ils nous ont dit que si vous voyez qu’on ne s’occupe plus de vous, c’est parce qu’il y a quelque chose. Selon eux, il y a des gens qui ont manipulé mon problème. On nous a dit qu’ils ont bouffé l’argent qui m’était destiné, mon assurance.

Guineematin.com : savez-vous de qui il s’agit ?

Sékou Traoré : je ne peux pas dire leur nom. Mais, ils se reconnaitront.

Guineematin.com : est-ce que vous avez échangé avec le ministre Damantan Camara pour lui dire vos difficultés ?

Sékou Traoré : je me suis rencontré avec Damantan plusieurs fois. Chaque jour que je vais en ville, il me trouve à la rentrée de la présidence. A part là-bas, je le rencontre aussi à Coléah. Lors de notre dernière rencontre, il m’avait dit qu’il était entrain de se voir avec Dr Ballo de la présidence et que c’est ce dernier qui gère mon problème. Que c’est lui gère ce genre de problèmes à la présidence. Mais, on n’a toujours rien.

Guineematin.com : que voulez-vous que le Président Alpha Condé fasse pour vous aujourd’hui ?

Sékou Traoré : moi je veux qu’on m’aide. Là où je suis, je suis devenu un handicapé. J’ai perdu mes études puisque j’étais en classe de terminale au moment de mon accident en 2015. Mais, dans mes dossiers, ils ont écrit que je suis chauffeur de profession. Le jour de mon accident, je n’avais que le permis de conduire sur moi. Si non, j’étais élève à l’époque. Aujourd’hui, je veux une prise en charge. Là où je suis, je suis devenu handicapé. Même si je ne vous le dis pas, vous le voyez par vous-mêmes.

Propos recueillis par la rédaction de Guineematin.com

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