Depuis quelques jours, la préfecture de Gaoual est subitement devenue l’eldorado du pays où l’or, la meilleure qualité selon les experts, a été découvert et exploité à ciel ouvert par des orpailleurs venus par des centaines de milliers à travers le pays, a appris Guineematin.com, de son correspondant local.

La découverte de l’or dans la préfecture de Gaoual, crée des appétits à travers tout le pays. Des milliers de personnes en voitures ou en motos continuent de rallier la localité à la recherche du métal jaune. Si l’on peut se réjouir de ce cadeau de la nature, il faut tout de suite commencer à déplorer les conséquences parfois dramatiques liées à cette nouvelle situation.

Déjà des morts sur le terrain

Selon le correspondant local de Guineematin.com, les accidents foisonnent à Gaoual. Notamment les accidents de moto dont l’un a couté la vie à une personne.

En deux jours, deux personnes ont perdu la vie. La première, Sory Condé, la trentaine et originaire de Dabola, a subitement perdu la vie, alors qu’il était en rang et sous un soleil de plomb devant le siège de la commune urbaine, pour faire enregistrer sa machine de détection hier, lundi 7 juin 2021.

A Toumbo Bowé, une des trois localités aurifères, située à 5 km de la commune urbaine de Gaoual, le vieux Thierno Samba Djarga Camara, imam du secteur appelé « 5 kilos », a été fauché par une moto, avant de rendre l’âme à l’hôpital.

Autorités débordées, des milliers de machines recensées

Des personnes venues de Mandiana, de Kankan, de Kérouané, de Siguiri, de Kouroussa, de Dabola et de la région de Labé, visiblement grossies par celles des localités environnantes de la commune urbaine de Gaoual ont pris d’assaut la préfecture à la recherche de l’or. Certaines informations font état de la présence des personnes de nationalités étrangères comme des Burkinabé, Ivoiriens, Ghanéens, Sénégalais et d’autres sont dans le lot de chercheurs de ce bonheur tout rêvé.

Dans la matinée de ce mardi, 08 juin 2021, ce sont 2005 machines de détection d’or qui ont été recensées par la commission préfectorale mise en place à cet effet. Et, le ticket d’entrée par machine est fixé entre 250 mille à un million de francs guinéens selon sa puissance.

Rareté de nourriture

En seulement cinq jours, la population de Gaoual a doublé, sinon triplé, estiment des habitants interrogés par notre correspondant local. Certains estiment à cent mille, le nombre de personnes qui vadrouillent à travers les trois localités aurifères en exploitation. Aujourd’hui, le sac de riz du pays (barabara) qui est habituellement vendu à 450 mille francs se négocie à 800 mille francs guinéens. Le kilogramme de riz importé se vend entre huit mille et neuf mille francs. Les condiments sont devenus rares et chers en cette interminable saison sèche. Le plat de riz est passé de cinq mille à 10 mille francs et à partir de 18 heures, il n’y a plus rien à manger.

Activités agricoles paralysées, craintes pour les écoles

Habituellement réputées agropastorales, les populations de la préfecture de Gaoual sont largement obnubilées par la recherche d’or. Ce qui a eu pour conséquences la paralysie des activités agricoles en ce début de saison des pluies, également perturbée par la rareté des pluies. Toutes les autres collectivités de la préfecture se sont vidées de leurs bras valides. De Wendou M’Bour à Malanta, en passant par Foulamory, Touba et Kakoni, les activités agricoles et commerciales sont fondamentalement affectées. Des étalagistes aux grossistes, tous les commerçants ont fermé portes et fenêtres pour aller dans les mines. Les champs on en parle pas. Tout est abandonné au profit des mines. L’autre crainte est le débrayage des écoles en cette fin d’année. Alors que plusieurs établissements avaient enregistré de mauvais résultats lors des derniers examens, les populations craignent que cette nouvelle situation ne vienne empirer la formation des enfants. Il faut noter que plusieurs écoles ont des contractuels et d’enseignants communautaires mal payés qui pourraient être tentés de changer de statut.

Les sites d’or se multiplient

Actuellement, les sites qui accueillent les chercheurs d’or sont passés de un à trois. Kassenga, dans la commune rurale de Kounsitel, Toumbo Bowé et Alphaya, dans la commune urbaine de Gaoual sont les trois localités où les orpailleurs découvrent presqu’à ciel ouvert des pépites d’or d’une qualité supérieure. Déjà, certains individus comment à changer de statut. On peu rencontrer plusieurs jeunes qui ont gagné entre dix et trente millions de francs guinéens. Certains exploitants ont pu avoir jusqu’à 120 millions de francs guinéens ! Le gramme d’or est vendu sur place à 450 mille francs et plusieurs négociants y ont déjà pris place.

Destruction de l’environnement

Aujourd’hui, les populations de Gaoual sont très préoccupées par cette exploitation sauvage qui détruit considérablement l’environnement. Mais, joint au téléphone par Guineematin.com, le Directeur préfectoral de l’environnement, Mamoudou Condé, a essayé de minimiser les dégâts pourtant visibles sur le terrain. Pour lui, cette exploitation artisanale d’or en cours n’affecte pas aussi dangereusement le couvert végétal. « Ce sont des trous de quelques centimètres de la terre arable qui est concernée. Aucun des orpailleurs n’est permis d’utiliser de gros moyens pour aller en profondeur. Les outils utilisés sont artisanaux et rudimentaires. Les arbres ne sont pas abattus, contrairement à certaines affirmations », a juré Mamoudou Condé.

Mais, de toute évidence, l’intérêt des populations locales et le pays tout entier passe par une réglementation de cette activité qui n’a pas une bonne cohabitation avec l’environnement. L’arrivée des sociétés d’exploitation industrielle respectueuses de l’environnement et du code minier guinéen est donc salutaire.

Moussa Gaoual Camara et Abdallah Baldé pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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