Situé à 17 kilomètres du chef-lieu de la commune rurale de Bangouyah, dans la préfecture de Kindia, le district de Tenè Warkhalan est en proie à une série de tremblement de terre. La fréquence des secousses inspire la peur chez les populations, d’autant plus que les marques de ses séismes (non encore mesurés sur l’échelle de Richter par manque de moyens) sont visibles sur les maisons d’habitations. Et, depuis le séisme du 05 mai dernier, les habitants de ce district de cinq secteurs dorment à la belle étoile, de peur que leurs maisons s’écroulent sur eux dans leur sommeil. Aujourd’hui, ils ne savent plus à quel saint se vouer. Et, dans leurs cris de détresse, ils demandent désespérément du gouvernement guinéen de prendre des dispositions pour les tirer de cette situation qu’ils appellent aujourd’hui une « calamité », rapporte Guineematin.com à travers un de ses correspondants de la région de Kindia.

Au moins 1500 personnes vivent dans ce district enclavé et très sismique ces derniers temps. Elles sont aujourd’hui terrifiées par ces tremblements de terre récurrents dans leur localité. Cela dure des mois ; et, au mois de février dernier, une équipe du centre de géophysique et de sismologie s’est rendue sur les lieux pour faire des études. A la fin de sa mission, ladite équipe avait laissé entendre que ces tremblements de terre sont dus à la « faille panafricaine qui part de l’anti Atlas au Maroc, traverse la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée, la Sierra-Leone et se jette dans l’océan Atlantique ».

Seulement, cette conclusion ne convainc guère les habitants de Tenè Warkhalan. Ces populations mettent leur malheur d’aujourd’hui sur le dos du gigantesque barrage hydroélectrique de Souapiti. Car, apparemment, c’est depuis la construction de cet ouvrage que la terre a commencé à trembler chez eux. Et, visiblement, les séismes ne sont pas les seuls maux les populations de Tenè Warkhalan reproche au barrage Souapiti.

Mamadouba Soumah, imam de Téné Warakhalan

« On ne sait que faire face à ses tremblements. Sages, femmes et jeunes tout le monde est confus et inquiet ; car, nous sommes oubliés malgré les multiples secousses chez nous ici. Pourtant Tenè Warkhalan fait partie des 13 districts de la sous-préfecture de Bangouyah qui sont impactés par les eaux du barrage hydroélectrique de Souapiti. On n’a aucun pouvoir de faire face à cette situation. Notre seul espoir reste le gouvernement qui tarde à prendre les dispositions à fin  d’éviter le pire ici. Imaginez ! Depuis le séisme de 1984, c’est après l’installation de ce barrage l’année dernière que Tenè et ses environs connaissent autant de secousses. Nos maisons ne peuvent plus tenir. D’ailleurs, une maison construite en banco a cédé. Les fissures sont visibles sur certains murs qui tiennent encore par la grâce de Dieu. On n’a pas où aller, ni des terres cultivables. La famine nous frappe depuis que l’eau du barrage a envahi nos terres. Nous sommes à la belle étoile avec la peur au ventre. Vous pouvez vérifier puisque vous êtes là pour la réalité… Ce sont les citoyens guinéens qui sont en train de souffrir dans ce district de Bangouyah où plus de 1500 personnes vivent. Donc, l’État doit nous venir en aide, car c’est lui qui est fort. S’il peut nous prendre ici, il n’a qu’à le faire. Et, s’il y a d’autres solutions pour mettre fin à ce séisme, je le pris de le faire le plus vite que possible. Car, nous sommes complètement déboussolé  » a confié Mamadouba Soumah, premier Imam de Tenè Warkhalan.

Désemparé, agacé et impuissant face à cette situation qui assaille ses administrés, le président du district de Tenè Warkhalan, Salif Sylla, sort de la diplomatie de courbette habituelle face à la hiérarchie administrative et interpelle l’Etat à jouer pleinement son rôle de protection des citoyens. D’ailleurs, il propose une évacuation voire un relogement des habitants de Tenè Warkhalan dans une autre localité pour assurer leur sécurité et préserver leur vie.

Salif Sylla, président du district de Téné Warakhalan

« Depuis le séisme du mardi et mercredi on a peur de dormir dans les maisons. L’Etat doit nous aider en nous proposant de quitter les lieux ou nous dire qu’est ce qu’on doit faire. Parce que les eaux ont envahi nos terres. Nous avons faim et voilà que les séismes nous fatiguent aussi. On ne sait plus quoi faire si l’État ne joue pas son rôle », a dit Salif Sylla, tout en laissant apparaitre son désespoir.

Depuis quelques jours, Mamadou Lamba Diallo et sa petite famille passe la nuit à la belle étoile. Ils ont peur, avec les secousses récurrentes et imprévisibles, d’être piégés dans leur propre maison pendant leur sommeil. En clair, ils redoutent que leur maison s’écroule sur eux.

Mamadou Lamba Diallo, citoyen de Téné Warakhalan

« Les séismes sont devenus un réel problème chez nous ici, presque tous les jours nous subissons les conséquences. Nos maisons ne tiennent plus. Dès fois on cherche des appuis avec les bois pour ne pas que nos maison s’écroulent. Nous sommes complètement perdus. On craint le pire. Pour le moment ce sont des maisons, mais qui sait ce qui peut venir après.  On cherche comment subvenir aux besoins de la famille et on fait face à cette calamité naturelle qui est tout temps à nos portes comme la pandémie de coronavirus », a-t-il martelé.

Tout comme Mamadou Lamba Diallo, plusieurs autres populations de Tenè Warkhalan –qui ont peur de voir leurs maisons devenir leurs tombeaux- passent actuellement la nuit à contempler le ciel.

De retour de Tenè Warkhalan, Mohamed M’bemba Condé pour Guineematin.com

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