Bogola Haba, secrétaire exécutif de l’UNAD et membre de l’ANAD

Malgré la décision de la Cour constitutionnelle confirmant la victoire du président Alpha Condé à la présidentielle du 18 octobre, le camp de Cellou Dalein Diallo ne s’avoue toujours pas vaincu. Dans une interview accordée cette semaine à Guineematin.com, le secrétaire exécutif de l’UNAD et membre de l’Alliance Nationale pour l’Alternance et la Démocratie, Kéamou Bogola Haba, a indiqué que l’UFDG et l’ANAD, travaillent actuellement sur d’autres stratégies devant permettre le rétablissement de la vérité des urnes, c’est-à-dire la reconnaissance de la victoire de leur candidat, Cellou Dalein Diallo.

Décryptage !

Guineematin.com : malgré les preuves que vous qualifiez d’irréfutables que vous avez déposées à la Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays a confirmé la réélection du candidat sortant, Alpha Condé, avec 59,50% des voix. Comment avez-vous accueilli cette décision ?

Kéamou Bogola Haba : cette décision ne nous étonne pas. Nous avions une démarche importante avant cette élection. On avait un objectif clair : unir les Guinéens pour pouvoir les servir. Donc, avant l’élection, nous avons réussi à les unir ensemble au sein de l’ANAD. Nous avons fait une campagne apaisée et une campagne propre. Nous avons réussi à les amener aux urnes où ils ont voté massivement pour le candidat de l’alternance. Donc, c’est un objectif presqu’atteint. Tous les Guinéens étaient d’accord qu’Elhadj Cellou était le futur président qui va servir les Guinéens. Et donc, nous n’étions pas étonnés, parce que c’était déjà comme un défi : le défi d’aller à l’élection.

Nous avons réussi à le faire et nous avons proclamé les résultats conformément aux dispositions prises au sein de l’UFDG et au sein de l’ensemble des alliés. Ces résultats, pour nous, c’était clair que c’est la vérité des urnes. La réaction de la CENI est arrivée entretemps, et cela ne nous a pas étonnés. Parce que les résultats étaient déjà préparés à l’avance par monsieur Alpha Condé dans le cadre de son programme pour un 3ème mandat. Mais, nous avons démontré par A+B que la CENI n’a pas dit la vérité. Nous l’avons discrédité et le monde a vu. La synergie des radios a publié ces résultats, Elhadj Cellou est gagnant. Il restait donc que la Cour constitutionnelle.

Nous avons pu avoir 5 grands cabinets juridiques de notre pays qui ont travaillé sur nos recours, et ça a était un travail énorme avec la commission électorale de l’UFDG et de l’ANAD pour que nous puissions envoyer devant la Cour constitutionnelle un dossier béton, où les preuves étaient irréfutables. On savait déjà que la Cour constitutionnelle était inféodée ; mais, cela permettrait à tous les Guinéens et à tous ceux qui, de près ou de loin, sont intéressés par cette élection, de comprendre qu’effectivement la Cour est inféodée. Vous avez suivi la manière dont le président de la Cour a procédé.

Selon des indiscrétions, ce rapport n’a pas été fait par lui, mais par d’autres juristes. Donc, c’est un rapport préétabli qu’il a juste lu. Il n’a pas tenu compte des griefs portés par les quatre candidats. Il n’a pas tenu compte des preuves irréfutables que nous avons amenées. C’était des cartons et des cartons qu’il n’a même pas ouverts.

Guineematin.com : vu les messages de félicitations adressés à Alpha Condé par certains chefs d’Etat, mais aussi par la CEDEAO et l’Union africaine, est-ce que vous ne pensez pas que cette élection est déjà derrière nous ? Que votre combat est perdu ?

Kéamou Bogola Haba : vous savez que ça fait plus de deux ans que la Guinée est en train de lutter contre un 3ème mandat à travers le FNDC et à travers cette élection. Vous avez compris que la solution n’est pas l’étranger. Donc, nous avons envoyé des dossiers à la Cour constitutionnelle, à la CEDEAO et également à l’Union africaine. Les Nations-Unies ont fait plusieurs missions ici, mais nous avons compris que chacun a son agenda. Vous avez par exemple le Ghana qui a un avantage important ici, avec l’exploitation de l’or avant Ashanti Gold Field. Vous avez l’Afrique du Sud qui, à travers le Mont Nimba, veut investir en Guinée. Vous avez la Russie qui a ses investissements en Guinée, la Turquie également, et la Chine qui s’occupe des mines et des routes en Guinée.

Ce sont des intérêts économiques importants qui sont en train d’être défendus. La Côté d’Ivoire, vous savez que le président de la commission de la CEDEAO est de ce pays, et c’est le président Ouattara qui l’a mis à la tête de cette commission. Donc, ça nous étonnerait que leur décision soit contraire à ce qu’ils ont dit. Mais ceci étant, la solution se trouve en Guinée. Ce sont les Guinéens qui ont décidé librement de choisir Mamadou Cellou Dalein Diallo et c’est eux qui ont choisi les urnes. Et donc, quelle que soit la position de la communauté internationale, notre devoir c’était de leur mettre la vérité en face. Et, le dernier mot revient aux Guinéens qui ont voté massivement et qui ont décidé qu’il y ait un changement.

Guineematin.com : aujourd’hui, quelle est la suite de votre combat ?

Kéamou Bogola Haba : c’est une approche très pacifique pour laquelle l’ANAD a opté depuis le début de la campagne. Nous avons appelé à la paix ; mais, pendant que nous on cherchait la paix, le camp d’en face était en train de développer la violence. Vous avez constaté à Kankan, à Tokounou, et ce qu’ils ont créé eux-mêmes (les cadres du parti au pouvoir) à Labé et à Dalaba. Ce sont eux qui font la promotion de la violence. Ils se sont armés énormément en mettant beaucoup d’argent pour acheter des équipements. Ils ont préparé des forces spéciales, des milices pour pouvoir réagir.

Contrairement à l’ANAD, nous, nous avons appelé à la non-violence. Et, c’est ce qui nous a permis d’aller les battre dans les urnes. Nous n’allons pas changer notre stratégie. Notre premier bilan que nous avons, c’est unir les Guinéens. C’est pourquoi nous appelons à des moyens non violents. Parmi les moyens non violents, vous avez senti que ce sont les villes mortes que nous avons appelées. Pendant la campagne, on n’a pas connu des violences à part celles créées en Haute Guinée par la mouvance. Le jour du scrutin, il n’y a pas eu de violence également. Et donc, c’est l’expression de joie des militants après la victoire de Cellou Dalein qui a conduit à la violence, parce qu’ils sont venus les mater.

Par conséquent, il y a eu de la résistance et vous avez vu la liste des morts, y compris des enfants. Tout ce que nous demandons aujourd’hui à la population, c’est d’observer et d’attendre les manifestations que nous allons demander. Qu’elles soient pacifiques, parce que nous savons que nous avons le peuple avec nous. De l’autre côté, nous avons un avantage que le camp d’en face n’a pas. Nous avons réussi à convaincre les opérateurs économiques que nous sommes la solution, et donc aujourd’hui, nous avons l’ensemble des opérateurs économiques qui trouvent en nous l’alternative qu’il faut pour leurs affaires.

Nous leur avons promis quand nous serons au pouvoir, de leur donner la sécurité et ils vont investir en Guinée, leurs biens seront protégés, qu’ils soient étrangers ou guinéens. Donc, ils ont compris notre message et ils sont avec nous. C’est dire que nous avons plus à gagner en maintenant la paix que l’autre camp qui n’a rien et qui a pris les armes. Notre position actuelle, c’est de dire à nos militants de nous écouter, de vaquer à leurs affaires, de continuer à opérer pour servir la population et d’écouter le président élu. Le moment venu, nous allons leur dire qu’est-ce qu’il faut faire et ils vont aussi nous donner la suite, parce que c’est aussi eux qui nous ont demandé d’aller aux élections.

C’est sont eux qui ont dit à Elhadj Cellou d’aller aux élections au moment où les autres disaient non. Ils ont les résultats, mais avant tout, il faut la paix d’abord. Il faut qu’ils se calment. On ne répond pas à la violence par la violence. Ils ont fait cet acte et ils attendaient à ce que dès la proclamation des résultats par la CENI, que la population se mette dans la rue et qu’ils les tuent. Mais, nous leur avons répondu par le Non. Dès la publication des résultats de la CENI, vous avez la paix ; la Cour constitutionnelle s’est prononcée, ils ont mis sur place un dispositif et fermé même l’internet, mais nos militants sont restés civilisés et ont dit que le mensonge est si gros qu’on ne va pas répondre.

Alors, nous attendons et demandons à chacun de vaquer à ses affaires. Le moment venu, le président élu leur dira qu’est-ce qu’il faut faire. Nous allons consulter tous les partenaires, y compris vous les médias, parce que vous avez été tous témoins de l’événement. Ensemble, nous allons prendre les dispositions qu’il faut.

Guineematin.com : cela veut dire qu’on peut s’attendre encore à des manifestations de rue ?

Kéamou Bogola Haba : ce que je vais vous dire, c’est que nous sommes au pouvoir. Notre président est élu et donc, il va consulter les Guinéens qui ont voté massivement pour lui. Je ne pense pas que les manifestations de rue soient la solution. Je ne pense pas également que le mensonge soit la solution. La solution appartiendra au dernier moment aux militants qui décideront qu’est-ce qu’il faut faire. Pour le moment, le président a demandé à chacun de vaquer à ses affaires jusqu’à nouvel ordre. C’est ce que nous sommes en train de faire. Nous sommes ses disciples et nous demandons également à la population de faire de même, parce que beaucoup de nos militants vivent au jour le jour.

Aujourd’hui, le président élu est conscient de tout cela. C’est pourquoi il a dit à chacun qu’il ne veut plus de la violence, il a demandé des villes mortes qui sont des actions non violentes. Si en demandant la liberté de manifester, nous l’avons, nous pensons que cette liberté nous l’obtiendrons, on décidera ainsi de ce qu’il faut. Est-ce que c’est des meetings ? Est-ce que c’est des manifestations de rue ou bien des réclamations, parce que nous allons continuer au niveau juridique ? Ensemble on décidera. Mais, pour le moment, avec le choc, il (Cellou Dalein Diallo) demande à chacun de se calmer et de vaquer à ses affaires en attendant le mot d’ordre.

Guineematin.com : mais, il y a beaucoup qui estiment que cette accalmie joue en défaveur de Cellou Dalein Diallo. D’aucuns pensent même qu’il devrait passer à la vitesse supérieur en nommant son gouvernement.

Kéamou Bogola Haba : non, je suis en train de vous dire que le capital le plus important que notre président Cellou a, c’est l’unité nationale. A travers l’ANAD, il a la majorité des Guinéens avec lui. Donc, vous ne pouvez pas être aussi fort et gaspiller vos ressources. Aujourd’hui, le travail que nous faisons, vous venez de le constater depuis le début, l’ANAD reste unie. Notre problème d’abord, c’est comment gérer cela parce que les autres veulent tuer les populations et nous, nous voulons les conserver. Ils veulent également tuer le business des opérateurs économiques, ils veulent gâter leurs affaires alors que nous, nous voulons les protéger. C’est sont deux choses différentes.

Alors, que nos militants comprennent qu’aujourd’hui ce sont eux qui dirigent, et le président élu compte sur eux. Il viendra vers eux et les bonnes décisions seront prises. Ce n’est pas une défaite, mais c’est une sagesse parce qu’il a la victoire et il a l’unité nationale dans ses mains. Aujourd’hui, au moment où Alpha Condé divise les Guinéens, Cellou Dalein les unit. Au moment où Alpha tue les Guinéens, Cellou Dalein est solidaire des Guinéens. Au moment où Alpha crée la tension pour que les populations ne trouvent plus à manger, Cellou Dalein dit aux commerçants qu’il faut ouvrir les boutiques et magasins. Ce n’est pas la force qu’il utilise parce que c’est ce qu’Alpha attendait.

Il s’est armé avec l’argent de nos mines pour pouvoir tuer les gens. Ces armes peut-être vont se retourner contre lui et pas contre les militants de l’ANAD. Nous, nous disons qu’à la violence, on ne répond pas par la violence. Après l’annonce de la victoire de Cellou, tout le pays s’est levé pour célébrer cela. Mais quand Alpha a été désigné, vous avez vu que c’était un calme de cimetière. Donc, le président Cellou est conscient de cela et il sait que les Guinéens veulent qu’il prenne fonction. Oui, il travaille actuellement sur son gouvernement naturellement, et au moment venu, les Guinéens seront informés quand le pouvoir sera effectivement transmis.

Guineematin.com : vous avez parlez de l’unité au sein de l’ANAD ; mais, qu’en est-il de vos relations avec les autres partis compétiteurs, notamment ceux qui n’ont toujours pas reconnu la victoire d’Alpha Condé ?

Kéamou Bogola Haba : sur instruction du président Cellou Dalein, au moment où il était séquestré, nous avions rencontré les candidats en lice, principalement les 10 autres candidats. Un travail a été fait et ils ont fait une déclaration commune que vous avez suivie. Aujourd’hui, Abé Sylla a reconnu publiquement que le vainqueur de cette élection, sur la base des données sorties des urnes, c’est bien Cellou Dalein. C’est extrêmement important. Abé Sylla est arrivé 3ème à cette élection. Donc, vous avez la 3ème force politique qui reconnait la victoire de Cellou. Le candidat du RGD, Me Abdoul Kabélé Camara a aussi reconnu publiquement que le vainqueur de cette élection, c’est Cellou Dalein.

Donc, c’est très important parce que si déjà dans une compétition vous avez deux leaders aussi importants qui reconnaissent que le vainqueur n’est pas Alpha Condé mais c’est Cellou Dalein Diallo, c’est extrêmement important pour l’histoire de notre pays. Si en plus de ceux-là tous les leaders de l’ANAD, l’opinion, la presse et tous ceux qui recherchent la vérité le font, c’est important. Nous avons entendu que d’autres félicitaient le président Alpha Condé, c’est leur droit. Mais nous pensons que le moment leur permettra de voir la réalité en face et qu’ils vont tous reconnaître la vérité des urnes. La vérité est une et il n’y a pas deux vainqueurs.

La Cour constitutionnelle et la CENI n’ont pas dit la vérité. La vérité est là, elle est tangible et nous sommes très heureux déjà que deux candidats reconnaissent cette victoire. Je vais donc remercier et féliciter les présidents Abé Sylla et Me Abdoul Kabélé Camara, qui ont reconnu la victoire de Cellou Dalein Diallo et l’histoire va le retenir. Nous invitons les autres à oublier les avantages et à voir la vérité en face, parce que l’histoire connait la vérité que personne ne peut travestir.

L’histoire et nos enfants vont reconnaître que voilà ce qui s’est passé ce jour et ceux qui l’ont reconnu. Peu importe maintenant si l’armée va faire allégeance au nouveau président et si les autres institutions vont le faire ; mais, la vérité c’est que nous voulons une reconnaissance de la vérité des urnes. Et pour ça, l’ANAD va continuer à se battre de manière pacifique, de manière diplomatique et de manière juridique jusqu’à ce que la vérité soit connue.

Guineematin.com : votre mot de la fin ?

Kéamou Bogola Haba : c’est remercier tous les Guinéens qui ont accepté notre message d’union parce que la Guinée ne peut pas évoluer sans cette union. Dire aux Guinéens dans la diversité que nous pouvons constituer un bouclier qui peut s’opposer à la dictature. Ensuite, nous pouvons nous mettre ensemble pour servir le pays et c’est ce que nous recherchons. Nous remercions de près ou de loin tous ceux qui ont œuvré pour la victoire d’Elhadj Cellou Dalein Diallo et nous leur disons de rester à l’écoute du président Cellou et de l’ANAD.

Interview réalisée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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