Salaires des magistrats : Damaro ouvre la boite de pandore

13 avril 2019 à 9 09 51 04514
Honorable Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire RPG arc-en-ciel

Le député Amadou Damaro Camara semble avoir ouvert la boite de pandore avec sa dernière sortie médiatique sur les magistrats. Depuis le 04 Avril dernier, les hommes en robe sont sur le qui-vive et égraine les maux dont-ils souffrent. En plus de l’insécurité et du manque de protection dont ils disent être victimes, les magistrats guinéens dénoncent des conditions de vie et de travail difficiles. Et, au cours de leur assemblée générale tenue hier, vendredi 12 Avril 2019, à la cour d’Appel de Conakry, certains magistrats sont allés jusqu’à demander ce que le conseil supérieur de la magistrature est en train de faire pour les magistrats, en dehors des sanctions, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui était à la rencontre.

Considéré depuis un certain nombre d’années comme le corps socioprofessionnel le plus privilégié en Guinée, les magistrats brisent le silence et mettent à nu les problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien. Et, la motivation pour cet exercice serait venue des récentes déclarations de l’honorable Amadou Damaro Camara à leur égard.

« Damaro a dit qu’on a tout fait pour nous. Mais, tout le monde sait que les magistrats sont sans protection. Nous sommes exposés à tous les dangers. Les magistrats de l’intérieur du pays travaillent dans des conditions extrêmement difficiles. Les interventions, les trafics d’influence, les immixtions dans le traitement des dossiers en cours sont légions. Nous sommes vulnérables. C’est pourquoi, nous devons exiger de l’Etat que nous soyons protégés, que les juridictions soient protégées… », a indiqué un magistrat.

Concernant le traitement et les accessoires de salaires, les magistrats dénoncent un bulletin muet, sans aucune inscription et s’interrogent sur le rôle du conseil supérieur de la magistrature à leur égard.

« On nous a dit que le statut spécial des magistrats a été appliqué depuis la fin de l’année 2014. Mais, depuis la fin de l’année 2014, combien de magistrats ont été sanctionnés ? Combien de magistrats ont avancé en grade, en échelon ? Quand je prends mon bulletin de salaire, je vois un montant jeté. Je ne vois pas de grade, je ne vois pas d’échelon, je ne vois pas d’indemnité de transport… C’est un bulletin muet. Et, le montant qui y est inscrit n’a jamais avancé depuis 2014… Or, si on travail, on n’est pas sanctionné, on doit avancer chaque année. Je me demande ce que le conseil supérieur de la magistrature fait pour les magistrats, à part les sanctions », dénonce un magistrat sous les ovations approbatrices de ses pairs.

« Vous avez soulevé une question cruciale, capitale, fondamentale », s’est exclamé de son côté le président de l’association des magistrats de Guinée, qui dénonce d’ailleurs une violation de droit de l’homme.

« Si vous prenez la loi organique sur le statut des magistrats, un certain nombre de choses y figurent. Premièrement, le magistrat a droit à un salaire et à des accessoires de salaires en numéraire et en nature. Deuxièmement, il est dit que le magistrat avance en grade et en échelon. Et, l’avancement en échelon se fait annuellement. Ce qui veut dire que nous ne devrions pas être en position de réclamer quelque chose dans ce sens… Aucun magistrat n’a vu qu’il a avancé en grade depuis 2014. C’est une violation de droit de l’homme. Et, dans ses déclarations, Damaro a dit qu’on nous a tout donné. Alors qu’il y a des chefs de divisions qui sont mieux payés que le premier président de la Cour suprême », a indiqué Mohamed Ali Thiam, tout en précisant qu’ils vont partir des déclarations même de Damaro pour demander à l’autorité que leurs conditions de travail soient remplies.

Au cours de leur assemblée générale, les magistrats ont aussi soulevé la problématique liée au budget de fonctionnement des juridictions.

« De 2011 à nos jours, je n’ai eu qu’une seule dotation qui était composée de quatre paquets de papiers rames et deux millions de francs guinéens. Tout le papier qu’on utilise, on l’achète de nos poches, avec notre propre argent », s’est plaint un chef de juridiction.

A noter que les magistrats ont annoncé la rédaction d’une résolution pour leur protection et l’amélioration de leurs conditions de travail. Et, « les destinataires de cette résolution sont le ministre de la justice et le président de la République », ont-ils précisé.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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Poursuite contre Damaro : « si son immunité n’est pas levée, les magistrats ont décidé d’arrêter le travail »

12 avril 2019 à 18 06 38 04384
Honorable Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire RPG arc-en-ciel

Comme annoncé par une précédente dépêche de Guineematin.com, les magistrats de Guinée étaient en assemblée générale ce vendredi, 12 Avril 2019, à la cour d’Appel de Conakry. Au cours de la rencontre, qui s’est tenue autour de sept points inscrits à l’ordre jour, les hommes en robe ont annoncé leur intention de poursuivre le député Amadou Damaro Camara devant les juridictions du pays. Ils reprochent au chef de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale d’avoir tenu des propos diffamatoires, injurieux et outrageants à l’égard des magistrats.

« Certains magistrats sont des roitelets qui passent tout leur temps à racketter les populations… Notre justice peine à rassurer les justiciables en Guinée. Malgré tout ce qui a été fait, il faut une autre culture de la justice dans notre pays », avait notamment dit l’Honorable Amadou Damaro Camara, le 04 avril dernier dans l’émission ‘’Les Grandes gueules’’ de la radio Espace Fm.

Et, visiblement, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase chez les magistrats guinéens. A travers ces propos de ce député, les hommes en robe estiment que « la magistrature a été agressée verbalement et violemment ». Et, c’est pourquoi, réunis en assemblée générale ce Vendredi, l’association des magistrats de Guinée a décidé de poursuivre l’honorable Amadou Damaro Camara devant les juridictions du pays. Ils accusent le chef de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale d’avoir tenu des propos diffamatoires, injurieux et outrageants à l’égard du corps des magistrats.

« La justice a été malmenée par un député qui est censé connaitre les limites de son pouvoir. C’est une insulte à l’institution de justice que nous incarnons. Le corps judiciaire n’accepte pas les diffamations et les injures dont il a été victime. Et, il se propose d’engager des poursuites par les voies légales contre le député Amadou Damaro Camara », ont indiqué entre autres les magistrats.

Pour y arriver, les magistrats de Guinée comptent saisir l’Assemblée nationale pour demander la levée de l’immunité parlementaire de l’honorable Amadou Damaro Camara. Et, à défaut, d’obtenir gain de cause à l’Assemblée nationale, les magistrats menacent d’arrêter le travail.

« Une commission a été mise en place pour préparer la saisine de l’Assemblée nationale quant à la levée de l’immunité du député Amadou Damaro Camara, afin qu’il soit jugé conformément à la loi. Et, si cette immunité n’est pas levée, les magistrats ont décidé d’arrêter le travail », a annoncé Mohamed Ali Thiam, le président de l’association des magistrats de Guinée.

A en croire les magistrats guinéens, parmi toutes les institutions de la République, le corps judiciaire est le seul qui a un conseil supérieur, une juridiction chargée de juger les magistrats. Et, soutiennent-ils, ce conseil existe pour que celui qui estime qu’il est victime de quoique ce soit de la part d’un magistrat, ne se mette pas à diffamer, outrager ou injurier à l’extérieur.

« Je ne suis pas membre du conseil supérieur de la magistrature ; mais, il y a une centaine de décisions qui sont sorties entre la révocation, la suspension, la radiation et autres. Quand on le fait, c’est pour que celui qui estime qu’il est victime de quoique ce soit, qu’il ne se mette pas à diffamer, outrager, injurier à l’extérieur, amenant les citoyens à se rebeller contre les magistrats, surtout quand ça sort de la bouche d’une personnalité du genre d’un député de la République. Le corps judiciaire n’accepte pas les diffamations et les injures dont il a été victime et se propose d’engager des poursuites par les voies légales », a indiqué un autre magistrat dans la foulée des interventions.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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