Dr Alpha Abdoulaye Diallo, président de la Coalition nationale « Publiez ce que vous payez »

En Guinée, les troubles sont récurrents dans les zones minières. Très souvent, les habitants de ces localités manifestent parfois violemment contre les sociétés minières évoluant sur le terrain. Ces entreprises sont régulièrement accusées de ne pas respecter leurs obligations vis-à-vis des communautés. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette agitation quasi permanente ?

Un journaliste de Guineematin.com a posé cette question à Dr Alpha Abdoulaye Diallo, le président de la Coalition « Publiez ce que vous payez Guinée ». Pour lui, c’est soit le non-respect du Code minier par les sociétés, soit la mauvaise interprétation de certaines dispositions de ce Code par les communautés qui sont à l’origine de ces remous.

« Le code minier est très clair : on dit que pour les emplois non qualifiés, 100% doit revenir à la Guinée. Mais souvent, dans l’interprétation de cet article, quand on dit que c’est local, certains pensent que c’est uniquement au niveau de la localité où il y a la mine.  Si on dit que c’est local, c’est que ce sont des Guinéens, que ça soit de N’Zérékoré, de Yomou, de Mali Yimbéring ou de Tanéné. Et le plus souvent, pour des questions de stabilité, les sociétés font des contrats avec les communautés pour l’achat de la paix. C’est ce qu’on appelle le prix de la paix. Et ils prennent souvent des engagements pour former les jeunes à la main d’œuvre. Et si cela n’est pas respecté, ça peut créer des remous.

Parce que quand les jeunes d’une localité minière voient que ce sont des jeunes venus d’ailleurs qui travaillent, même s’ils sont des Guinéens, l’interprétation des cadres ou les supputations des ressortissants poussent à des soulèvements. Et, si les obligations sociales liées à l’emploi ne sont pas respectées, c’est autre chose », a-t-il expliqué, ajoutant que le parrainage des sociétés minières par certains hauts cadres de l’administration en est aussi pour quelque chose. « Très souvent, ce sont des sociétés minières qui sont parachutées et chacune est presque parrainée par un haut cadre ou à la présidence. Souvent ça crée des sentiments de suffisance et il y a très peu d’autorités au niveau local pour suivre les obligations de ces sociétés et assurer un contrôle de proximité sur le respect de ces obligations ».

Pour mettre fin à ces remous sociaux, l’activiste de la société civile préconise un dialogue entre les sociétés minières et les communautés vivant dans les zones minières. « Je pense qu’il est important qu’il y ait un véritable dialogue entre les autorités locales, les sociétés minières et les communautés. Nous avons un code minier qui a avalisé ce qu’on appelle les obligations légales des sociétés minières. Il y a aussi les obligations contractuelles des sociétés minières. L’Etat doit arbitrer entre les sociétés minières et les communautés pour que chaque partie tire véritablement ses droits par rapport à la loi. Parce que quand il y a des remous, la société est bloquée et personne ne profite de notre potentiel minier », a dit le président de la Coalition nationale « Publiez ce que vous payez ».

Il propose également l’implication de la société civile dans la recherche d’une solution durable aux troubles qui secouent les zones minières. « Très souvent, nous (la société civile) offrons nos services à l’Etat parce que nous avons la démarche, la méthodologie, nous avons le temps nécessaire et on est représenté partout dans ces zones. Mais le plus souvent, l’Etat ne réagit pas parce que les organisations de la société civile sont souvent vues de mauvais œil. Elles sont considérées comme des troubles fêtes, alors que nous sommes tous là pour le bonheur des Guinéens, pour le respect des droits des communautés, pour que les sociétés minières puissent exploiter en toute tranquillité, mais en respectant leurs obligations sociales, environnementales et financières (…).

C’est pourquoi, nous estimons qu’il faut que l’Etat revoie la donne et je pense que chacun a sa place. La société civile doit jouer son rôle en créant des cadres locaux de dialogue et de concertation pour que chacun puisse jouer son rôle. Mais cela nécessite de l’accompagnement, parce que ce n’est pas gratuit. Le déplacement d’une ONG nécessite des frais, le service des animateurs demande des frais. Malheureusement, chez nous, on pense que les deniers publics sont uniquement réservés aux agents de l’Etat, alors qu’ils doivent aussi servir aux associations qui travaillent pour l’Etat pour que le prolongement de l’Etat se passe là où l’Etat ne peut pas être », a dit Dr Alpha Abdoulaye Diallo.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41  

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