Comme annoncé précédemment, une jeune femme de 26 ans et mère de cinq (5) enfants a été humiliée, utilisée comme un bouclier et traînée par des agents de la police qui sont intervenus hier, mercredi 29 janvier 2020, à Wanindara, dans la commune de Ratoma. Les images de cette scène surréaliste (filmée par des citoyens) ont fait le tour de la toile et outré les internautes. Face à l’évidence des preuves qui incriminent la CMIS (compagnie mobile d’intervention et sécurité), les autorités en charges de la sécurité se retrouvaient dos au mur, cette fois encore. Et elles se sont vite désolidarisées des auteurs présumés de cette barbarie et présentées des excuses publiques à la victime et au peuple de Guinée.

Lors d’une sortie médiatique, le directeur général de la police nationale, Ansoumane Camara (Bafoé), a laissé entendre que la vidéo montrant cette femme en train de se faire malmener par des agents ne fait honneur à personne. Se montrant choqué, le contrôleur général de police soutient que « même dans une zone rebelle, on ne peut pas trouver de tels comportements ».

C’est une vidéo accablante, des images outrageantes, une violation flagrante de droits humains, une preuve difficile à réfuter de l’animosité dont font preuve les forces de l’ordre dans l’exercice de la mission qui leur est assignée. Des agents qui utilisent une pauvre femme comme bouclier pour se protéger des pierres lancées par des jeunes en marge d’une manifestation, cette scène qui met à nu la cruauté des agents de sécurité a empêché plusieurs guinéens à fermer l’œil dans la nuit d’hier à aujourd’hui, jeudi. Les images de cette scène surréaliste a connu un nombre record de partage sur les réseaux sociaux et ont choqué, indigné et outré les cœurs de ceux qui ont pu la visionner. Comme sur « l’incendie du marché de Koloma » ou encore les images montrant « des agents malmener et infliger des paires de gifles à un vieil homme à Kobayah », les forces de l’ordre ont été pris en « flagrant délit » à Wanindara.

Damantang Albert Camara, ministre de la Sécurité

Et, face à la virulence des commentaires, les autorités en charge de la sécurité ont été contraintes de s’exprimer et présenter des excuses publiques à la victime et au peuple de Guinée. « Nous avons tous été choqués, indignés et interpellés par ces images d’une femme molestée par des agents de sécurité ; et, visiblement en train d’être utilisée comme bouclier contre les jets de pierres. C’est totalement inadmissible… Des agents qui se livrent à ces genres de comportement sont tout sauf des serviteurs de la République… Nous allons procéder à des enquêtes ; et, là, je voudrais présenter à cette dame les excuses du département de la sécurité… Rien ne peut justifier ces agissements ; et, je veux rassurer la population que nous n’avons pas l’intention de le laisser passer… », a dit le ministre de la sécurité, Damantang Albert Cmara, un peu plus tôt dans la journée de ce jeudi.

Pour le directeur général de la police nationale, Ansoumane Camara (Bafoé), cette vidéo qui illustre une fois de plus le comportement indélicat, voire la cruauté des agents des forces de l’ordre, l’a donné de l’insomnie. « La vidéo que nous avons vue sur la toile ne fait l’honneur à personne. Même dans une zone rebelle, on ne peut pas trouver de tels comportements. Quand le ministre m’a transféré la vidéo hier, je n’ai même pas pu dormir », s’est indigné Ansoumane Camara (Bafoé).

Selon ce contrôleur général de police, rien ne peut justifier cette barbarie en matière de maintien d’ordre. C’est pourquoi tout a été mis en œuvre pour identifier et interpeller l’auteur présumé de cet acte ignoble.

Ansoumane Camara (Bafoé), Directeur général de la police nationale

« Ce matin, j’ai convoqué tous les commandants d’unités, tous les commissaires centraux, on a visionné les images ; et, un capitaine a été distingué… de visionnage en visionnage, on a trouvé le brigadier ici présent. Automatiquement, il a été arrêté ; et, vous avez vu sa version des faits. Mais, même étant ça, ce n’est pas possible. En matière de maintien d’ordre, si vous chargez et que vous voyez que les moyens matériels et humains que vous avez ne vous permettent pas de contenir la partie que vous avez conquit, vous vous repliez… Il répondra, parce que ce qu’il a fait hier vient de lui. Nous, ce qu’on a vu sur la vidéo, ils ont pris la dame en tant que bouclier… On l’a vu s’abriter derrière la femme ; et, çà, ça ne se doit pas, je ne cautionne pas. Ce que je voudrais donner à l’opinion nationale et internationale, surtout à la population de Conakry, ce que l’acte que l’agent là vient de faire ne provient pas de nous… ce sont des comportements isolés… Mais, les autres se serviront de lui (comme leçon) pour ne plus jamais faire cela… Vraiment, c’est désolant. On est en train de rencontrer cette dame pour vivement lui demander pardon. Si elle a des séquelles morales ou physiques, qu’on puisse la prendre en charge… Et, qu’elle sache que la police guinéenne est une police républicaine à la solde de l’autorité civile. Nous ne sommes pas là pour les brutaliser et faire de tels comportements, surtout à l’endroit des femmes et des enfants qui sont des couches vulnérables. Ce n’est pas possible qu’on puisse faire ça à une femme. Donc, je suis désolé. Le brigadier a mal déconné et il répondra de ses faits. Je profite de votre micro pour demander pardon à la femme, à son mari et à toute sa famille, en tant que directeur général de la police », a confié Ansoumane Camara.

Arrêté par sa hiérarchie, le mis en cause dans cette affaire, le brigadier Mamadou Lamarana Bah, a reconnu avoir pris la dame. Cependant, cet agent de la police nationale a réfuté la version selon laquelle il a utilisé cette pauvre femme comme bouclier. « Elle était en train d’envoyer des pierres aux autres (les jeunes manifestants). Quand elle nous a vus, elle est tombée. Je l’ai relevée pour la sauver. On a voulu reculer avec elle, mais les jeunes se sont mis à nous jeter des cailloux. On l’a abandonnée pour nous en fuir… », a expliqué le brigadier Mamadou Lamarana Bah.

A rappeler qu’en Guinée, les forces de l’ordre sont souvent accusées de comportements indélicats (tueries, pillages, violences physiques…) à l’occasion des manifestations sociopolitiques fréquemment enregistrées dans le pays.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

Tel : 622 97 27 22

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