Après l’accalmie dans les manifestations observées depuis la fin de la présidentielle controversée du 18 octobre 2020, certains caciques du pouvoir s’en étaient félicités. Estimant que depuis « la mise hors d’état de nuire » des principaux responsables de l’opposition, la cité est calme.  Des propos jugés cyniques par une bonne partie de l’opinion publique.

Malheureusement pour ceux qui ont mis ces opposants en prison. Si cette décision visait à dissuader l’opposition de manifester, elle semble aujourd’hui contreproductive. Du moins pour les militants. Alors que les responsables semblent effectivement avoir capitulé, les militants, eux, se montrent plus que déterminés à en découdre avec le pouvoir. Devant l’impasse et le maintien de leurs responsables en prison, ce sont en effet ces militants qui ont exigé la reprise des manifestations.

En voulant découdre de nouveau avec le pouvoir, les militants du principal parti de l’opposition ont mis leurs patrons devant une situation on ne peut plus délicate. Cellou Dalein Diallo et ses lieutenants, ou ceux qui restent encore en liberté, n’avaient pas eu trente-six mille solutions que de céder. Le patron de l’UFDG annonce donc ce que beaucoup considèrent comme un véritable spectre pour les habitants de Conakry. Les manifestations et leurs corolaires de répression, suivies des morts et des blessés hantent toujours la capitale. Particulièrement la commune de Ratoma.

Pour de nombreux observateurs, il est incompréhensible et inapproprié que le pouvoir durcisse sa position alors qu’il a obtenu ce qu’il vouait : un troisième mandat pour Alpha Condé. Sachant qu’on n’est jamais faible et vulnérable que quand on est fort, le pouvoir avait intérêt à calmer le jeu en libérant les détenus politiques. Malheureusement pour lui et pour tout le pays, après la crise consécutive au troisième mandat, les autorités devaient tout mettre en œuvre pour renouer le dialogue avec son opposition.

Au lieu de cela, elles ont tiré sur une ambulance en arrêtant les opposants et surtout en les maintenant en prison à un moment où ces derniers ont déjà avalé les couleuvres. En outre, le même pouvoir s’est taillé sur mesure une opposition dite « constructive » dont le leader est un ancien député élu sur la liste nationale du RPG arc-en-ciel. L’autre opposition (représentant une bonne partie des Guinéens) étant qualifiée de radicale.

L’opposition dite constructive, qui avait promis le pouvoir de s’opposer autrement, était censée faire bouger les lignes. C’était sans connaitre M. Alpha Condé. Mamadou Sylla, bombardé nouveau chef de file de l’opposition, est en train d’apprendre à ses dépens que le pouvoir ne craint qu’un leader qui a des militants…

S’agissant de ce pouvoir, il devrait savoir que s’octroyer un troisième mandat est une chose et instaurer la paix et les conditions de travail et d’investissement pour le pays en est une autre. Malheureusement, au moment où certains pays comme la Côte d’Ivoire décrispent la situation politique, la Guinée, elle, emprunte le chemin inverse. Le président semble ne s’entourer que des gens qui haïssent tout le monde de sorte que le pouvoir s’aliène tous ceux qui n’ont pas la carte jaune…

Malheureusement pour la Guinée, la reprise des manifestations pourrait enfoncer davantage le pays dans la crise. Le nombre de morts suite aux manifestations risque d’augmenter. Celui de détenus politiques aussi. Mais, le pouvoir qui aura montré ses limites dans la considération des citoyens qui ne partagent pas sa politique, ne risque-t-il rien en refusant de dialoguer avec ses vrais opposants et en créant cette ambiance dans notre pays ?

What and see !

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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