Des étudiants de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia

Ils sont pour la plupart venus allégrement de l’intérieur du pays pour faire des études universitaires à Conakry. Et, pour beaucoup d’entre eux, c’est leur premier long séjour dans la capitale guinéenne. Malheureusement, ils découvrent à leurs dépens le difficile quotidien de cette ville. Actuellement, ces bleus (comme on les appelle dans les universités) sont dans la désillusion. Leur espoir de vivre très épanoui dans cette grande ville de Guinée a été stoppé net par l’enfer de Conakry. Un enfer qu’ils doivent pourtant supporter pendant trois longues années pour espérer obtenir un diplôme de Licence.

Ça a toujours été comme ça depuis la suppression du régime d’internat (les dortoirs) dans les universités publiques à Conakry. Chaque année, les nouveaux étudiants qui viennent de l’intérieur du pays souffrent le martyr pour trouver un logement dans cette ville qui déborde déjà de monde. Mais, cette année, les nouveaux étudiants qui viennent de fouler le sol de la capitale guinéenne se trouvent dans une descente aux enfers. Avec la situation économique éprouvante du guinéen, asphyxié ces derniers temps par la pandémie de COVID-19, rêver d’un appartement de luxe est un crime que ces étudiants ne peuvent se permettre.

Ils désirent tout simplement avoir une chambre où déposer leurs petits sacs et où passer la nuit. Même un taudis est acceptable, pourvu qu’ils ne soient pas des sans-abris. Malheureusement, il est actuellement très difficile de trouver même ces misérables logements, sans confort ni hygiène à Conakry. Les quelques rares qu’on y voit sont quasiment inaccessibles à cause de la cherté du loyer. Pour une petite pièce communément « entrer-coucher », les concessionnaires peuvent banalement demander 500 mille francs guinéens (une somme qui dépasse le SMIG en Guinée).

Et, ce n’est pas tout. En plus du problème de logement auquel ils sont confrontés, ces nouveaux étudiants qui viennent de l’intérieur du pays sont agacés par le coût du transport et l’éternel combat pour trouver un taxi le matin à Conakry. A cela viennent se greffer les problèmes liés à l’obtention de la nourriture. Isaac Kolié est venu de N’Zérékoré pour la capitale guinéenne. A peine arrivé, il est déjà déçu, désagréablement surpris de la vie qu’il découvre à Conakry. D’ailleurs, il parle d’un « changement négatif » dans sa vie.

« C’est ma troisième semaine aujourd’hui à Conakry. J’ai quitté la ville de N’Zérekoré pour ici ; et, depuis mon arrivée dans cette capitale, il y a un changement négatif. Parce que le déplacement devient très difficile pour nous les nouveaux. Les frais de transport sont trop chers. Chaque jour, il faut payer 14000 francs guinéens pour venir à l’université. Nous ne connaissons pas très bien la ville de Conakry. Chaque matin, nous nous bousculons pour emprunter le taxi ; et, tout est cher ici.

A N’Zérekoré, tu peux passer une semaine sans consommer 50 000 francs. Mais ici, même avec 100 000 francs, tu ne pourras pas atteindre la fin de la semaine. Et, vous connaissez la situation actuelle de notre pays, les parents se battent au village pour avoir difficilement 100 000 francs pour te remettre », explique-t-il avec inquiétude.

Comme beaucoup d’autres « bleus » dans les universités de Conakry, Jean Paul Tounkara, un étudiant venu de la préfecture de Kissidougou, se retrouve dans une véritable galère. Le jeune homme est même obligé parfois de marcher de l’université à son domicile pour pouvoir économiser un peu d’argent. « J’ai des difficultés à venir à l’université parfois, en raison de la rareté des taxis, des embouteillages et de la cherté des frais de transport. Il faut se lever à 6 heures pour arriver à temps à la fac. Ce que je n’ai jamais connu à l’intérieur du pays.

Depuis mon arrivée, j’ai presque dépensé la moitié de l’argent que les parents m’ont remis. Parfois, je suis obligé d’emprunter un taxi moto pour ne pas rater les cours de 8 heures, parce qu’il y a trop d’embouteillages à Conakry. Souvent, pour le retour, je fais le trajet à pied. C’est ce qui me permet d’économiser le peu d’argent que j’ai, parce que je ne peux pas appeler les parents à tout moment pour demander de l’argent. Le problème de petit-déjeuner me cause aussi d’énormes soucis », a indiqué Jean Paul Tounkara.

Pour cet autre étudiant en Licence 1, André Léno, c’est carrément la désillusion. Lui qui pensait venir dans un Eldorado à Conakry est aujourd’hui désenchanté par la vie qu’il y a trouvé. D’ailleurs, sa galère a commencé à sa descente du véhicule qui l’a envoyé dans cette grande ville.

« Vraiment la vie d’ici est particulière. Moi, je pensais que Conakry est différent de l’intérieur, mais c’est un autre problème qui se pose ici. Il était très difficile pour moi d’avoir un tuteur pour m’accueillir. Quand je suis arrivé le 28 janvier dernier, la première difficulté que j’ai eue c’est le problème de logement. De 8 heures à 11 heures, j’étais assis à la gare routière de Matoto. La personne qui voulait m’accueillir ne s’entendait pas avec sa femme. C’est après l’accord de celle-ci que j’ai été finalement accueilli. Mon petit-déjeuner, c’est moi-même qui le prend en charge ; et, mes parents n’ont pas de moyens pour m’envoyer de l’argent à chaque fois », a-t-il confié, avec un air désespéré.

Pourtant, ces étudiants ne sont qu’au début de leur peine. Car, ils doivent passer au moins trois ans dans leurs différentes universités à Conakry pour pouvoir avoir un diplôme de Licence. Et, malheureusement, aucune condition n’est créée par l’Etat pour leur venir en aide. Les maigres bourses qu’ils pourraient percevoir à la fin de chaque mois ne peuvent même pas absorber le coût des tonnes de brochures (les supports de cours) qu’on leur présente. Leurs aînés des Licences 1 et 2 en savent déjà quelque chose.

Foko Millimouno pour Guineematin.com

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