Après les violences pré-électorales enregistrées dimanche et lundi dernier dans la ville de Kankan (et qui ont fait au moins 34 blessés et des dégâts matériels importants), plusieurs ressortissants de la région de la Moyenne Guinée décident de quitter la cité de Nabaya. Ils redoutent d’autres violences dans la capitale de la Haute Guinée en cette période électorale et préfèrent rentrer chez eux pour sauver leurs vies et leurs biens, a appris le correspondant de Guneematin.com à Kankan.

C’est quasiment devenu une tradition ! Dans la région de la Haute Guinée (fief traditionnel du RPG), les ressortissants de la Moyenne Guinée sont souvent les victimes des violences en période électorale. A cause de leur présumé appartenance à l’UFDG (le principal parti d’opposition en Guinée) dont le leader est originaire de leur ethnie (Peulh), ces gens sont persécutés dans une indifférence notoire des autorités administratives locales.

En 2010, avec l’histoire de « l’eau empoisonnée » à Conakry contre les militants du RPG du président Alpha Condé, des violences, des pillages… à relent ethnique avaient été exercés à Siguiri contre les ressortissants de la Moyenne Guinée qui y résidaient. Et, depuis, les scènes de violences contre ces « partisans de l’opposition » se sont multipliées en Haute Guinée. Malgré la méfiance, on assiste aux mêmes scènes à chaque élection dans le pays.

Cette année encore, avec le scrutin présidentiel en vue, les violences et la persécution ont commencé contre ces populations originaires de la Moyenne Guinée. Les dernières scènes de violences date d’il y a quelques jours seulement à Kankan, la capitale de la Haute Guinée. En deux jours de sainte pagaille sans un mot des autorités, au moins une trentaine de personnes (en majorité originaires de la Moyenne Guinée) ont été blessées, des maisons et des boutiques ont été saccagés ou tout simplement incendiés par des « partisans du RPG arc-en-ciel ».

Ainsi, pour éviter de subir d’autres violences pendant cette période sensible et très critique pour la Guinée, plusieurs ressortissants de la Moyenne Guinée à Kankan tentent de regagner leurs préfectures d’origine. Ils préfèrent abandonner leur concession pour sauver leurs vies. Et hier, mercredi 14 octobre 2020, ce sont plusieurs convois de véhicules remplis de passagers et de bagages qui ont été aperçu à la sortie de la ville de Kankan.

« On a tout perdu, l’économie de plusieurs années d’efforts est partie. Notre vie est à refaire. Maintenant, est-ce que nous pourrions la faire ? Je ne suis pas sûr » a confié sous anonymat un père de famille interrogé dans ces convois.

Agé d’une soixantaine d’années, Elhadj Saliou Diallo cherche à embarquer sa famille pour la préfecture de Mamou. Et, devant notre micro, ce vieil homme est visiblement effondré par ce départ salvateur. « J’envoie ma famille pour les mettre à l’abri des nouvelles violences. D’ailleurs, je n’ai rien avec moi ; et, pourquoi dois-je les garder ici. A Mamou, ils sont plus en sécurité là-bas », a-t-il indiqué.

Dans la ville de Kankan, ces départs massifs pour la Moyenne Guinée inquiètent quelques citoyens. Ils ont des pincements de cœur de voir leurs amis, leurs voisins de tous les jours partir. Et, dans leur peine, ils accusent les autorités administratives de Kankan d’arborer un silence coupable lors des violences contre ces populations originaires du Foutah.

De Kankan, Abdoulaye N’koya SYLLA pour Guineematin.com

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