« Pour que les investisseurs puissent se tourner vers la Guinée, il faut deux conditions : la Sécurité et la Justice. Nous avons fait hier la reforme de la Sécurité, nous sommes en train de poser aujourd’hui les jalons pour une véritable justice, indépendante de l’argent, de l’ethnie, de la religion, de l’amitié, au seul service de la vérité et du peuple pour que la Guinée ait toutes les caractéristique d’une démocratie et que la Guinée soit un lieu où les investisseurs ont confiance », a notamment dit le président Alpha Condé.

À l’occasion de l’installation du Conseil Supérieur de la Magistrature (17 personnes), hier, mercredi 9 juillet 2014, au palais présidentiel, à Sékoutouréah, le président de la République, Alpha Condé s’est adressé aux magistrats, en présence des présidents des institutions républicaines, des membres du gouvernement et des institutions internationales…

Voici l’intégralité de ce discours :

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale
Madame et Messieurs les Présidents des Institutions Républicaines
Monsieur le Premier ministre
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique et consulaire
Monsieur le Premier Président de la Cour suprême
Mesdames et Messieurs les représentants des Institutions et organismes internationaux
Messieurs les Officiers Supérieurs de l’Etat-major des Forces Armées Guinéennes
Mesdames et Messieurs les honorables députés
Mesdames et Messieurs,

Je viens d’écouter avec attention le discours introductif de Monsieur le Conseiller à la Présidence chargé de la Réforme du Secteur de la Justice et celui du Président de l’Association des magistrats de Guinée.

Je voudrais d’abord féliciter tous les acteurs connus ou anonymes qui ont permis la réalisation de ces réformes fondamentales attendues depuis l’indépendance.

Aujourd’hui, tous les Guinéens sont conscients que l’on ne peut parler d’Etat de droit ni de démocratie sans une Justice indépendante, facteur décisif de paix sociale et de développement économique.

Le processus qui vient d’être enclenché a besoin d’être entretenu et nourri tous les jours, tant par les pouvoirs publics que par les différents acteurs de la Justice : magistrats, greffiers, avocats, huissiers de justice, notaires et commissaires priseurs.

Le simple citoyen a désormais son mot à dire quant au comportement déontologique et éthique des magistrats, en ce sens que les indélicatesses et autres manquements professionnels, à l’honneur et à la dignité, sont des motifs suffisants de saisine du Conseil supérieur de la magistrature.

En ce qui me concerne, vous pouvez être rassurés que le Président du CSM exercera toutes ses attributions sans complaisance ni excès, dans le strict respect des Lois organiques n°054 et 055/CNT du 17 mai 2013 relatives respectivement au Statut de la magistrature et au Conseil supérieur de la magistrature.

Quant à vous autres magistrats, j’ai pris acte de vos engagements à appliquer la loi, rien que la loi, toute la loi.

Le Peuple de Guinée, au nom duquel vous rendez la Justice, vient de consentir des sacrifices financiers importants pour vous faciliter l’exercice de votre sacerdoce. Ces facilités qui vous sont accordées ne sont pas un privilège pour votre seul confort, mais le gage nécessaire d’une Justice indépendante, impartiale et crédible.

Si la faiblesse des salaires pouvait hier expliquer certains comportements pervers, il reste que la menace la plus grave, la plus insidieuse et la moins visible est l’influence que les riches, les parents et les amis exercent quotidiennement sur les juges.

Pour s’extraire de ces sortes d’influence, le CSM peut être efficace mais il faudrait allier à l’action de cet organe un moyen autrement plus décisif, c’est la volonté et la vertu du juge de servir la loi, quitte à décevoir un parent ou perdre un ami.

Très bientôt, le CSM devra s’intéresser aux conditions de recrutement des jeunes magistrats qui devront faire montre non seulement d’une vocation certaine pour la profession, mais aussi maîtriser les règles déontologiques et éthiques qui gouvernent la mission de juger qui n’est, à l’évidence, pas un métier comme les autres.

En même temps, il doit s’atteler à prendre toutes les sanctions, je dis toutes les sanctions, à l’encontre de tous ceux qui ont failli à leur tâche de juge.

Je mettrai à profit la prochaine Assemblée générale du CSM pour inscrire à l’ordre du jour un certain nombre de questions qui me tiennent à cœur comme l’aide à apporter aux indigents face à la Justice, le renforcement des capacités des magistrats en charge des problématiques liées à l’entreprise et enfin le rapprochement de la Justice des justiciables par l’adoption d’une nouvelle carte judiciaire.

Cette énumération est loin d’être exhaustive, tant les besoins dans votre maison sont nombreux et complexes, en raison même de l’abandon dans lequel je l’ai trouvée.

Si le rêve, longtemps caressé, d’assurer l’indépendance de la Justice devient enfin une réalité, je dois néanmoins préciser que c’est le début d’un processus, mais un processus qui ne doit jamais s’arrêter.

Les Guinéens ont soif de pain, c’est vrai ; mais ils ont soif davantage de justice, d’égalité et de solidarité. Faisons en sorte de ne pas les décevoir.

Pour que les investisseurs puissent se tourner vers la Guinée, il faut deux conditions : la Sécurité et la Justice. Nous avons fait hier la reforme de la Sécurité, nous sommes en train de poser aujourd’hui les jalons pour une véritable justice, indépendante de l’argent, de l’ethnie, de la religion, de l’amitié, au seul service de la vérité et du peuple pour que la Guinée ait toutes les caractéristique d’une démocratie et que la Guinée soit un lieu où les investisseurs ont confiance.

Je vous remercie.

Le Bureau de Presse de la Présidence

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