Service cancérologie de Donka : « environ un malade sur 4 a un cancer du sein » (interview)

15 septembre 2019 à 9 09 59 09599
Pr. Bangaly Traoré, service de cancérologie de l’hôpital national Donka

Même s’il n’y a pas de statistiques fiables en la matière, de plus en plus de femmes sont atteintes du cancer du sein en Guinée. Cette maladie est aujourd’hui la première cause de consultation au service de cancérologie de l’hôpital national Donka. Quels sont les facteurs pouvant entraîner le cancer du sein ? Comment la reconnait-on et comment la traite-t-on ? Ce sont entre autres les questions qu’un journaliste de Guineematin.com a posées au Professeur Bangaly Traoré, le responsable du service.

Décryptage !

Guineematin.com : parlez-nous du cancer du sein.

Professeur Bangaly Traoré : le cancer du sein est un ensemble de maladies, caractérisées par une modification cellulaire anarchique et désordonnée aux dépens des cellules ou des tissus mammaires, qui détruisent les tissus et qui ont tendance à se disséminer au niveau de l’organisme qu’on appelle des métastases. Donc, ce sont des tumeurs malignes développées au niveau du sein et qui sont responsables du décès de la majorité des femmes en quelque sorte.

Le cancer du sein représente le quatrième cancer dans les deux sexes confondus, le deuxième cancer chez la femme avec un taux d’incidence de 15 cas pour 100.000 habitants. Alors, si on rapporte ça à l’ensemble de la population féminine, on se retrouve à environ 700 cas annuels. Ce chiffre c’est ce qui est connu. Mais, actuellement, on a tendance à obtenir beaucoup plus de femmes atteintes de cancer du sein que de cancer du col de l’utérus. Le taux mortalité avoisine les 70% sans traitement chaque année. Donc, sur les 700 cas, il y a environ un peu plus de 400 décès annuels. Au service que je dirige, c’est la première cause de consultation, avec une fréquence de plus de 26%. C’est-à-dire, environ un malade sur quatre a un cancer du sein.

Guineematin.com : quels sont les types de cancers du sein ?

Professeur Bangaly Traoré : aujourd’hui, on ne parle pas de cancer du sein, mais des cancers du sein. Cette classification découle du profil moléculaire, c’est-à-dire le comportement biologique du cancer du sein. Alors, il y a des cancers du sein qui se développent aux dépens de la stimulation hormonal, donc qui sont sensibles au traitement antihormonal. Vous savez, la glande mammaire qui développe aux dépens de la stimulation hormonal, donc certains cancers vont poursuive leur évolution en dépendant de la stimulation hormonale.

Il y a des cancers du sein qui se développent également indépendamment de la stimulation hormonale, donc qui sont insensibles à l’hormonothérapie, mais qui expriment des gènes qui font qu’elles sont différentes des cellules normales, donc qui ont acquis l’expression de nouveau gène. Il y en a qui sont dépourvus non seulement de l’expression antigénique, mais aussi des récepteurs hormonaux, donc ce sont des catégories appelées les triples négatifs. Ces cancers-là sont très méchants. Ils évoluent très rapidement, et ils sont responsables de beaucoup plus de décès que les autres cancers qui dépendent de la stimulation hormonale ou qui dépendent de l’expression oncogénique du cancer du sein.

Guineematin.com : parmi ces différents types de cancers, lesquels sont les plus répandus dans notre pays ?

Professeur Bangaly Traoré : nous n’avons pas de statistiques très fiables sur ce plan. Mais, il faut reconnaître que ce sont les triples négatifs qui sont fréquemment rencontrés, tout simplement parce que l’âge de survenue des cancers du sein dans la population féminine chez nous tourne autour de 48 ans. C’est-à-dire que ce sont des femmes qui sont proches de la ménopause, mais qui, dans environ 40 à 48% des cas ne sont pas ménopausées.

En Europe, l’âge moyen de survenue de cancer, c’est autour de 65, 75, 78 ans, donc ce sont des femmes âgées là-bas, alors que chez nous ce sont des femmes jeunes. Donc, c’est ça que ces femmes-là qui sont jeunes, leurs cancers sont un peu plus agressifs et ils évoluent plus vite que le cancer chez la femme âgée.

Guineematin.com : quelles peuvent être les causes de ces différents cancers ?

Professeur Bangaly Traoré : on ne parle pas de causes en cancérologie, mais plutôt de facteurs. Parce que quand vous parlez de causes, c’est comme si vous dites : le paludisme pour l’avoir, il faut avoir le plasmodium, il faut avoir été piqué par un moustique qui va infecter l’organisme par le plasmodium, dont le parasite qui donne le paludisme.

Le cancer est une maladie qui est multifactorielle, donc qui ne dépend pas que d’un seul facteur, qui dépend de plusieurs facteurs. Chaque facteur va jouer son rôle dans le développement de la maladie à un moment ou un autre donné de l’évolution naturelle de la maladie. Le cancer du sein, il y a deux groupes de facteurs qui sont importants à connaître. Il y a des facteurs qu’on peut éviter, donc qu’on peut maîtriser pour prévenir la maladie ; il y a des facteurs qu’on ne peut pas éviter ni utiliser pour prévenir la maladie.

Les facteurs qu’on peut éviter sont : le manque d’activités physiques, la consommation en excès de protéines animales et surtout la consommation des graisses, le manque de consommation des fruits et légumes, la consommation de tabac. Ces trois facteurs sont évitables. Les facteurs qu’on ne peut pas éviter, c’est d’abord le vieillissement. La maladie est liée à l’âge, donc plus on est âgé, plus le risque est élevé. Il y a aussi des problèmes génétiques, des anomalies génétiques. Donc, l’atteinte de certains gènes expose ou multiplie le risque de cancer chez les personnes adultes.

Guineematin.com : y a-t-il aussi d’autres maladies qui peuvent provoquer le cancer du sein ?

Professeur Bangaly Traoré : si, il y a des maladies, c’est pas très important. Ce qui est le plus important c’est, qu’est ce qu’on peut éviter? C’est l’alimentation pauvre en fruits et légumes, riche en graisses et en protéines animales, c’est le manque d’activer physique et le consommation du tabac. Quand on évite pas des aliments riches en protéines, graisses, c’est-à-dire on ne mange ses aliments, sans consommer de légumes et d’épreuves physiques on prend du poid et l’excès du poid, est facteur prédisposant au cancer du sien et à des nombreux autres cancers. Mais aussi à des maladies non transmissibles, comme les maladies cardiovasculaires, hypertension, le Diabète.

Ce sont aussi des maladies qui sont surtout des maladies à connotation génétique, donc il y a des anomalies génétiques qui prédisposent le développement du cancer. Ce sont des femmes qui sont infectées par le VIH SIDA également, ça on peut l’éviter, aussi, il y a aussi le vieillissement.

Guineematin.com : comment peut-on détecter le cancer du sein ?

Professeur Bangaly Traoré : la détection, il y a trois méthodes : la première qui est plus facile, c’est l’autopalpation. C’est-à-dire une femme qui est bien réglée, donc qui voit ses menstruations, à la fin de chaque menstruation, la femme doit se regarder les seins, s’auto examiner, pour rechercher la présence d’une boule ou de toute autre anomalie qui peut orienter vers le cancer du sein. Donc quand elle suspecte qu’il y a une boule ou une anomalie au niveau du sein, elle va dans la structure de santé la plus proche, où un professionnel de santé va l’examiner pour voir s’il n’y a pas d’anomalies.

Il y a aussi, l’examen clinique systématique des seins. C’est-à-dire qu’à l’occasion de chaque consultation, on propose à une femme de se laisser examiner les seins, afin de rechercher une anomalie ou une boule qui peut orienter vers cette maladie. La troisième méthode qui est idéale qui devait être accessible, c’est la mammographie. C’est-à-dire la radiographie du sein qui permet de voir, de détecter la maladie sans même que la boule ne soit perceptible au niveau du sein. Donc ça permet de voir la maladie tout à fait au début et de faciliter le traitement.

Guineematin.com : comment se fait le traitement ?

Pr. Bangaly Traoré, service de cancérologie de l’hôpital national Donka

Professeur Bangaly Traoré : le traitement est aussi complexe et varié. Il comporte le traitement chirurgical, c’est-à-dire c’est l’opération qui consiste soit à opérer pour en enlever la maladie tout en conservant le sein ou bien à enlever la totalité du sein, ça s’appelle traitement conservateur et radical. Mais ça, ça dépend du stade auquel on a reçu le patient. Je dis le patient, parce que l’homme et la femme peuvent être victimes du cancer du sein. L’homme est atteint du cancer du sein dans une proportion de 1% à 2%.

Alors, il y a les traitements médicaux, dont la chimiothérapie. Ce sont des médicaments chimiques anti-cancéreux qu’on donne pour détruire la cellule, partout où elle se trouve dans l’organisme. Il y a l’hormonothérapie. Je parlais tout à l’heure de cancers qui dépendent de la stimulation hormonale, donc on donne des antihormones pour bloquer la stimulation hormonale. Il y a aussi des thérapies ciblées, où on utilise des médicaments pour détruire certaines cellules particulières du cancer du sein. Ça s’appelle les anticorps monoclonaux. Donc, permet de cibler les cellules et de les détruire. Il y a les traitements physiques, c’est la radiothérapie. On utilise des radiations ionisantes pour traiter et détruire les cellules cancéreuses.

En dehors de ces traitements, c’est-à-dire la chirurgie, du traitement médical et de la radiothérapie, il y a d’autres traitements accompagnants telle que la prise en charge de la douleur. Quand les malades ou les femmes sont anémiés, il faut aussi une prise en charge de ceci.

Guineematin.com : pendant combien de temps peut durer le traitement du cancer du sein ?

Professeur Bangaly Traoré : le traitement du cancer du sein varie de huit mois à un peu plus d’un an. Il y en a même qui peuvent aller jusqu’à deux ans. Et si le traitement est purement chirurgical, ça peut s’arrêter à plus de deux mois. Ça dépend du stade auquel on a vu le patient. Il est plus facile de traiter très rapidement quand c’est vu tôt que si la maladie est un peu avancée.

Guineematin.com : est-ce que tous les types de cancers du sein peuvent être traités aujourd’hui en Guinée ?

Professeur Bangaly Traoré : bien sûr, nous prenons en charge tous les types de cancers du sein en Guinée. Par contre, quand la maladie arrive en phase de la radiothérapie, on les oriente vers l’extérieur pour bénéficier de ce traitement, parce que nous n’avons pas ce traitement sur place.

Entretien réalisé par Fatoumata Djouldé Diallo pour Guineematin.com

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Oustaze Ramadan sur l’excision : « le Prophète a conseillé de la pratiquer dans les règles de l’art »

3 septembre 2019 à 15 03 51 09519
Oustaz Ramadan Bah, chroniqueur islamique et imam de la mosquée de Koloma

Le débat contradictoire sur la pratique de l’excision est loin de s’estomper d’autant plus que chaque camp soutient mordicus avoir raison. Les opposants à la pratique brandissent comme arguments les conséquences néfastes sur la santé de la femme et la non-prescription religieuse de l’excision. L’autre camp dément cette dernière version et soutient mordicus que l’excision est bien conseillée par l’islam. C’est le cas de l’imam de la mosquée de Koloma, Oustaze Mohamed Ramadan Bah.

Selon ce chroniquer islamique, la pratique de l’excision est rapportée dans certains hadiths du prophète de l’Islam. Il l’a dit dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com dans la journée d’hier lundi, 02 septembre 2019.

Sur le plan religieux, Oustaze Ramadan Bah a laissé entendre que la pratique de l’excision est autorisée par la religion musulmane. Selon lui, il n’y a certes pas un verset authentique du Coran qui parle de l’excision ; mais, la pratique est autorisée au regard de certains hadiths. « Il n’y a pas un texte dans le Coran qui parle de cette pratique. Et ce n’est pas ça seulement, qu’il n’y a pas de texte. Il y a beaucoup de choses. Nous savons que la législation en Islam, c’est le Coran et les hadiths du prophète Mohamed (Paix et Salut sur Lui). Les hadiths du prophète Mohamed (PSL), beaucoup n’ont pas compris ; un hadith, c’est la parole du prophète. Donc, en ce qui concerne l’excision, le prophète Mohamed (PSL) lorsqu’il est venu à Médine après l’immigration, il a trouvé une vieille femme qui pratiquait l’excision. Le Prophète Mohamed (PSL) ne l’a pas interdit. Plutôt, le Prophète a donné des conseils à la femme pour lui expliquer comment on doit le faire. Le prophète Mohamed (PSL) l’a conseillé de ne pas toucher la grande partie, mais de le pratiquer dans les règles de l’art. Donc, à partir du moment où le prophète Mohamed (PSL) ne l’a pas interdit, ça devient un hadith. Parce que c’est une pratique que le Prophète Mohamed (PSL) a observée et il ne l’a pas interdite », a laissé entendre l’imam de Koloma.

Par ailleurs, Oustaze Ramadan fait état d’un autre passage qui prouve que l’excision n’est pas une pratique interdite. « Il est dit par le prophète Mohamed (PSL) dans les livres de jurisprudence que quand les deux sexes circoncis et excisées se rencontrent, les grandes ablutions deviennent obligatoires. Ça aussi, c’est un hadith. Cela ne se trouve pas dans le Coran. Donc à partir de là, nous comprenons que cette pratique n’est pas interdite par la religion. Mais plutôt, elle est recommandée », a martelé notre interlocuteur.

Oustaz Mohamed Ramadan Bah, chroniqueur islamique et imam de la mosquée de Koloma

Plus loin Oustaze Ramadan a rappelé qu’on ne doit pas oublier aussi dans le Coran « Dieu nous dit que lorsque le prophète Mohamed (PSL) recommande quelque chose, il faut l’appliquer. Et lorsque le Prophète Mohamed (PSL) interdit une chose, il faut s’abstenir de le faire. Ça, c’est un verset du Saint Coran. Ce verset nous ramène sur les hadiths du Prophète Mohamed (PSL) qui a autorisé l’excision et qui se pratiquait à son temps. Donc, au nom de la religion, il n’y a pas à redire là-dessus », a-t-il dit.

En ce qui concerne les problèmes sanitaires que l’excision provoque chez la femme, l’imam s’interroge. « Aujourd’hui, la médecine moderne nous dit que cette pratique n’est pas bonne. Elle provoque des maladies et entraine parfois même la mort. Mais la question qu’on se pose, pourquoi nos grands parents qui la pratiquaient vivaient plus longtemps que nous ? Ils étaient beaucoup plus en bonne santé que nous… »

Devant la polémique autour de cette question, Oustaze Ramadan appelle les autorités religieuses à agir. « Cette question commence à faire des polémiques et ce n’est pas normal. Donc les autorités religieuses, à savoir le secrétariat général des affaires religieuses, la ligue Islamique, le conseil islamique, doivent nous aider pour trancher définitivement cette polémique, pour que tout le monde comprenne une fois pour toutes. Auparavant, il y avait des sermons qui venaient dans les mosquées et qui disaient aux gens de pratiquer l’excision. Mais ces derniers temps, ces sermons ne viennent plus. Donc, c’est aux autorités religieuses de venir en aide pour que tout le monde comprenne une fois pour toute », a-t-il conseillé.

Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 589 527/654 416 922

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Entretien avec Fama Sanoh, sous-préfet de Kankalabé (texte et vidéo)

20 août 2019 à 1 01 07 08078

Guineematin.com reçoit aujourd’hui monsieur Fama Sanoh, sous-préfet de Kankalabé, située à 85 km du chef-lieu de la préfecture de Dalaba, dans la Région Administrative de Mamou. Enseignant de profession, notre invité de la semaine a près de 20 ans d’expérience dans l’administration du territoire. Kankalabé où il a pris service le 24 septembre 2015 est son troisième poste dans les fonctions de sous-préfet en République de Guinée.

Dans cet entretien vidéo exclusif, monsieur Fama Sanoh nous présente brièvement sa collectivité locale, explique les difficultés auxquelles il est confronté dans l’exercice de ses fonctions à Kankalabé, exprime des soucis de sécurité pour les ses administrés et décline les besoins prioritaires des populations locales, sous la conduite d’une nouvelle équipe du conseil communal travaillant en harmonie avec la tutelle et les ressortissants…

Décryptage !

Guineematin.com : Bonjour monsieur le sous-préfet !

Fama Sanoh : Bonjour, mon frère !

Vous-êtes le sous-préfet de Kankalabé depuis le 24 septembre 2015, date à laquelle vous avez pris service ici. Présentez-nous brièvement cette sous-préfecture !

La sous-préfecture de Kankalabé fait partie des 9 sous-préfectures de Dalaba. Elle est située à 85 km du chef-lieu de la préfecture de Dalaba. Elle est composée de 8 districts pour une population de près de 15.000 habitants et 37 secteurs.

Tous les services déconcentrés de la préfecture sont représentés à Kankalabé, qui est une sous-préfecture à vocation sylvo-agropastorale. On a des plaines aménagées et aménageables.
Le commerce est à peu près florissant, parce qu’on a un marché hebdomadaire le dimanche où toutes les sous-préfectures environnantes se réunissent ici.

Sur le plan de la quiétude sociale, la paix règne dans notre sous-préfecture. Nous travaillons avec une commune composée de 17 membres, à sa tête un maire et deux vice-maires, plus les conseillers, gérés par un secrétaire général et un receveur sur le plan administratif. A peu près, tout va bien ici.

En prenant service ici, au mois de septembre 2015, qu’est-ce qui vous a de plus marqué au départ ?

En prenant service ici, j’ai remarqué qu’à Kankalabé, les ressortissants s’investissent dans le développement de la localité. On a des ONG locales qui interviennent dans divers domaines. Sur le plan de la foresterie, on a des ONG qui s’investissent pour le reboisement. Nous sommes en accord avec une ONG française qui intervient sur le plan non seulement du reboisement mais aussi sur le plan éducatif. Ils nous aident dans notre lycée ici où ils participent à la construction des édifices scolaires. Ils nous envoient aussi du matériel de travail comme les ordinateurs. Ils nous ont aidés à faire un complexe sportif : basket, volley et handball. De l’eau potable pour les élèves. Ils ont même électrifié le lycée. La bibliothèque aussi est bien garnie.

Au niveau de la santé aussi, ils interviennent en nous envoyant des petits médicaments. Ils participent à la création des forages. Kankalabé est en voie d’aller un peu de l’avant par rapport non seulement à la participation de la communauté, à travers les ressortissants, mais aussi l’intervention de l’Etat, parce qu’avant l’arrivée de l’ANAFIC, le PACV est aussi intervenu dans la construction des écoles, des postes de santé.

Le défi qu’on a à interpeller, c’est le problème d’infrastructures routières parce que Kankalabé et ses 8 districts, l’accès un peu difficile. Kankalabé et le chef-lieu de la préfecture de Dalaba, l’accès est un peu difficile. C’est donc le problème qui nous assaille un peu sur le plan des infrastructures routières.

Quels sont les aspects qui ne fonctionnaient pas très bien à votre installation et que vous avez réussi à redresser au fil du temps en collaboration avec les autorités communales ?

Notre rôle dans ça avec les nouvelles autorités communales, c’est surtout basé sur l’assainissement. Je veux vous dire sans risque de me tromper, on peut s’enorgueillir et dire qu’après Conakry, Kankalabé est l’une des sous-préfectures les plus propres, parce qu’à la base, avec l’appui de la commune, on a initié les femmes. Le marché hebdomadaire de Kankalabé, c’est dimanche. Mais, après, dès le lundi, toutes les femmes, près de 100 à 150 femmes se réunissent pour rendre le village très propre. Je vous disais que Kankalabé, c’est une ville propre, c’est l’occasion pour moi de profiter pour interpeller l’autorité pour aider ces braves femmes en nous aidant sur le plan du matériel, parce que l’assainissement demande beaucoup de moyens. Et là-aussi, la commune nous a beaucoup appuyé dans cette initiative. Chaque matin, les femmes sont là les dimanches, le lundi matin pour nettoyer le village. C’est l’aspect le plus important que j’ai dans ma tête.

Sur le plan du reboisement, il faut dire que Kankalabé est un village vert, parce qu’on a plus de 75 à 80 hectares de forêts classées primaires, communautaires ou privées dans la sous-préfecture. Ce ne sont pas que des commentaires. C’est lui qui n’est pas sûr, il n’a qu’à venir voir. On a ça ici.
Avec la commune, réellement, les relations sont très bonnes. Nous travaillons ensemble. Et notre souci permanent, c’est le problème de sécurité. Bien que depuis que je suis venu, on n’a pas eu de problèmes extraordinaires, mais on n’a que deux agents pour une population de près de 15.000 habitants et Kankalabé se trouve au cœur du Fouta, parce qu’on est entouré par beaucoup de sous-préfectures des préfectures de Dalaba, de Labé, de Tougué, c’est un pôle économique attractif. Ce qui fait la sécurité nous inquiète un tout petit peu. Malgré qu’on n’a pas, depuis que je suis venu, eu des choses qui nous empêchent de dormir.

Nous venons de sortir des examens nationaux de fin d’année scolaire 2018 – 2019. Quels sont les résultats enregistrés par Kankalabé à l’élémentaire et au secondaire ?

Avec les résultats de cette année, le constat est amère, parce qu’à l’école primaire, on n’a pas fait un grand pourcentage. On a eu 6 élèves admis dans toute la sous-préfecture, sur près de 150 candidats. Ce qui était au-dessous de nos attentes. Au brevet, à Kankalabé centre sur 50 candidats, il n’y a eu que 15 admis. On a été un peu soulagé par rapport au bac, parce qu’en terminale Sciences Sociales, sur 13, on a 6 admis. En Sciences Maths, sur 3, on a zéro admis.

Ce facteur-là nous a permis de réfléchir. D’ici l’ouverture de tirer les leçons, parce que l’échec-là est du à beaucoup de facteurs. Vous savez mieux que moi que la grève a un peu perturbé l’élan de l’année scolaire. Cela a un peu influencé sur ce qui se passe et au niveau des enseignants et au niveau des élèves.

Mais, je crois qu’avec l’appui de tout le monde, la commune, la sous-préfecture, l’APEAE et les enseignants, nous allons tirer les leçons pour que l’année prochaine on ait un bon résultat, parce que c’est une première à Kankalabé qui a toujours donné de bons résultats. On gagne souvent de 80 à 90% d’admis.

Parlez-nous un peu du secteur de la Santé !

La santé, on se bat grâce à l’appui de nos ONG et de nos partenaires. On a près de 8 postes de santé. Et le centre de santé est là, il est un peu amélioré par rapport à l’après Ebola. L’Etat a investi des moyens au niveau des centres de santé. Les 8 postes de santé de Kankalabé sont tous fonctionnels. Les vaccinations aussi, quand le moment arrive, les gens s’investissent. On sensibilise avec le COSA pour permettre aux femmes d’envoyer les enfants de 0 à 5 ans dans le programme de vaccination.

Avec l’affaire de moustiquaires aussi, chacun a reçu ce qu’il doit avoir. On a sensibilisé pour que chaque famille utilise ses moustiquaires à bon échéant.

Et l’hydraulique villageoise ?

L’hydraulique villageoise aussi, on a des forages. On a beaucoup de forages et toujours avec nos partenaires, ils nous aident à la réparation de ces forages. Bien qu’on a des besoins. Les forages qui sont faits par l’Etat, par les ONG et les privés qui ont installé même des pompes dans les petits villages permettent au moins d’éviter les maladies hydriques au niveau de la population.

Quelles sont les difficultés que vous rencontré dans l’exercice de vos fonctions de sous-préfet ?

Les difficultés que je rencontre sur le plan administratif, c’est sur le plan infrastructurel. Le logement du sous-préfet qui est construit depuis 1968 n’est pas de bonne qualité. Il faut le reconnaître. Etant représentant de l’Etat, le symbole de l’Etat doit être visible.

Aussi, les difficultés qu’on a sont des difficultés d’ordre matériel. Le sous-préfet n’a pas de moyen de locomotion par rapport aux activités que nous menons. Nous interpellons l’Etat par rapport à ça. On nous a fait des promesses, on attend…

Justement, nous apprenons que les partenaires qui font la promotion des communes de convergence ont décidé d’accompagner l’Etat à équiper les administrations locales. C’est dans ce cadre qu’on annonce de nouvelles motos pour les sous-préfets…

Nous ne sommes pas une commune de convergence. Mais, grâce au président de la République, nous avons appris que nous devons avoir des moyens de locomotion. Pour le moment, on n’a pas reçu d’abord. Mais, on a l’espoir que les motos-là vont venir pour nous permettre de nous déplacer et mener nos activités à bon échéant.

Dans beaucoup de collectivités, nous avons retrouvé des élus analphabètes. Cette réalité complique souvent l’application du code des collectivités sur le terrain, puisque généralement ces élus prennent leurs désirs comme principes. Est-ce que c’est le cas à Kankalabé ?

Ce n’est pas Kankalabé seule qui a ces difficultés. La plupart des élus ne connait pas le code des collectivités. Notre souci, c’est comment les former. Le besoin est là. L’Administration du Territoire, envisage de venir former les conseillers par rapport à cet élan. Mais, nous ici, chaque fois que l’occasion nous est présentée, on explique au conseil ce qu’il doit faire par rapport au code des collectivités. Mais, la formation, nous la souhaitons aux conseillers. Ce n’est pas à Kankalabé seulement. La plupart des conseillers n’est pas lettré. Des fois, il y a donc, déphasage avec ce qu’ils font et ce qui doit être fait par rapport au code des collectivités. Mais, nous pensons que l’occasion viendra pour les former de façon très formelle face à ces petites difficultés qu’ils ont. Mais, tout notre souci ici, c’est sur le plan du développement. Il n’y a pas de partis pris. Le maire qui est élu et ses conseillers savent qu’ils sont là pour le développement, sans politiques, sans considération de part et d’autres. Leur objectif, c’est le développement. Et nous, en tant qu’autorité, en tant que représentant de l’Etat, on est là à les renforcer par rapport à cet élan.

Il y a combien de partis politiques qui sont représentés au sein de ce conseil communal de Kankalabé ?

Il y a trois (3) partis politiques représentés dans le conseil communal de Kankalabé. Ils sont 17 conseillers. Il y a l’UFDG majoritaire, le RPG et l’UPR.

Quel regard portez-vous sur le plan annuel d’investissement de la commune de Kankalabé ?

Grâce aux efforts fournis par le gouvernement par rapport à l’ANAFIC, Kankalabé a bénéficié des fonds comme les autres communes de la Guinée. Notre objectif, c’est donc, à travers le conseil communal, nous avons priorisé des actions. Cette année, avec près d’un milliard 200 millions de francs guinéens qu’on a reçu, on a envisagé de faire une nouvelle commune digne de nom et reconstruire l’école primaire de Kankalabé qui date de 1929. Aussi, grâce à l’initiative présidentielle, de faire le foyer des jeunes, encore appelé la maison des jeunes. Ces trois actions sont donc prioritaires et par la grâce de Dieu, si les fonds sont mis à notre disposition, cela sera fait. Et l’année prochaine aussi, on va voir aussi comment il faut faire. On va priorisé les actions, grâce aux conseillers.

Quelle est la situation de la jeunesse de Kankalabé ?

La jeunesse de Kankalabé est là. Elle participe à beaucoup de nos actions mais elle a besoin d’être soutenue, d’être renforcée, d’être encouragée par rapport à ce qu’elle doit faire. C’est pourquoi j’ai dit, quand la maison des jeunes va finir, on va chercher à les regrouper, créer ce qu’on appelle le CECOJE, centre d’écoute, de conseil et d’orientation des jeunes, pour leur permettre d’être là-bas, d’apprendre beaucoup de chose, pour leur éviter non seulement les travers sociaux donc l’alcool et le banditisme, mais aussi fixer des objectifs en créant des petits projets afin de les maintenir, pour éviter ce que nous connaissons tous, l’immigration.

Parlant de l’insécurité, vous avez dit que vous avez 2 agents. Nous savons que dans la région, le vol de bétail est un fléau. Quelle est la situation de Kankalabé à ce sujet ?

Depuis que je suis venu, je n’ai pas subi ce cas. C’est rare. Je ne dis pas que ça n’existe pas mais c’est rare. Quelques temps, on apprend qu’un animal est égorgé par-là. On a pris tout, on a envoyé. Mais, ce que vous entendez, vol de bétail de façon grande, n’existe pas très bien à Kankalabé ici, parce qu’il faut qu’on se le dise. Mais, de temps en temps, on apprend que quelqu’un est venu trouver qu’on a égorgé son animal. On a pris une partie de l’animal, on a laissé le reste. On mène les petites enquêtes pour voir quelles sont les complicités internes qui s’associent à ça.

En tant que sous-préfet, quel est le domaine dans lequel vous n’avez pas réussi à vous faire entendre par vos administrés sur le terrain ?

Je crois que, je ne sais pas si c’est une chance, moi, personnellement, je n’ai pas assez de problèmes avec mes administrés. Chacun a un objectif à atteindre. Chaque fois, on a des réunions. De temps à autres, chacun vient faire le constat de ce qui se passe. Et les petites difficultés qu’on a cette année, c’est par rapport à l’agriculture, par rapport aux engrais, parce que la campagne agricole est là. Cette année, on n’a pas reçu d’engrais pour la campagne 2018-2019. Ce sont les engrais de l’année passée qu’on a. Mais, vous savez, Kankalabé est une zone agricole. La plaine de Mansa qu’on a, a près de 800 à 1000 ha. Tout le monde se focalise là-bas. Mais, cette année, l’engrais a un peu retardé et la pluviométrie que vous savez mieux que moi a perturbé la campagne agricole. Voilà, j’ai ce souci parce que la priorité de la Guinée, c’est l’agriculture. Quand elle se développe, le pays se développe. Avec le conseil communal, chaque fois, on partage, les populations nous embêtent par rapport aux engrais.

Avez-vous un autre message à nous confier ?

Le message que j’ai à vous confier, c’est un message de paix, d’entente et de bonne collaboration dans le cadre du développement de Kankalabé. Mon souci, en tant que représentant de l’Etat, c’est le développement. On se battra avec le conseil pour que Kankalabé soit un pôle d’attraction de la Guinée.

Entretien réalisé à Labé par Idrissa Sampiring DIALLO
Tél. : (00224) 622 269 551 & 657 269 551 & 660 901 334

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New York : grogne à l’UFDG, 3ème mandat, visite aux Nations Unies… Cellou Dalein à Guineematin

18 juillet 2019 à 16 04 10 07107

Le Chef de file de l’opposition guinéenne, Elhadj Cellou Dalein Diallo, séjourne depuis quelques jours à New York, aux Etats-Unis d’Amérique. Le président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) est en compagnie de son épouse, Hadja Halimatou Dalein Diallo.

Au cours de cette visite très chargée, avec de multiples rencontres, Cellou Dalein a accordé une interview au correspondant de Guineematin.com basé au pays de l’Oncle Sam. Dans cet entretien, le principal opposant au régime d’Alpha Condé revient sur l’objectif de son déplacement à l’étranger et sur l’actualité sociopolitique de la Guinée.

Guineematin.com : pour commencer, dites-nous pourquoi êtes-vous sorti avec madame Diallo cette fois-ci ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : moi, je devais venir ici pour rencontrer les fédérations, mais aussi pour alerter les Nations Unies et l’administration américaine sur les risques qui pèsent sur la paix et l’unité en Guinée, sur les velléités de monsieur Alpha Condé de changer de constitution afin de s’octroyer une présidence à vie. Et, madame Diallo aussi était invitée par les femmes de la Grande Bretagne et des Etats Unis. Donc, on est venus ensemble.

Guineematin.com : il paraît que ça grogne dans votre parti, qu’il y aurait des mécontents ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : vous savez, l’UFDG comme dans tous les grands partis, des incidents peuvent arriver. Mais, ça ne met pas en cause la cohésion de l’équipe. Il peut y avoir des problèmes de leadership dans une grande organisation comme l’UFDG, mais ça ne met nullement en cause la cohésion et la force de l’équipe. Ce n’est même pas des choses qui méritent d’être évoquées. Il y a toujours des petits soucis, ici et là, mais il n’y a pas quelque chose qui mettrait en cause la cohésion de l’équipe qui travaille au tour du président.

Guineematin.com : avec l’état actuel de la Guinée, l’injustice, la division ethnique, l’insécurité, la misère, la mafia au sein de l’Etat. Est-ce que vous êtes réellement prêts à diriger la Guinée ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : c’est pour pourquoi je souhaiterai diriger la Guinée. Je sais qu’il y a une mauvaise gouvernance, la corruption, il y a la division du pays, il y a la qualité des infrastructures qui ne nous satisfait pas, la qualité de l’éducation, l’unité nationale a été sévèrement menacée. J’ai l’ambition de réconcilier les guinéens, d’améliorer l’état de l’enseignement, de permettre au pays d’avoir un système éducatif plus performant, de moderniser les infrastructures et de créer une société moderne. C’est pourquoi je fais la politique. Si tout était bon, peut-être que je n’aurais pas fait la politique. Mais, j’estime qu’il y a beaucoup de choses à faire : il y a la pauvreté, il y a le chômage des jeunes en particulier qui à mon avis, ne sont pas des fatalités. Il suffit qu’on ait des politiques publiques plus performantes pour créer des opportunités d’emplois, pour améliorer les infrastructures, pour améliorer l’enseignement, se doter d’un système éducatif plus performant pour faire de la Guinée un pays où il fait bon vivre. C’est parce qu’il y a cette mauvaise gouvernance dont vous parlez, la corruption, le détournement des deniers publics, que j’ai décidé de faire la politique. C’est pour changer ça et répondre aux attentes de la population.

Guineematin.com : dans ce cas, si vous êtes élu président de la République en décembre 2020, combien de temps donneriez-vous au peuple de Guinée pour qu’il sente le changement tant attendu ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : écoutez, c’est toujours un processus (rires). Le processus de réconciliation, c’est un processus qui n’est pas facile. On a malmené l’unité nationale, on a divisé les guinéens en fonction de leur appartenance ethnique, en fonction même de leur appartenance politique. Mon ambition, c’est de faire en sorte que chaque guinéen, quel que soit le parti auquel il appartient, quel que soit l’ethnie dont il est ressortissant, qu’il soit en sécurité, et lui et ses biens, et qu’il puisse exercer pleinement tous les droits qui lui sont reconnus par les lois de la République. Et, je ferai en sorte qu’il y ait plus de tolérance, plus de fraternité et plus de compréhension avec les différentes composantes politiques et socioprofessionnelles.

Guineematin.com : vous portez confiance au FNDC. Et si c’était une diversion pour permettre à Alpha Condé de mieux préparer son coup. Quel contrôle avez-vous sur ce front ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : je suis membre-fondateur du FNDC. Ce n’est pas une diversion, c’est un mouvement qui rassemble en son sein la quasi-totalité des partis politiques guinéens, les organisations de la société civile, des syndicats, des artistes, des grands intellectuels, des magistrats et tous ceux qui veulent barrer la route aux promoteurs du 3ème mandat pour que la Guinée puisse être une démocratie apaisée, capable de permettre une alternance démocratique ; pour ne pas qu’on soit chaque fois obligé d’attendre que le Chef d’Etat meurt pour qu’il y ait l’alternance. Il faut que, si le peuple veut sanctionner un dirigeant, qu’il vote contre lui et qu’on limite le nombre de mandats à exercer par un président. Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs ou non, a dit notre constitution. Il faut qu’on veille au respect de ça.

Guineematin.com : on a entendu ces derniers temps Mahamadou Issoufou du Niger et Georges Wéah du Libéria contre les chefs d’Etat qui voudraient modifier la constitution pour s’éterniser au pouvoir. Quelle lecture faites-vous de la position des chefs d’Etat de la CEDEAO, de l’Afrique et de la communauté internationale en générale sur le projet de changement de la constitution et le 3ème mandat en Guinée ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : je crois qu’Alpha Condé est seul dans ce projet. Ses amis les plus proches : on a écouté Me Boukounta, on a écouté Albert Bourgi. Il y a beaucoup qui ne se sont pas exprimés publiquement, mais qui ont essayé de nous faire passer le message. C’est une initiative dangereuse pour la paix, pour la stabilité de notre pays et de la sous-région. Je pense qu’il y a beaucoup d’autres qui ont essayé de le dissuader et malheureusement comme il s’entête, je crois que ça ne sera que malheur pour lui-même. Parce qu’il aurait pu sortir par la grande porte, sortir avec les honneurs et considération qui lui seraient dû en tant qu’ancien président, même si sa gouvernance a été catastrophique, il aurait pu quand même organiser des élections libres, transparentes et transférer le pouvoir à celui que le peuple de Guinée aurait choisi. Mais, il persiste. Je sais qu’il y a beaucoup de personnalités extérieures et même intérieures qui ont essayé de le dissuader. Mais, jusqu’à présent, je pense que ces personnalités n’ont pas réussi à faire fléchir monsieur Alpha Condé qui ne veut pas du tout quitter le pouvoir.

Guineematin.com : vous étiez aux Nations Unis, vous avez rencontré les représentants de la communauté internationale certainement. Est-ce qu’on peut savoir ce que vous vous êtes dit là-bas ?

Elhadj Cellou Dalein Diallo : j’étais aux Nations Unis, j’ai rencontré la secrétaire générale adjointe des Nations Unis. D’abord, je lui ai remis le mémorandum du FNDC et ensuite je lui ai expliqué la situation qui prévaut en Guinée, et surtout les risques, les menaces qui pèsent sur la stabilité et qui sont liées cette velléité de monsieur Alpha Condé de changer de constitution. J’ai parlé bien entendu des problèmes économiques, des problèmes sociaux, au plan politique, économique dans le pays, un pays où les droits humains ne sont pas respectés, où la démocratie a reculé ces derniers temps, où il y a un pillage systématique des ressources naturelles. Donc, nous y avons été pour dénoncer tout cela.

Propos recueillis à New York par Mamadou Diouma Diallo pour Guineematin.com

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Est-il obligatoire de jeûner les 6 jours après le Ramadan ? Entretien

5 juin 2019 à 21 09 49 06496
Oustaz Mohamed Ramadan Bah, chroniqueur islamique et imam à Koloma

La communauté musulmane a célébré hier, mardi 04 juin, la fête marquant la fin du mois saint de Ramadan 2019. Après 29 jours de jeûne et de pénitence, il est de coutume chez les fidèles d’observer six (6) autres jours de privation. Mais, quelle est l’importance de jeûner six jours du mois suivant le Ramadan ? Est-ce une obligation pour le fidèle d’observer ces six autres jours de pénitence ?

Pour répondre à ces questions, un reporter de Guineematin.com a donné la parole à Oustaz Ramadan Bah, chroniqueur et imam à la mosquée de Koloma, dans la commune de Ratoma.

Guineematin.com : généralement, après la fête du Ramadan, certains fidèles musulmans continuent à jeûner 6 jours supplémentaires. Parlez-nous de l’importance de ces jours.

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : Les 6 jours sont authentiques. C’est un hadith du prophète Mohamad (PSL) qui parle de cela. Celui qui jeûne le mois de Ramadan et fait suivre les 6 jours du mois de Chawal, c’est comme s’il avait jeûné toute l’année. Donc, c’est très important de jeûner ces 6 jours. Chacun veut avoir beaucoup de récompenses chez Allah. Donc, c’est une occasion de faire peu pour avoir beaucoup. Jeûner le mois de Ramadan et faire accompagner ce mois de 6 jours est une occasion qu’il faut saisir quand on a les capacités. Le jeûne n’est pas obligatoire, il est surérogatoire. Ceux qui peuvent tenir peuvent observer ces 6 jours du mois de Chanwal.

Guineematin.com : par rapport à ces six jours, on remarque que les jeûneurs le font par intervalles. Ils le font aujourd’hui et attendent un jour après pour continuer. Est-ce normal ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : oui c’est normal. On peut faire des intervalles. Il n’y a pas de problèmes de jeûner et attendre encore si vous voulez 2 ou 3 jours puis de continuer. Ce n’est pas condamnable, c’est dans la mesure du possible. Mais, ce qui est dit, c’est d’avoir les 6 jours dans le mois. Il n’est pas dit de les jeûner successivement.

Guineematin.com : est ce que c’est une obligation de jeûner ces 6 jours ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : non, ce n’est pas une obligation. C’est seulement le jeûne du mois de Ramadan qui est obligatoire. Le reste dans l’année, c’est surérogatoire. C’est une question qui est bien posée parce qu’il y a certains, dès que le mois de Chanwal commence, s’ils voient quelqu’un en train de manger, automatiquement, ils le haïssent et le taxent des noms qui ne sont pas bien ; alors que ce jeûne est surérogatoire. Il n’y a aucune sanction contre ceux qui n’ont pas observé les 6 jours. Mais, les récompenses sont immenses pour ceux qui ont jeûné les 6 jours, surtout quand nous savons que le jeûne du mois de Ramadan seulement efface les péchés de toute l’année. Si le serviteur se méfie des grands péchés et les 6 jours qui accompagnent ce mois de Ramadan, c’est autre chose. Donc, là, la récompense est grande. On ne peut pas dire sûrement qu’il entrera au paradis ; mais, il est proche de celui qui va entrer au paradis

Entretien réalisé par Touré Amadou Oury pour Guineematin.com

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Religion : voici comment doit se comporter le musulman le jour de la fête de Ramadan (interview)

3 juin 2019 à 15 03 23 06236

Les fidèles musulmans s’apprêtent à célébrer la fête marquant la fin du mois saint de Ramadan. Un mois marqué par la maitrise de soi, des prières et invocations pour bénéficier de la miséricorde divine. Le jour de la fête, il arrive que des fidèles musulmans, après avoir passé un mois de pénitence, reprennent des comportements répréhensibles.

Pour parler du comportement d’un musulman le jour de la fête, un reporter de Guineematin.com a donné la parole à Oustaz Mamadou Oury Diallo, directeur du centre Alhadis pour les sciences légiférées, imam râtib de la mosquée de Nassroullaye 3, dans la commune de Ratoma.

Guineematin.com : la communauté musulmane s’apprête à fêter l’Aïd el Fitr ou la fête marquant la fin du mois de Ramadan. Quel est le comportement que le fidèle musulman doit adopter le jour de la fête ?

Oustaz Mamadou Oury Diallo : nous remercions le Tout Puissant Allah pour sa grâce et sa miséricorde, qui nous a accordé des actes d’adoration que nous célébrons tous les jours et tous les mois, notamment dans le mois de Ramadan, donc un mois de pénitence, un mois d’exercice, un mois de rapprochement d’Allah. Et vous savez que maintenant, nous tendons vers la fin de cette adoration, vers la fin du mois de Ramadan. Cette fin aussi est marquée par une fête symbolique pour la communauté musulmane, pour fêter, entrer dans la joie, dans la satisfaction parce que nous avons adoré Allah durant 29 ou 30 jours.

Maintenant, la fête ne signifie pas désobéissance, la fête ne signifie pas d’aller au delà des limites, car l’Islam est une religion complète qui a légiféré sur l’ensemble des aspects d’un bon musulman, que ça soit entre lui et sa femme ou entre lui et ses voisins ou de sa communauté avec laquelle il est en train de mener une vie. Le jour de la fête est un jour de remerciement d’Allah qui nous a accordés la santé, une longue vie et nous avons pu observer cet acte d’adoration. Donc, il faut fêter conformément aux règles qui régissent la fête d’un musulman.

Guineematin.com : quelles sont ces règles ?

Oustaz Mamadou Oury Diallo : le musulman est appelé, le jour de la fête, d’invoquer le nom d’Allah, après avoir consommé une chose, parce que pour marquer la fin du ramadan, il faut essayer de montrer aux gens que le jeûne est fini en consommant quelque chose avant d’aller à la prière. Donc, c’est une règle et aussi un règlement et le musulman est appelé à invoquer le Tout Puissant Allah en allant au lieu de la prière en disant « ALLAHOU AKBAR, ALLAHOU AKBAR, LAILAHA ILALLAH ALLAHOU AKBAR, ALLAHOU AKBAR WA LILLAHILHAMDOU ».

Le début, c’est dès que le musulman s’oriente vers le lieu de la prière jusqu’à ce qu’il revient à la maison. Donc, il est appelé à faire ces invocations. Il est aussi légiféré que le musulman essaye de se rendre beau parce que c’est le jour de la fête, il ne doit pas sortir entre les gens pendant qu’il est mal habillé. Si la personne a les possibilités pour se rendre belle en s’achetant de nouveaux habits, elle peut le faire. Et si aussi elle n’a pas les possibilités, elle doit recycler ses anciens habits en les rendant beaux comme il n’a pas les capacités financières lui permettant d’acheter une tenue de fête.

Guineematin.com : le plus souvent, certains fidèles musulmans empruntent deux voies. C’est-à-dire la route utilisée à l’aller ne sera pas celle empruntée au retour. Est-ce normal d’agir ainsi ?

Oustaz Mamadou Oury Diallo : oui, il est aussi demandé aux musulmans d’emprunter deux voies. Une route pour aller accomplir la prière et une autre pour le retour. Voilà quelques règlements, voilà quelques comportements que le musulman doit adopter le jour de la fête.

Guineematin.com : que dire de ceux qui n’empruntent pas deux voies pour aller à la prière ?

Oustaz Mamadou Oury Diallo : il n’y a pas de sanction qui est réservée contre ces gens là. Seulement, il n’a pas respecté la sounna du prophète Paix et Salut sur Lui. Mais, celui qui a emprunté une seule route n’a aucune sanction. Donc, il n’y a pas de sanction réservée à celui qui n’a pas utilisé les deux routes. Mais, l’idéal voudrait que le musulman utilise deux voies ce jour-là.

Guineematin.com : est-ce qu’il est conseillé de veiller le jour de la fête ?

Oustaz Mamadou Oury Diallo : aller se promener ou se recréer n’est pas du tout interdit en principe. C’est aller faire des désobéissances qui est condamné, par exemple consommer de l’alcool ou entretenir des rapports charnels. En ce moment, la sortie devient illégale et illicite. Mais, sortir en tant que tel pour aller prendre un jus ou un gâteau n’est pas interdit ce jour par la religion musulmane.

Guineematin.com : quel message avez-vous à lancer aux fidèles musulmans qui vont lire ces lignes ?

Oustaz Mamadou Oury Diallo : mon message, c’est d’appeler mes frères et sœurs musulmans à se conformer de plus aux enseignements de l’islam. Nous avons fait une observation pendant le mois de ramadan, la ville de Conakry est très belle par ce que les musulmans sont conformes, ils sont soumis à la volonté d’Allah. Il n’ya pas de musique, pas de vol, pas de braquage tout le monde était content du fait que les maux dont souffrait la population sont stoppés.

Donc, nous pouvons changer comme on a la possibilité de le faire, c’est de continuer à se soumettre avant, pendant et après le Ramadan. Le musulman est celui qui se soumet à Allah. La seule différence est qu’il doit renforcer cette soumission pendant le mois de Ramadan. Il faut suivre le bon chemin, car c’est celui-là qui mène vers Allah.

Propos recueillis par Touré Amadou Oury pour Guineematin.com

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Dix derniers jours du Ramadan, rôle du croyant, calendrier lunaire… Dr Alhoussény à Guineematin

21 mai 2019 à 21 09 47 05475
Dr Alhoussény Diallo, ancien inspecteur général aux affaires religieuses

Les fidèles musulmans continuent d’observer le jeûne du mois saint de Ramadan, entamé depuis le 05 mai 2019. L’on se rapproche des dix derniers jours de ce mois de pénitence, qui doivent être marqués par des prières nocturnes intenses telles que recommandées par l’Islam.

Pour parler du Ramadan en général, des dix derniers jours en particulier, des vertus du jeûne, du rôle de l’homme dans sa communauté, du calendrier lunaire musulman, utilisé dans notre pays et dont il est le concepteur, Guineematin.com a reçu la visite dans ses locaux de Dr Alhoussény Diallo. Ce septuagénaire, originaire de la sous-préfecture de Brouwal Sounki, dans Télimélé, est détenteur d’un doctorat en Théo-Pédagogie, ancien inspecteur général aux affaires religieuses. De nos jours, Dr Alhoussény Diallo est enseignant-chercheur à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, au département Langue Arabe.

Guineematin.com : d’entrée de jeu, quelle est l’importance de ces 10 derniers jours du mois de Ramadan dans la vie du musulman ?

Docteur Alsény Diallo : d’abord, nous sommes dans un mois de pardon et de tolérance, vous savez que le ramadan est le quatrième pilier de l’islam. C’est le fondement de la religion, mais n’oubliez pas qu’il y a beaucoup de choses à faire. Quand vous prenez la journée qui a 24 heures, vous partagez ce temps comme suit : 8h de travail, 8h pour le sommeil et enfin 8h pour les affaires sociales, maintenant que reste-t-il à la prière ? Pas trop. Les cinq prières quotidiennes ne peuvent pas prendre plus d’une heure, comme en tout c’est 17 rakats. Si vous augmentez 17 autres rakats pour la prière nocturne, vous ne prendrez pas plus de 2heures. Et maintenant, c’est seulement ces deux heures qui sont exclusivement réservées à la prière. Quand tout se limite à ça, vous comprendrez que le temps est court. Maintenant, Dieu le miséricordieux nous a accordés ce mois de Ramadan pour l’adorer en toute circonstance. C’est seulement ce mois de ramadan qu’on a pour L’adorer au moins 12 heures par jour de l’aube à 19 h, parce que tant que tu es à jeûne, tu ne fais qu’adorer Dieu, parce que même pendant la nuit, dans le sommeil, quand tu es bien purifié, tu es en train de l’adorer. A part ça, le Ramadan ne demande pas à ce qu’on abandonne de faire le mal seulement pour la circonstance, car tel n’a jamais été une autorisation avant le mois. Donc, de ce point de vu là, il s’agit de respecter les principes religieux pour pouvoir adorer Dieu dans des conditions normales en se méfiant de tout ce qui est interdit par le prophète Mohamad (Paix et Salut sui Lui). Et surtout n’oublions pas que c’est pendant ce mois que le Coran a fait son apparition. Il est conseillé encore aux musulmans de s’abstenir de parler du mal, de voler, d’insulter, de se bagarrer avec quelqu’un d’autre. Il est appelé à renforcer le bon comportement, à cultiver l’amour et la tolérance. Même manger et boire s’inscrivent dans le cadre d’adorer Dieu, si les conditions sont satisfaites, c’est-à-dire reconnaitre les bienfaits de Dieu, à plus forte raison si tu pries ou tu lis le Coran.

Guineematin.com : que dire des dix derniers jours du mois de Ramadan ?

Docteur Alsény Diallo : pour honorer ses créatures, Dieu a envoyé les 10 derniers jours du mois de ramadan pendant lesquels, on doit identifier la nuit de Laylatoul Ghadri dans les nuits impaires pour implorer la grâce d’Allah. Cette nuit équivaut à l’adoration de 1000 mois. Et, 1 000 mois nous font 83 ans 4 mois, qui correspondent à la vie d’un homme qui adore Dieu de façon réaliste, c’est l’équivalent à la nuit de Laylatoul Ghadri. Imaginez pour celui qui vit pendant longtemps et qui profite bien de cette nuit. On multiplie les biens pour l’intéressé. C’est pourquoi pendant ces jours, le prophète Mohamed (PSL) revenait à la maison pour réveiller toute sa famille pour accomplir la prière. Donc, essayons de faire comme lui chaque fois. Maintenant, comment jeûner ? Et qui est intéressé par le jeûne ? Cesser de manger, boire, qui en veut ? L’âme n’aime pas ça, mais c’est une occasion de nous ramener sur le bon chemin. Dieu a fait appel à tout le monde : « vous les repentis, on a inscrit en vous le jeûne », pour éviter que les gens disent que le Ramadan est difficile. Il poursuit, « mais vous n’êtes pas les premiers à avoir pratiqué le jeûne, vos devanciers aussi ont jeûné ». Ça, c’est juste pour éviter que les gens se disent, pourquoi c’est seulement nous ? Maintenant, il nous a montré qu’il faut qu’on imite d’autres. Vous savez, on a fait venir la sourate « Bagharati Houdan lilmoustaghine » afin de faciliter la soumission, mais exception faite aux voyageurs et malades qui sont autorisés à ne pas jeûner, surtout les vieilles ou les faibles personnes. Mais, le plus important pour eux, c’est de jeûner pour mieux être récompensé. Après tout, Dieu dit que Ramadan, c’est le mois pendant lequel le Coran est descendu pour convaincre ses créatures de plus, c’est ainsi qu’il a exigé aux gens, celui qui est en bon état de santé, n’est pas en déplacement, de jeûner le mois de Ramadan. Un moment viendra où on ne va pas chercher la lune, les fidèles l’observeront seulement. Par exemple ce mois-ci, dans la nuit de dimanche à lundi, la lune a fait 42 minutes après le soleil. Ça suffisait pour l’observer. Nous nous connaissions ça. Donc, ceux qui n’ont pas débuté leur jeune le lundi (5 mai 2019, ndlr) ont raté le premier jour. Il dit, quand tu implores la grâce divine, il va te répondre positivement, surtout pendant ce mois de Ramadan. Seulement, il aime qu’on le flatte à tout moment pour qu’il puisse accorder ses grâces à ses créatures. Les prières formulées par un voyageur, quelqu’un qui a juste couper son jeun, ou à l’aube seront toujours exhaussées. Dieu ne s’éloigne pas et ne s’éloignera jamais de ses créatures.

Guineematin.com : au cours de votre intervention vous avez évoqué le cas des prières nocturnes dans les 10 derniers jours du mois de Ramadan avec le prophète Mohamad PSL qui revenait à la maison avec sa famille. Quel est le lieur le mieux indiqué pour ces prières-là ?

Docteur Alhoussény Diallo : tout est normal, mais le mieux, c’est de rester à la maison pour faire ses prières nocturnes. Mais, ces derniers temps, avec le mouvement salafiste, vous verrez des gens qui se mobilisent pour lire tout le Coran en une nuit, ce n’est pas grave. Le prophète n’a pas fait tout ce qu’il faut faire, mais il a fait tout ce qui est normal. Tout ce qu’il interdit, éloignons nous de ça et tout ce qu’il autorise, faisons autant que nous pouvons. Celui qui dit qu’il ne va pas faire, sauf ce que le prophète a fait, il aura beaucoup dit, et celui qui dit tout ce que le prophète a fait, il va le faire, il a exagéré par ce que ça n’existe pas et c’est impossible. Mais, ne faisons pas ce qui est interdit par le prophète. De toute façon, il nous a montré le chemin à suivre ce qui est bon pour le musulman.

Guineematin.com : on va changer de sujet pour parler du devoir d’un musulman vis-à-vis de sa société. Qu’est-ce qu’il est recommandé de faire pour la communauté ?

Docteur Alhoussény Diallo : c’est une question très importante. D’abord, la terre et le ciel et tout ce que nous ne connaissons pas, ont été créés pour faciliter la vie aux humains avant de demander à Adama et Hawa de rester là. L’inauguration de tout ça a été faite par ces deux. « Nous respectons l’être humain en le rendant supérieur à tout ce qui existe sur terre ». L’être humain, avec toute sa grandeur, quand nous demandons toute suite à quoi nous servons ? C’est quoi notre importance dans la société ? Je ne pense pas qu’on aura une réponse. Mais, tout ce que Dieu a créé nous sert. Vous verrez des gens qui disent que le serpent n’a aucune importance, alors que ce n’est pas vrai. Si le serpent n’était pas féroce, on n’allait pas avoir peur de lui ; et d’ailleurs, il y a des médicaments à base de serpent. Tout ce que Dieu a créé est important pour nous. Mais en revanche, c’est quoi notre importance dans la société ? On est utile au soleil ? A la lune ? A la terre ? Pour le ciel ? Quelle est notre mission alors ? Tout est utile pour nous. Mais nous, nous sommes utiles pour rien, voyez-vous. Dieu a créé tout pour nous et nous il nous a créés pour lui. Maintenant, comme nous ne servons à rien, alors que tout est utile pour nous, qu’est-ce qu’il faut faire ? C’est de rendre service à l’humanité pour bénéficier de la grâce d’Allah afin d’avoir son paradis. Quelqu’un avait demandé au prophète (PSL) un jour, parmi tous les humains, Dieu préfère qui ? En réponse, le prophète Mohamad (PSL) avait répondu Dieu aime beaucoup celui qui lui rend service de plus. Et celui qui est aimé par Dieu est toujours récompensé du bien. Et Dieu aime quoi au juste ? Il a répondu encore en disant « tout ce qui rend l’homme heureux ». Puis, « allez aider les gens à avoir à manger m’est beaucoup important que de rester dans ma mosquée ici », avait dit le prophète. Donc, il faut être utile à l’humanité et l’orienter vers le bon chemin, saluer les gens, leur serrer la main de façon normale, avoir un cœur ouvert et être de bonne moralité. Un autre jour, ils ont demandé au prophète qu’est ce qui est meilleur dans l’islam ? Il a répondu en disant que c’est la salutation, faire manger aux gens et se lever pour accomplir la prière pendant la nuit. C’est pour nous faire comprendre que notre paradis ou l’enfer est lié à l’humanité.

Guineematin.com : est-ce que dans ce cas c’est seulement pour les musulmans qu’il faut faire du bien ou c’est valable pour tout le monde ?

Docteur Alhoussény Diallo : je vous rappelle que les envoyés de Dieu, leur mission ne se limitait pas seulement qu’aux musulmans, mais à ceux qui ne sont pas musulmans. C’est valable pour tout le monde et tout ce que Dieu a créé. Si tu aimes Dieu, tu dois aimer forcement ses créatures. Il faut donc adorer Dieu en public et privé, être son esclave. Il faut être bon envers tout le monde pour sauver la face du musulman devant les autres, cherchez à mériter leur confiance.

Guineematin.com : donc, vouloir seulement adorer Dieu sans venir en aide aux gens, doit être fortement déconseillé ?

Docteur Alhoussény Diallo : non pas ça. Dans ce cas, il aura très mal adoré Dieu. Comment peut-on adorer Dieu sans le soutien des autres ? Qui lui sert à manger s’il faut adorer Dieu ? On ne peut pas s’éloigner des autres.

Guineematin.com : parlez-nous du calendrier que vous avez mis en place qui est aujourd’hui une référence. D’où est venue l’idée de sa préparation ?

Docteur Alhoussény Diallo : c’est en 1993 que je suis revenu de mes études. Cette année là, certains ont commencé le jeun lundi, d’autres mardi et puis une autre catégorie encore le mercredi. Donc, pendant trois jours. La nuit du Laylatoul Ghadri encore, ils l’ont faite jeudi, vendredi et samedi. Il n’y a pas eu d’entente. La fête a été aussi célébrée pendant trois jours : mercredi, jeudi, vendredi. Maintenant, quand vous faite le calcul, vous comprendrez que le mois a fait 32 jours. Finalement je me suis posé la question de savoir comment concilier les positions des uns et des autres afin de mettre fin à cette pagaille. Après plusieurs années, j’ai commencé mon calendrier. 1999-2000 j’ai commencé à faire le calendrier lunaire et solaire. Avant, je ne faisais que quatre pages. En l’an 2000, j’ai fait un bouquin ou il y avait les horaires de prière, malgré que la ligue avait réussi à mettre en place les horaires de prières, j’ai seulement pris et sillonné l’intérieur du pays pour avoir la confirmation que les heures indiquées peuvent correspondre ou peuvent faire l’objet d’une quelconque modification. Finalement, j’ai pris le document pour le soumettre aux autorités religieuses qui, par la voix de feu Elhadj Ibrahima Sory Fadiga m’avait dit que je devais inscrire dans le document les heures de prière. Mais, j’étais vraiment méfiant. Pour moi, ce n’est pas les recherches scientifiques qui doivent indiquer les heures de prière, mais plutôt les autorités religieuses. Ils ont refusé de me comprendre et après, moi aussi j’ai arrêté de faire mes recherches pendant deux ans. C’est seulement en 2002, j’ai repris mes travaux en mettant uniquement les heures de prière de 13h ,16h et 20h. Pour le reste j’ai dit de laisser le soin à la ligue islamique en attendant que j’approfondisse mes recherches. Là, ils ont compris et accepté. C’est après tout, l’année dernière, j’ai compris que 9 minutes interviennent avant le moment indiqué pour la prière de l’aube. Malgré tout, je précise que les gens ne dépassent pas le temps mis à prendre leur déjeuner. Mais, d’ici là, j’ai ramené ça un peu en arrière encore. C’est pourquoi d’ailleurs, les gens me critiquent, croyant que j’ai commis des erreurs, alors que c’est pour éviter des retards en mangeant et en priant à l’aube. Cela a évolué ainsi jusqu’en 2006. Un exemplaire de mon document est parvenu à l’USESCO, ils ont fait appel à moi pour me dire qu’ils ont vu une de mes œuvres qui peut les servir. Ils m’ont dit qu’ils se sont battus pendant 10 ans pour un tel travail alors que moi j’ai déjà évolué dans les recherches. En ce moment, j’étais inspecteur à la ligue islamique ici. Ils m’ont invité à participer à une réunion des experts qu’ils organisaient pour réfléchir sur comment mettre en place un calendrier musulman unique. J’ai accepté, on m’a envoyé les dossiers de voyage. J’avais effectué le déplacement. A mon arrivée, après mon exposé, ils ont dit que mon travail est le quatrième projet à analyser et étudier parmi 14 pays représentés. Mais, moi je pensais que j’étais là juste comme un simple observateur. La même année, on m’a nommé membre du comité de suivi. Après l’analyse de mon document, j’ai été deuxième derrière le Maroc, suivi de l’Arabie Saoudite et de la Libye. En 2009 encore on s’est retrouvé. Au cours de la réunion, le modérateur avait demandé aux participants de venir désormais avec leurs exemplaires pratiques, comme fait le guinéen que je suis pour faciliter la tâche. Depuis lors, on ne m’a pas encore invité. Je n’en sais pas les raisons, mais qu’à cela ne tienne, je ne me reproche de rien jusque-là. Notre calendrier actuel nous sert beaucoup. Il nous a évité assez d’erreurs. Ceux qui ont commencé par exemple le jeûne de cette année 2019 le mardi, ont refusé seulement de respecter le contenu du calendrier. Il y a eu beaucoup de personnes qui ont observé la lune. Donc, ils auront honte certainement.

Guineematin.com : comment vous faites vos calculs pour mettre en place un calendrier annuel, surtout quand on sait que le mois peut apparaitre soit le 29 ou le 30 ?

Docteur Alhoussény Diallo : ce qui rend difficile pour le calendrier lunaire, c’est du fait qu’il est séparé du calendrier solaire. Le calendrier solaire par exemple, à chaque 4 ans, le quart devient un jour. Donc, 366 au lieu de 365 jours. Si de l’autre côté encore, chaque trois ans, le un tiers pouvait devenir un jour, les problèmes seraient limités. Chaque 30 ans lunaire, durant les 11 ans, ce qui se fait pendant chaque 4 ans du calendrier solaire, va se répéter et un jour s’augmente. Le mois a un grand tour et un petit tour. Pour le petit tour, c’est 30 ans. Chaque 30 ans, le premier jour du mois va se répéter, et le grand tour ,30 ans multiplié par 7, ça donne 210 ans. Le monde revient à sa phase initiale et nous sommes actuellement à la 7ème fois. J’ai vu le document astronomique d’un célèbre mathématicien Egyptien, Abdou Fatah Toukh, qui m’a beaucoup inspiré dans mes recherches. Avant, le 30 avril était le début de la saison des pluies. Mais maintenant, s’il ne pleut pas, c’est qu’il y a décalage. Désormais, c’est le 10 mai qui correspond au début de la saison des pluies qui, d’ailleurs n’a pas du tout retardé cette année. Maintenant, je ne souffre pas beaucoup dans mes calculs. Il n’y a pas un mois de 30 jours, ni de 29 jours seulement. La durée moyenne d’un mois est de 29 jours, 12 heures 44 minutes, 2 secondes et quelques tierces. Ce que les gens appellent conjonction entre la lune, la terre et le soleil, qui ne nous permet pas d’observer la lune tellement qu’il fait obscur, mais pour une toute petite durée de quelque minutes seulement, mais comme la terre tourne, vous verrez une toute petite trace qu’on appelle naissance de la lune. On peut l’observer en ce moment après 16 heures par endroit.

Guineematin.com : quel est votre message à l’endroit de ceux qui vous suivent actuellement, je précise qu’ils sont nombreux à vous écouter via notre page Facebook ?

Docteur Alhoussény Diallo : premièrement, je vous remercie pour m’avoir invité et je remercie encore tous ceux qui m’écoutent à travers votre media. Je les invite tous à être objectifs, surtout faire le tri de tout ce qui a été dit ici au cours de cette grande interview pour se servir du bien. Nous prions pour que Dieu accepte nos prières et jeûnes.

La rédaction

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Qui doit jeûner, comment se comporter pendant le Ramadan ? Oustaz Ramadan à Guineematin

5 mai 2019 à 10 10 19 05195
Oustaz Mohamed Ramadan Bah, chroniqueur islamique et imam à Koloma

Selon toutes les prévisions, les fidèles musulmans de Guinée et du monde vont entamer le jeûne du Ramadan demain, lundi 06 mai 2019. En France par exemple, la date a été rendue officielle depuis hier, samedi, par le Conseil français du culte musulman, à l’issue d’une réunion des grandes fédérations musulmanes. En Arabie Saoudite comme en Guinée, on attend le crépuscule pour scruter l’apparition du croissant lunaire.

Comme on le sait, le ramadan est un mois pendant lequel ils vont multiplier les actes de dévotion afin de se faire pardonner leurs péchés et se rapprocher davantage de leur créateur.

A la veille du début de ce mois très important pour les musulmans du monde entier, Guineematin.com a reçu comme invité Oustaz Mohamed Ramadan Bah, chroniqueur islamique et imam à Koloma. Avec lui, nous avons évoqué plusieurs sujets liés au mois de Ramadan.

Décryptage !

Guineematin.com : nous sommes à la veille du début du mois saint de Ramadan, dites-nous est-ce que le jeûne du Ramadan doit commencer ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : je vous remercie. Concernant le jeûne du mois de Ramadan, tout est défini par le Saint Coran et les hadiths du Prophète Mohamed (PSL). Dieu nous dit dans le Coran que celui qui observe le croissant lunaire doit jeûner le mois. Et dans les hadiths, le Prophète Mohamed(PSL) nous enseigne dans un des hadiths de jeûner lorsqu’on le croissant et rompre le jeûne lorsqu’on observe le croissant lunaire du mois suivant. Le Prophète a ajouté que : si le croissant se cachait derrière les nuages, si vous n’arrivez pas à observer le croissant, compléter le mois à 30 jours. Donc c’est ce que disent le verset et les hadiths du Prophète Mohamed (PSL).

Guineematin.com : à ce niveau justement, on rencontre régulièrement des polémiques dans notre pays, soit au début ou à la fin du Ramadan. Parfois, les musulmans ne commencent pas tous ensemble le jeûne et ils ne le terminent pas tous ensemble. Que disent les textes là-dessus ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : concernant l’observation du croissant lunaire, il n’est pas dit forcément que tout le monde doit l’observer. Si on arrive à voir nous-mêmes la lune, c’est bien. Et dans le cas contraire, la religion nous dit que si d’autres personnes croyantes observent le croissant lunaire, c’est valable pour ceux qui n’ont pas observé la lune, ils doivent jeûner. Il n’est pas dit forcément que tout le monde doit observer le croissant pour jeûner. Maintenant, le problème se trouve à deux niveaux : le premier, c’est si par exemple l’Arabie Saoudite observe la lune et que nous ici on ne l’a pas observé, est-ce qu’on peut jeûner avec eux ? Ça, c’est le premier aspect.

Le deuxième aspect, c’est est-ce que chaque pays doit observer la lune ? Puisque nous savons que le lever et le coucher du soleil diffèrent. Il y a un décalage horaire entre les pays. C’est là où il y a le problème. Mais tout est défini par la religion. Si un musulman croyant observe la lune quelque part dans le monde, c’est valable pour tous les musulmans du globe de jeûner. C’est l’argument le plus solide. Maintenant pour résoudre tous ces problèmes, nous avons une autorité religieuse qui est là. Pour ne pas qu’il y ait des mésententes, des divergences, des malentendus entres les musulmans, croyants, nous devons écouter les autorités religieuses.

Ces autorités ne vont pas dire ce qui n’est pas vrai en ce qui concerne le croissant lunaire. Si elles nous disent que le croissant a été observé, nous devons jeûner. Et à la fin du mois de Ramadan aussi, si elles nous disent que le croisant a été observée nous devons rompre le jeûne. C’est ce que l’islam recommande. Puisque que l’islam demande l’unité des musulmans. Chaque pays doit commencer le jeûne le même jour et rompre le jeûne le même jour. C’est ce qui est bien pour les musulmans. Mais si les uns jeûnent aujourd’hui, les autres jeûnent demain, ça ce n’est pas une bonne chose. Cela divise la communauté, et c’est interdit par la religion. C’est une religion qui appelle à l’union de la communauté et de la nation.

Guineematin.com : comment le musulman doit se préparer pour accueillir le mois de Ramadan ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : le musulman doit attendre ce mois avec des invocations et des prières. D’abord, il faut demander à Dieu qu’il nous donne longue vie, une bonne santé, pour accueillir ce mois de Ramadan. En même temps remercier Allah. Puisque l’année dernière on était avec des gens, on a jeûné avec eux, et cette année ils ne sont plus là. Que Dieu ait leurs âmes ! Donc si nous on a eu la chance de vivre jusqu’à cette année, nous devons rendre grâce à Allah, lui remercier et faire beaucoup d’invocations pour qu’Allah nous donne une longue vie. Le musulman doit aussi accueillir ce mois dans la ferveur.

Il doit être content de la venue du mois béni de Ramadan. Il ne doit pas se fâcher, être triste parce que le mois de Ramadan est là. C’est des choses que le musulman doit éviter. Ce mois, c’est un bonheur pour l’humanité tout entière. Pas pour les musulmans seulement. Cela seulement, doit conforter le musulman. On entend le gens dire cette fois-ci encore le mois de Ramadan est venu, comment on va s’en sortir avec les dépenses, la famille, les enfants, les habits, les parents, les beaux-parents ? Tout ça, c’est à éviter. Il ne faut pas être triste.

Guineematin.com : dites-nous maintenant qui doit jeûner ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : c’est le musulman qui doit jeûner. Le musulman qui a atteint l’âge de la puberté, qui est en bonne santé et qui n’est pas en voyage. Celui qui n’est pas musulman n’est pas demandé à jeûner ce mois de Ramadan ; l’enfant qui n’a pas atteint l’âge de la puberté, on doit lui apprendre à jeûner petit à petit à jeûner, mais on ne doit pas le forcer parce qu’en islam tout est facile. Celui qui est malade aussi, l’islam ne lui demande pas de jeûner, sauf s’il peut supporter le jeûne avec la maladie. Mais s’il trouve qu’il ne peut supporter le jeûne avec sa maladie, l’islam lui dit de ne pas jeûner.

Pourquoi ? Parce qu’il ne doit pas faire souffrir son âme. Ça c’est interdit. Donc il doit se ressaisir, il doit manger, et compter les jours qu’il a mangés et après le mois il rembourse les jours qu’il a mangés. Le musulman aussi qui est en voyage, l’islam lui dit de ne pas jeûner. Parce que nous savons que le voyage est difficile. Maintenant s’il peut supporter le jeûne et le voyage, là, il n’y a pas de problème, il peut jeûner. Mais si cela va porter préjudice à sa santé, l’islam lui dit de ne pas jeûner. Donc de manger et après rembourser après le mois.

Guineematin.com : il y a certains, notamment des personnes très âgées qui ne peuvent pas du tout jeûner. Ils ne peuvent pas le faire pendant le Ramadan et ne peuvent pas rembourser après le Ramadan. Que doivent-ils faire ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : il y a deux catégories de personnes qui ne doivent pas jeûner. Ceux-là, en contrepartie, ils doivent faire manger un pauvre une seule fois dans la journée, comme il est indiqué dans les versets. Un demi-kilo suffit pour cela. Il y a les vieilles personnes et il y a des gens qui ne sont pas des vieilles personnes mais qui sont malades et qui sont condamnés à ne pas jeûner avec leur maladie. Maintenant, il faut préciser que c’est seulement celui-là qui est condamné c’est-à-dire il n’attend pas à guérir de la maladie. Quelqu’un qui attrape une maladie qui peut guérir, n’est pas dispensé du jeûne.

Il peut bien sûr manger pendant le Ramadan mais après, il doit rembourser les jours qu’il a mangés. Cela est valable aussi pour les femmes qui voient leurs règles et celles qui sont en grossesse et qui allaitent. La femme en état de grossesse ou en état d’allaitement, si elle trouve qu’elle ne peut pas supporter le jeûne avec la grossesse ou avec l’allaitement, elle doit manger et à la fin du mois de Ramadan elle rembourse le jeûne. C’est ce qui est dit. Elles ne font pas mangées des pauvres.

Guineematin.com : quels sont les comportements que le jeûneur doit adopter pendant le mois de Ramadan ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : le jeûne, nous savons que c’est de s’abstenir de manger, de boire et d’avoir des rapports intimes avec son épouse pendant les 29 ou 30 jours du mois de Ramadan. Mais tout le corps doit jeûner, de la tête aux orteils. Les oreilles doivent jeûner : elles ne doivent pas écouter ce qui est illicite comme la musique, le mensonge et la calomnie. Les yeux doivent jeûner : ils ne doivent pas observer tout ce qui est illicite. Il ne faut pas être en jeûne et regarder ce qui est illicite. Même les films, il faut les éviter pendant la journée et même pendant la nuit. Il faut lire et écouter le Coran. C’est ce qui est recommandé. Tout le reste, il faut abandonner. Les mains ne doivent pas toucher tout ce qui est illicite. On ne peut pas être en jeûne et s’amuser avec les femmes d’autrui, excusez-moi du terme. Ça, c’est quelque chose qui est haram, qui est illicite.

Les pieds doivent jeûner : ils ne doivent pas aller n’importe où pendant le jeûne. On doit aller dans les endroits où il y a du bien et éviter les endroits où on peut récolter des pêchés. La langue, la bouche doit jeûner. Quelque part le Prophète Mohamed (PSL) nous enseigne que celui qui ne s’abstient pas aux mensonges et à témoigner le mensonge, Dieu n’a pas besoin de son jeûne. Donc on doit s’abstenir de mentir ou de témoigner le mensonge. Donc il faut faire beaucoup attention. Surtout chez nous ici où tout le monde est devenu politicien. On ne parle que de la politique avec beaucoup de mensonges. Donc c’est des choses qu’il faut éviter. La langue doit faire des invocations, des prières, lire le Coran et dire la vérité.

Guineematin.com : il y a certains jeûneurs qui vont jouer au damier, aux cartes et tant d’autres jeux de divertissement pendant la journée pour faire passer le temps. Est-ce normal d’agir ainsi ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : jouer au damier, au ludo, aux cartes, aux jeux de hasard, c’est des choses à éviter parce que tout cela est illicite en islam. Cela n’annule pas le jeûne mais c’est des choses qui réduisent les biens qu’on peut avoir pendant le jeûne. C’est un mois de repentance, un mois où chacun doit en profiter pour faire beaucoup de biens pour effacer ses pêchés.

Guineematin.com : malade qui suit un traitement, peut-il jeûner et prendre des injections ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : en ce qui concerne les injections, il y a deux sortes : si ce sont des injections qui remplacent l’alimentation, un jeûneur ne peut pas les prendre pendant la journée parce que ça annule le jeûne. Mais si c’est des injections qui ne remplacent pas l’alimentation, si des injections qui permettent juste de traiter une maladie, cela n’annule pas le jeûne. Donc, on peut jeûner et prendre ce genre d’injections.

Guineematin.com : quels sont les avantages liés au jeûne du Ramadan ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : Il y a beaucoup d’avantages dans le monde ici-bas et à l’au-delà. Le plus grand avantage c’est à l’au-delà. Il y a une porte au paradis appelée Abaya, n’entre par cette porte que le jeûneur. Si le jeûneur entre, elle se referme, elle ne se rouvre plus. Aussi, le Prophète Mohamed(PSL) nous dit qu’Allah a dit que le jeûne lui appartient, et c’est lui personnellement qui récompense le jeûneur. Ça ne veut pas dire que les autres adorations ne lui appartiennent pas. Mais là, c’est une distinction pour le jeûne et le jeûneur. Donc il est très important de jeûner. Puisqu’en le faisant, on devient un homme de Dieu.

Il y a un autre hadith qui dit que c’est une défense entre le jeûneur et le châtiment. Quand on est dans la tombe, quand le châtiment arrive, le jeûne devient un barrage entre le châtiment et le jeûneur. Donc le châtiment n’atteint pas le jeûneur. Et le jour de résurrection aussi, c’est la même chose jusqu’à ce qu’il entre au paradis. Ça, c’est à l’au-delà. Dans ce bas-monde, nous-mêmes nous voyons combien de fois le jeûne est important. D’abord pour la santé, il est dit : jeûnez et vous aurez la santé. Combien de gens vont à l’hôpital et on leur dit de suivre un régime ? Il y a beaucoup de gens qui disent, avant le mois de Ramadan je ne me sentais pas bien, mais après le mois de Ramadan, vraiment je me sens à l’aise.

Donc cela fait partie de l’importance du jeûne sans compter combien de fois le jeûne unit la communauté et la nation. Avant l’arrivée du mois de Ramadan, les mosquées ne sont pas remplies. Mais demain ou après-demain, il faut observer toutes les mosquées seront remplies à cause du jeûne. Il y a cette fraternité, l’amour entre les fidèles de cette communauté. Ils deviennent plus pieux pendant le mois de Ramadan qu’avant le mois de Ramadan. Mais cela ne nous surprend pas parce que le Prophète Mohamed (PSL) nous dit que quand vient le mois de Ramadan, les portes du paradis sont ouvertes, les portes de l’enfer sont fermées et Satan est enchainé. Donc quand Satan est enchainé, ceux-là qui ne pratiquaient pas la religion, en ce moment ils deviennent libres. Ils participent à la prière collective, aux sacrifices, ils s’abstiennent à faire ce qui est illicite.

Guineematin.com : un musulman qui n’est pas malade et qui refuse volontairement de ne pas jeûner, que risque-t-il ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : le musulman qui refuse volontairement de jeûner, cela peut conduire à annuler sa foi en Allah. Il peut devenir un mécréant. Cela est interdit par la religion musulmane. Ceux qui le font, qu’ils sachent qu’ils doivent se repentir et revenir chez Allah avant qu’ils ne quittent ce monde. Sinon, s’ils quittent ce monde dans cet état, leur récompense sera l’enfer. Que Dieu nous en garde ! Donc il faut éviter cela. Il y a certains qui disent qu’ils ne peuvent pas jeûner les 30 jours. Si on est majeur, on a atteint l’âge de la puberté, si nous jeûnons 29 jours, et le mois se termine à 30 jours et qu’on ne jeûne pas 30èmejour, tous les 29 jours deviennent nuls.

Et, pour rembourser un seul jour mangé volontairement pendant le mois de Ramadan, il faut jeûner pendant deux mois successifs. Mais, même si on jeûne 2 mois successifs, cela ne va pas remplacer le jour mangé volontairement pendant le Ramadan. Même s’il jeune toute sa vie, cela ne peut pas remplacer le jour qu’il a mangé volontairement. Donc quand on est majeur, on est en bonne santé il faut éviter cela et jeûner. Qu’on soit garçon ou fille, il faut jeûner.

Guineematin.com : La prière de « Taraawi » que nous appelons ici « Naafila », est-elle obligatoire pour les jeûneurs ou facultative ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : la prière « Taraawi » célébrée après « Icha » (la dernière prière du soir) n’est pas une prière obligatoire. En Islam, il y a 5 prières obligatoires. Le reste, même le « Taraawi » dont vous parlez n’est pas obligatoire. C’est une prière surérogatoire. Mais c’est une prière qui est très importante. Puisque le prophète nous dit : celui qui prie cette prière pendant ce mois de Ramadan, à la fin du mois de Ramadan Dieu lui pardonne tous ces pêchés.

Guineematin.com: nous arrivons à la fin de cet entretien. Quel message avez-vous à lancer à l’endroit des fidèles musulmans de Guinée qui vous suivent ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : le message que j’ai à lancer, c’est d’abord d’accueillir le mois de Ramadan dans la joie, dans la ferveur ; éteindre les querelles, les mésententes, qui existent entre nous. Partout où nous sommes, que ça soit dans le travail ou dans la famille, soyons des frères et des sœurs. Pardonnons-nous et tolérons-nous surtout dans nos routes évitons les injures et les bagarres pendant ce mois de Ramadan.

Il faut aussi écouter nos autorités religieuses : si elles nous disent que la lune a été observée, nous commençons à jeûner ensemble. A la fin du mois de Ramadan, si elles nous disent que le jeûne est fini, nous prions ensemble. Ensuite, il faut surtout lire beaucoup le Coran et faire beaucoup de sacrifices. Donc c’est me message que j’ai à lancer à l’endroit des fidèles musulmans.

Propos décryptés par Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel. 620 589 527/654 416 922

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Hajj 2019 : voici ce qui est envisagé par la commission d’organisation (interview)

18 avril 2019 à 12 12 59 04594

Le secrétariat général aux affaires religieuses a fixé le coût du hajj 2019 à 43 millions de francs guinéens. Dans la même annonce, faite sur les ondes des médias d’Etat, il est précisé que ceux qui ont effectué le pèlerinage dans les cinq (5) dernières années et qui voudraient faire le hajj cette année devront débourser 48 millions 140 mille francs guinéens.

Dans un entretien accordé à Guineematin.com, Ansoumane Condé, ministre d’Etat, conseiller à la présidence de la République chargé des initiatives présidentielles en faveur des communautés à la base, a expliqué les raisons qui ont prévalu à ce choix. Avec monsieur Condé, président de la commission nationale d’organisation du hajj, nous avons parlé également des innovations et autres dispositions prises pour le bon déroulement de ce cinquième pilier de l’islam.

Guineematin.com : les tarifs du hajj ont été fixés récemment par les autorités. Quels sont les critères qui ont prévalu à la fixation de ces tarifs pour cette année ?

Ansoumane Condé : comme vous venez de le faire rappeler, ce tarif a été fixé cette année à 43 millions guinéens. Je voudrais d’entrée de jeu déjà précisé que les 43 millions valent pour les nouveaux pèlerins, c’est-à-dire les candidats pèlerins qui n’ont jamais été à la Mecque. Il y a une disposition saoudienne valable et pour les saoudiens et pour les étrangers, quelqu’un qui a fait le hajj déjà dans les cinq (5) dernières années, s’il exprime le désir fervent d’aller maintenant, il y a un coût additionnel qui doit s’appliquer.

Et, d’après cette disposition saoudienne, ce coût a été fixé par l’autorité saoudienne à deux milles rials saoudiens. Convertis en francs guinéens, ça nous amène à 5 millions 140 mille francs guinéens. Ça, c’est le coût additionnel, c’est-à-dire pour quelqu’un qui a déjà fait son hajj depuis cinq ans. Mais, tout candidat-pèlerin qui va pour la première fois au hajj, c’est les 43 millions. Les 43 millions, c’est l’équivalent en devise de 4700 dollars.

Guineematin.com : comment en est-on arrivé à ce tarif ?

Ansoumane Condé : vous avez demandé comment on arrive à ce tarif. Ce tarif arrive à partir d’une structure de prix. Cette structure de prix est composite. Il y a des activités ou des opérations ou des prestations qui se passent ici en Guinée, il y a d’autres opérations qui se passent en Arabie Saoudite. Mais, l’essentiel des activités se passe en Arabie Saoudite. Et en Guinée, vous avez principalement l’avionneur, qui représente le tiers du coût du hajj.

C’est dire que dans les 4700, tu as près de 1500 dollars qui représentent le coût du transport aérien aller-retour du pèlerin. Derrière ça, vous avez le transport terrestre en Arabie Saoudite. Quand le pèlerin arrive en Arabie Saoudite, il doit se déplacer à partir de l’aéroport de Médine pour aller au logement, du logement pour faire les visites des sites. Il y a aussi des redevances et des garanties qui sont payées aux autorités saoudiennes.

Vous avez des taxes, vous avez la TVA, vous avez beaucoup de choses qui n’existaient pas en Arabie Saoudite, qui ont été instituées au firmament du temps. Tout ça se fait dans des véhicules qui sont loués en Arabie Saoudite, tout ça est déduit dans les 43 millions de francs guinéens. Par exemple la TVA, c’est l’an passé que ça a été institutionnalisé en Arabie Saoudite. Donc, il y a aussi eu l’augmentation du prix du carburant l’an passé. Donc, voilà des réalités qui peuvent survenir.

Donc, au-delà de ça, les principales rubriques comme je vais vous le faire observer, c’est le transport aérien, je l’ai déjà dit, c’est le logement du pèlerin, c’est la restauration du pèlerin, le déplacement terrestre du pèlerin, le vaccin, Mina plus, le service accompagnateur de Mina plus, il y a les tantes améliorées et ensuite, nous, nous avons ajouté ici en Guinée, ça c’est depuis 2018, le mouton, l’uniforme et le matelas, ça c’était 2018.

Guineematin.com : est-ce qu’il y a des nouveautés pour cette année ?

Ansoumane Condé : cette année, suite aux journées de réflexion, il a été fortement recommandé d’accroitre non seulement le nombre de guides, mais aussi de mieux organiser. C’est ce qui explique l’affectation des guides aux groupes de pèlerins. Et pour répondre à cette attente, on s’est fixé comme objectif de fixer un guide pour chaque groupe de cinquante pèlerins cette année. Que ça soit pour le privé ou que ça soit pour le Secrétariat général des Affaires Religieuses (SGAR).

Avant, il y avait un guide pour cent et quelques pèlerins. Mais, dans la garde à la Mecque, ça rendait les choses beaucoup plus difficiles, il y a avait beaucoup d’égarements. Donc, on essaie d’améliorer conforment aux directives données lors des journées, d’améliorer notre organisation et aussi notre capacité en termes de ressources humaines mais aussi en termes de moyens.

La nouveauté cette année, c’est surtout l’encadrement. Donc, c’est dans l’encadrement que se trouvent les guides, l’équipe médicale. Parce qu’il faut un peu plus de médecins et d’infirmiers aussi apporter les soins aux pèlerins en Arabie Saoudite.

Guineematin.com : par rapport à la fixation de ce tarif, on sait que vous travaillez avec des agences de voyage. Des promoteurs d’agences de voyage disent n’avoir pas été consultés à ce sujet alors qu’en amont vous aviez tenu des réunions avec eux. Comment tout cela s’est passé concrètement ?

Ansoumane Condé : je ne sais pas à partir d’où vous aviez ces informations. Ça dépend des personnes que vous avez contactées et des personnes concernées. Je voudrais simplement attirer votre attention qu’il y a près d’une de centaine d’agences de tourisme et de voyage en Guinée. Nous, nous ne pouvons faire l’interface avec toutes ces agences directement. Depuis longtemps, les agences de voyage en Guinée sont regroupées en trois grandes coordinations.

C’est avec ces trois grandes coordinations que nous travaillons de façon permanente. Même nos missions, selon les moyens, elles sont toujours représentées. Toutes les réunions que nous avons faites, c’est avec ces trois coordinations, la preuve est que hier soir, on était déjà en train d’échanger avec les représentants de ces agences à travers ces trois coordinations sur le cahier de charge pour l’agrément des agences qui doivent être habilité à organiser le pèlerinage.

En fait, il y a un certain nombre d’agences, sur la base de certains critères, ce sont ces critères-là qui sont fixés dans le cahier des charges ; et, ce cahier de charge est discuté de commun accord avec les représentants des agences privées, ensuite elles iront se retrouver, elles vont se concerter entre elles pour voir qui est capable de remplir les conditions du cahier des charges et qui n’est pas capable. Même le quota du pèlerin, quand le cota est fixé, ce que nos nous faisons, c’est de le répartir entre le SGAR (Secrétariat Général des Affaires Religieuses)  et les agences privées.

Cette année par exemple, ça a été fixé à 8000. Le cota provisionnel donné à la Guinée, c’est 9000. Mais pourquoi nous ne voulons pas directement aller à 9000, il y a la question aussi de capacité à bien gérer les gens. Et, on est resté dans le même objectif que l’an passé à savoir 8000 pèlerins à peu près. Et lors des journées de réflexion, vous pouvez demander, une commission a été mise en place, composée des gens du SGAR et des gens des agences.

Ils se sont retirés là-bas pendant qu’on était en plein travaux, pour aller discuter et se sont accordés sur la répartition entre le SGAR et les agences privées. Et les 8000, ils se sont entendus que 2300 reviennent au SGAR et 5700 reviennent aux agences privées. Quand c’est comme ça, nous, nous ne nous mêlons plus de ces 5700 entre les agences privées. Elles se connaissent entre elles depuis longtemps.

Donc, les trois coordinations vont se retrouver généralement avec les agences, elles discutent entre elles, elles repartissent le quota-là entre les trois coordinations. A l’intérieur de chacune de ces coordinations qui connaissent ses membres et qui connait les capacités de chacune des agences et qui connait aussi les critères qui sont dans le cahier de charge, en fonction de ça, elles essaient de se répartir ce quota entre elles…

Pour qu’une agence puisse être agréée, il faut au minimum que tu sois capable de remplir les critères pour 250 pèlerins au-moins. Et parmi  ces agences, il y en a très peu qui sont capable de remplir tous les critères, et ici et en Arabie Saoudite. C’est pourquoi, ils se mettent dans une sorte d’associations, il y a un chef de file et il y a les autres agences qui peuvent apporter 30 personnes, 20 personnes, 5 personnes, etc.

C’est la tête du groupe d’agence qui répond devant l’autorité. Et d’ailleurs, avec les saoudiens, ils exigent qu’il y ait moins d’interlocuteurs sur le terrain. Donc, on s’organise comme ça, mais les agences sont autonomes et elles s’organisent entre elles, nous refusons d’interférer dans leur organisation interne.

Guineematin.com : on sait que d’énormes disfonctionnements ont été constatés aussi bien dans les convois que dans l’organisation proprement dite du hajj de l’année dernière. Quelles sont les mesures envisagées cette année pour éviter que les mêmes choses se répètent ?

Ansoumane Condé : je pense que vous avez suivi les journées de réflexion nationale qui étaient prévues sur deux (2) jours mais qui se sont étalées sur trois jours. C’était à cause de l’intérêt que les uns et les autres, suite à ce que vous venez de faire comme observations, les désagréments, les disfonctionnements qui ont eu lieu en 2018, et rapporté au président de la République, le professeur Alpha Condé, il a instruit tout de suite d’organiser une rencontre où les uns et les autres pouvaient venir exprimer librement et solennellement leur constat et faire des suggestions.

C’est ce qui nous a amenés aux journées de concertations sur le hajj en général, mais particulièrement sur les disfonctionnements du hajj 2018. Je pense que les choses ont été placées aux peignes fins et à la suite de ces journées, il y a eu 24 points de revendications. Et parmi ces 24 points de revendications, à mon avis, il y a un point qui est le plus important, qui n’était pas suffisamment connu par tout le monde en Guinée, à savoir qu’à l’instar de ce qui se passe dans la téléphonie, on est passé du post payé au prépayé.

A l’instar de ce qui est en train de se passer dans l’électricité, on est en train de passer du poste payé au prépayé. Ça se fait aussi dans l’eau. Les saoudiens, ont anticipé sur cela en faisant que le hajj est devenu prépayé. Et ça, c’est un grand handicap pour nous. Je voudrais juste dire, pour un peu corroborer ça, on a dit que le recrutement commence aujourd’hui, à partir d’aujourd’hui, les gens peuvent faire le versement. Je ne pense pas qu’il y ait suffisamment de gens qu’on puisse dire avec exactitude que d’ici la fin de ce mois d’avril, combien de candidats-pèlerins vont verser.

Et maintenant nous, nous avons choisi l’avionneur. On est en train de négocier le contrat. Quand vous allez finir le contrat, il faut au minimum payer, au bas mot, 50% du montant à l’avionneur. 50% à l’avionneur, tu es au minimum à 5 millions de dollars, convertissez ça en francs guinéens, combien ça fait ? Combien de pèlerin dont nous devons attendre le versement, avec 43 millions de francs guinéens par pèlerin pour avoir la contre-valeur de 5 millions de dollars pour pouvoir payer l’avance seulement à l’avionneur.

Ça, c’est sans compter la commande des vaccins. Quand vous commandez les vaccins, il faut deux (2) mois pour que les vaccins soient là. Parce que ce n’est pas n’importe quel vaccin, c’est des sources sûres que ça doit venir. Ça, ça sera en collaboration avec le ministère de la Santé. Ça aussi, il faut payer de l’argent pour payer tout au moins 50% à la commande, 50% à la réception. C’est pourquoi, je parle de prépaiement du hajj. Ça, c’est par rapport à l’Arabie Saoudite. 

Avant, vous allez, vous identifiez les bâtiments, les restaurateurs, les logeurs, vous vous entendez avec eux, vous contractualisez. Vous pouvez leur donner un peu d’avance. C’est au terme du processus du hajj, que vous procédez à un rapprochement pour payer le solde. Maintenant, ce n’est plus ça. Les paiements des prestataires en Arabie Saoudite conditionnent aujourd’hui l’arrivée du visa en Guinée.

Si quelqu’un verse aujourd’hui, même si vous envoyez son passeport à l’Ambassade ou au consulat de l’Arabie Saoudite, pour mettre le visa physique dedans, ça sera impossible tant que l’argent physique n’arrive pas en Arabie Saoudite, que le logeur, le transporteur terrestre, le restaurateur reçoive l’argent et confirme dans le système informatisé saoudien qu’ils ont reçu leur argent, ils doivent valider. Dès que cette confirmation est faite, c’est en ce moment que le visa peut apparaître ici en Guinée, ici au consulat.

Et, c’est seulement à cette condition que vous pouvez avoir le visa dans votre passeport. C’est ce qui nous est arrivé l’année dernière et il y a eu l’entassement, comme vous l’avez constaté, au centre islamique ici. Et, il nous est difficile de programmer quelqu’un quand il n’a pas de visa dans son passeport. Donc, la grande problématique que nous, nous avons eu l’an passé, c’est du fait que nous, on n’avait pas anticipé pour nous mettre dans un système de prépaiement.

Et cette année, pendant les journées nationales, on a mis comme une des recommandations clés, le préfinancement tout au moins de 50% du coût du hajj, tout au moins du fait qu’on ait accusé un léger retard. Cet argent va être mis en place, nous allons le transférer en Arabie Saoudite. Nous allons payer les restaurateurs, les logeurs, les transporteurs. Nous devons leur payer au-moins à 50% afin que les 50% des visas soient disponibles en Guinée.

Car ce que nous ambitionnons cette année, contrairement aux années antérieurs, que les gens ne viennent pas attendre ici, qu’ils soient programmés. Sur instruction de monsieur le président de la République, le ministère des Postes et Télécommunications et de l’Economie Numérique, à travers un des directeurs, a été commis à concevoir une plateforme informatique qui permet d’intégrer tout le processus de préparation du hajj.

Et cette année, nous croyons que nous y arriverons. Le but c’est quoi, l’obtention du badge va être complètement automatisée. Dès que les formalités sont remplies, vous pourriez automatiquement obtenir votre badge. Dès que les passeports sortent, après le visa, on peut automatiquement avoir le billet d’avion. Et quand vous avez votre billet d’avion, vous verrez dessus le jour et l’heure du vol, vous avez aussi l’heure de la convocation, votre billet est personnalisé.

Au niveau de la restauration aussi où il y a eu beaucoup de plaintes, c’est vrai on va faire en sorte que cette année, avec les restaurateurs, qu’il puisse y avoir de la sous-traitance avec les professionnels guinéens pour pouvoir améliorer la qualité et la quantité de la nourriture qui va être servie aux pèlerins guinéens. Et ça, nous travaillons dessus dans le cadre de la contractualisation avec les saoudiens.

Guineematin.com : quelle est la compagnie ou les compagnies retenues cette année ?

 Ansoumane Condé : bon pour le moment, nous avons écrit un courrier à la compagnie Turkish. Nous avons des conditions incontournables sur lesquelles des décisions ont eu lieu verbalement avec le représentant de Turkish en Guinée. Et verbalement, ils ont donné leur accord. Nous avons lancé un processus de consultation restreinte qui est allé jusqu’au bout. Quel est l’avantage de ça ?

Ça permet d’avoir la vérité des prix et ça permet de savoir les exigences que nous mettons dans notre cahier de charges, si ces exigences-là sont soutenables par certaines compagnies à dimension internationale et reconnues comme des compagnies fiables. A ce titre d’ailleurs cette année, on avait identifié dans le cadre de la concertation restreinte sept (7) compagnies dont trois saoudiennes, Emirates,  Egypte Air, Turkish et Ethiopian.

Les dossiers d’appels d’offres ont été envoyés à ces compagnies. Les compagnies saoudiennes nous ont dit que le délai était trop court pour réagir. Il y a Egypte Air, Turkish et Ethiopian qui ont déposé à date les dossiers. Emirates a décliné compte tenue qu’elle avait des engagements ailleurs. Donc, voilà un peu comment ça s’est passé. Ce qui nous a permis de baisser le prix.

Si on était allé d’un gré à gré, c’était sûr que le tarif serait parti au-delà de ce que nous on avait prévu dans notre budget. Donc, ça nous a permis de coller un peu au titre du budget prévisionnel que nous avions avec l’avionneur pour le hajj 2018. Parce que nous essayons de veiller, faire en sorte que les tarifs ne soient pas excessifs, qu’il n’y ait pas un très grand écart.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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Mois de la femme : entretien avec Ramatoulaye TRAORE une jeune femme qui force l’admiration

29 mars 2019 à 20 08 56 03563

Le mois de mars est un mois consacré à la femme guinéenne. Une occasion de mettre en lumière les acquis mais aussi les difficultés auxquels sont confrontées ces actrices.

Aujourd’hui, nous allons vous faire découvrir une jeune femme dynamique et engagée. Diplômée en journalisme en 2017 seulement, Ramatoulaye TOURE a fait ses preuves à la radio city fm avant de travailler à la cellule de communication du Gouvernement. Elle est actuellement la chargée de communication de l’AGUIPE, l’agence guinéenne pour la promotion de l’emploi, poste qu’elle occupe depuis quelques mois.

Elle se prononce aussi sur l’entreprenariat féminin et d’autres sujets de société comme la polygamie et la dépigmentation.

Idiatou CAMARA l’a rencontrée pour un un entretien à bâtons rompus.

Bonjour Ramatoulaye TRAORE, pour celles et ceux qui vont lire pour la première fois, dites- nous ce qu’ils doivent retenir ?

Merci pour cette opportunité, alors je suis Ramatoulaye TRAORE diplômée en journalisme de l’université Kofi ANNAN de Guinée en 2017. Dans ma carrière professionnelle, j’ai fait un stage à la radio city fm, ensuite j’ai eu la chance et le privilège de de travailler à la cellule de communication du Gouvernement, après une formation en communication je dois préciser, et c’est de là que j’ai été promue chargée de communication de l’AGUIPE, l’Agence Guinéenne pour la Promotion de l’Emploi. Vous l’avez remarqué j’aime mon travail et je suis rigoureuse et obsédée par le travail bien fait.

On peut dire avec ce parcours que vous êtes née sous une bonne étoile. Diplômée en 2017 seulement et déjà, un passage à la cellule de communication du Gouvernement et aujourd’hui à l’AGUIPE. C’est plutôt une ascension remarquable pour votre jeune carrière.

(Sourire) vous avez raison, j’ai eu de la chance certes, mais vous savez la formation, le niveau restent vos seuls compagnons dans la vie professionnelle. C’est ce qui m’aide en toute sincérité.

Mon travail consiste à faire la promotion et la visibilité de l’institution auprès du public, des partenaires et des politiques. En ce qui concerne mon travail ici à l’AGUIPE, c’est un travail très prenant, et comme le savez lorsque vous avez ces responsabilités vous avez un fardeau sur la conscience, vous devez travailler énormément pour y arriver.

Que fait justement l’AGUIPE pour l’emploi des jeunes en Guinée ?

L’AGUIPE fait son mieux pour aider les jeunes notamment les femmes à la recherche de l’emploi. Nous avons à ce jour, plus de 30 mille jeunes, des profils dans notre base de données. Nous essayons de les aider, en étant un relais entre les potentiels employeurs et eux.

Nous ne donnons pas de travail, c’est important de le rappeler, nous servons de d’interface comme je viens de le dire, nous offrons des opportunités en préparant les jeunes à affronter le marché de l’emploi.

Quels sont les difficultés que vous rencontrez avec les jeunes dans cette tâche que je présume difficile ?

Le faible niveau, l’inadéquation formation et emploi. Il arrive que nous organisions des séances de formation avec les jeunes, pour renforcer leurs capacités. Il arrive souvent que des entreprises nous demandent de fournir des CV, mais il se trouve que beaucoup n’ont pas de niveau, ou alors, les filières sollicitées ne sont pas disponibles. C’est pourquoi je pense qu’il faut aujourd’hui privilégier l’enseignement technique pour parer à cela notamment.

Particulièrement pour les femmes, que faites-vous dans le cadre de nos prérogatives bien entendu ?

Nous faisons beaucoup et comme nous pouvons. D’ailleurs dans les référentiels avec les partenaires, nous sommes obligés de présenter une liste où figure 30% de femmes. Mais ce n’est pas facile à ce niveau non plus. Les femmes doivent se battre pour arracher leurs droits, rien ne se gagne facilement dans la vie.

Mlle la Chargée de Communication si on vous demandait vos difficultés qu’allez-vous nous répondre?

La pression, le stress qu’il faut gérer. Vous avez au minimum 2 réunions par jour, il faut ordonner tout cela, relayer les informations sur les réseaux sociaux parce que les jeunes étant nos cibles, nous investissons énormément sur les TIC, les médias sociaux notamment. Et comme je disais, le faible niveau de la plupart des demandeurs d’emplois et l’inadéquation formation emploi.

Comment voyez-vous la femme Guinéenne aujourd’hui dans son évolution ?

Je crois que du chemin a été parcouru, il faut le noter, mais il reste encore beaucoup de choses pour s’épanouir et être au même que les hommes. J’encourage les femmes à aller vers l’entreprenariat, avec ça vous décidez de ce que vous faites, vous êtes votre propre patron. Ainsi on s’épanoui franchement et devient autonome.

Vous êtes noire et fière à vous voir, pourquoi vous n’avez pas dépigmenté votre peau comme beaucoup d’autres femmes africaines et guinéennes ?

(Sourire), je ne sais pas pourquoi on ne peut pas être fière de ce que nous sommes. Moi je suis fière de ma peau, et je conseille aux femmes de garder le naturel, rester le teint.

Celles qui pensent que ce sont les hommes qui les incitent à se dépigmenter, je pense que c’est un complexe, et rien ne garantit que cet homme qui vous incite à cela, restera avec vous pour la vie. Alors c’est du gâchis de vouloir ressembler aux autres aussi ça n’a pas de sens à mon niveau.

Que pensez-vous du mariage et de la polygamie ?

(Rires) je pense bien me marier faire des enfants comme toutes les femmes, en tous cas pour la plupart. Pour ce qui est de la polygamie, je ne suis pas pour. Vous savez on ne peut jamais aimer deux personnes de la même manière, ou on aime ou on aime pas. Je suis contre la polygamie et c’est définitif.

Pour ceux qui pensent que les femmes sont nombreuses, elles représentent plus de 52 % de la population, et disent que les femmes doivent accepter de partager leurs maris sinon beaucoup n’auront pas d’époux, vous en dites quoi ?

(Sourire) franchement, c’est l’excuse parfaite des hommes, mais non je ne suis pas d’accord. Tout le monde, je parle des femmes ne sont pas faites pour se marier, beaucoup le font pour faire des enfants, ou échapper au regard de la société. Moi je suis contre et voilà.

Nous sommes sur un média spécialisé sur l’environnement, que pensez-vous de notre environnement ?

Dégradé par l’action minière, on salit partout, on coupe les bois, il faut voyager à l’intérieur du pays pour s’en rendre compte. Il y’a aussi que les pluies retardent et ne sont pas continuelles comme par le passé. Chacun doit s’en rendre compte et prendre conscience. Je pense que la loi fria doit être de retour. A chaque cérémonie, on doit planter des arbres, pour aider à la restauration du couvert végétal fortement dégradé aujourd’hui.

Entretien réalisé par Idiatou CAMARA pour radioenvironementguinee.org

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Interview avec Amadou Diallo de la BBC : la toute première convocation du Pr. Alpha Condé à la police judiciaire

5 mars 2019 à 21 09 21 03213
Amadou Diallo

Dans une très vivante interview accordée à Guineematin.com, le journaliste Amadou Diallo a donné sa lecture de la situation sociopolitique actuelle de la Guinée. Dans cette dernière partie, l’ancien correspondant de la BBC (British Broadcasting Corporation) à Conakry est revenu sur le règne du président Alpha Condé, les relations que lui, Mouctar Bah de RFI et Ben Daouda Sylla d’Africa N°1 avaient avec les opposants Alpha Condé, Siradio Diallo et Bâ Mamadou, ses deux seules sanctions en Guinée en tant que journaliste, et sur bien d’autres sujets.

Décryptage !

Guineematin.com : après Moussa Dadis, il y a eu Sékouba Konaté, puis Alpha Condé au pouvoir. Mais, on constate que plus de 9 ans après le massacre du 28 septembre 2009, on continue d’enregistrer des morts pendant les manifestations de l’opposition à Conakry. Comment, à partir de Dakar, vous observez cela ?

Amadou Diallo : c’est avec beaucoup de peine ! J’observe tout ça avec beaucoup de peine, parce que je trouve qu’il y a eu beaucoup de sacrifices pour que la Guinée fasse le bond en avant. Il y a eu beaucoup, beaucoup de sacrifices. Combien de personnes ont été tuées dans les manifestations de l’opposition sous le régime du Général Lansana Conté ? Moi, je ne saurais le dire, mais il y en a eu beaucoup. Rien qu’avec l’insurrection populaire de 2006-2007, dirigée par le syndicat (par la CNTG affiliée à l’USTG), il y avait eu beaucoup de morts, indépendamment des autres manifestations antérieures de l’opposition. Donc, vous savez par après ce qui s’est passé quand il y a eu le gouvernement de consensus dirigé par Lansana Kouyaté. Certains Guinéens disaient que c’était la seconde indépendance de la Guinée. Mais, rapidement aussi, cette indépendance s’est effilochée. Vous avez dit qu’après Dadis, il y a eu Sékouba Konaté, il y a eu après le professeur Alpha Condé. Sous Sékouba Konaté, je ne pense pas qu’il y ait eu de victimes. Probablement, il y en a eu ; mais, je n’ai pas souvenance qu’il y ait eu de manifestations réprimées dans le sang et ayant entrainé mort d’hommes. De toutes les façons, lorsque le Général Konaté prenait les rênes du pouvoir, j’étais déjà à Dakar ; lorsque le capitaine Dadis a été victime de cette tentative d’assassinat, j’étais déjà à Dakar. Donc, j’ai suivi la gestion du pouvoir du Général Konaté à partir de Dakar.

Sous le régime du Professeur Alpha Condé, c’est dommage, il y en a eu. Et là, je suis vraiment déçu. Je le dis franchement, je suis déçu parce que le Pr Alpha Condé, je l’ai connu quand il était dans l’opposition. Je vous ai dit, le Pr Alpha Condé, feu Bâ Mamadou, feu Siradiou Diallo, je peux dire que c’était mes potes, mes amis. Ils se battaient pour la liberté et la démocratie, ils se battaient pour que les Guinéens ne meurent plus dans les manifestations de l’opposition parce qu’à leur temps, il y avait beaucoup de militants de l’opposition qui avaient été tués par les forces de l’ordre. La répression sous le Général Lansana Conté aussi était sans limite. Donc, je dis que j’observe tous ces évènements avec beaucoup de gêne parce quelqu’un qui s’est battu pendant toutes ces années pour l’instauration de la démocratie dans son pays, qui arrive au pouvoir et qui n’arrive pas à empêcher des répressions des manifestations des militants de l’opposition, honnêtement, je n’arrive pas à comprendre cela.

Je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe parce que, personnellement, je me disais que ce soit Jean Marie, Pr Alpha Condé, Bâ Mamadou ou Siradiou Diallo, si l’un d’eux arrivait au pouvoir, ça allait changer, étant donné qu’ils se sont battus véritablement, parce que c’était difficile de se mouvoir pour les partis politiques. Et donc, les quatre que je vous ai cités se battaient pour qu’il y ait le droit de manifester, qu’ils aient accès à la RTG, les libertés publiques, les libertés individuelles. C’était leur combat, les élections libres et transparentes, la libéralisation des ondes. Mais, je constate que les Guinéens continuent de mourir dans les manifestations de l’opposition alors que c’est le Pr Alpha Condé qui est au pouvoir. Honnêtement, j’ai du mal à l’expliquer. J’ai du mal à le comprendre, franchement.

Guineematin.com : avez-vous eu des contacts avec lui depuis qu’il est arrivé au pouvoir ?

Amadou Diallo : non, depuis que le Pr Alpha Condé est arrivé au pouvoir, il n’y a pas eu de contact entre lui et moi. Il y avait des contacts avant qu’il n’arrive au pouvoir, avant qu’il ne devienne président.

Guineematin.com : l’aviez-vous rencontré ?

Amadou Diallo : je l’ai rencontré ; mais, c’était lors d’une interview. Je pense que c’était lors de sa première sortie quand il est venu à Dakar après les élections de 2010. Il avait fait une sortie sur Dakar ; et, à l’époque, le chef de bureau de la BBC était un guinéen, Ibrahima Diané, qui m’avait demandé d’aller l’interviewer, lui et moi. A cette occasion, on était allé interviewer le Pr Alpha Condé. Il était nouvellement venu.

Guineematin.com : il n’y avait encore que des promesses, il n’y avait pas de passé ?

Amadou Diallo : non, il venait d’arriver, c’était les premiers moments. J’avais été avec Ibrahima Diané à l’hôtel Méridien qu’on appelle aujourd’hui le King Fahd Palace, on l’a interviewé pour la BBC. Mais, depuis ça, je ne l’ai pas rencontré.

Guineematin.com : pourtant, vous vous connaissez bien ?

Amadou Diallo : absolument ! Ah non ! Je vous dis que je le connais très bien et il me connaît très bien parce qu’à l’époque, l’opposition n’avait aucun moyen de se faire entendre sinon qu’à travers la BBC, RFI et Africa N°1. Donc, il va sans dire que le Pr Alpha Condé connaît Amadou Diallo. Il connaît parfaitement qui est Amadou Diallo. C’est pour cela que, le connaissant, connaissant aussi les valeurs pour lesquelles il se battait avec ses pairs de l’opposition, je n’arrive pas à comprendre que des militants de l’opposition soient tués lors des manifestations politiques en Guinée. L’opposition parle de 103 morts. C’est très compliqué. Pendant tout le régime du Président Abdoulaye Wade au Sénégal, pendant 12 ans (entre le 1er avril 2000 et le 02 avril 2012, ndlr), il y a 6 qui ont été tués lors des manifestations de l’opposition au Sénégal. Faites la comparaison.

Guineematin.com : il y a aussi le cas de votre ami et confrère, Mouctar Bah, qui a été suspendu pour trois mois. Comment avez-vous accueilli cela ?

Amadou Diallo : j’observe tout ça avec beaucoup de regret parce que je me dis que Mouctar Bah, Ben Daouda, Amadou Diallo, le Pr Alpha Condé nous connaît parfaitement bien. Que Mouctar soit suspendu sous le règne du Pr Alpha Condé, honnêtement, là aussi, je n’arrive pas à me l’expliquer. Les gens peuvent tout dire de Mouctar Bah, ils ne connaissent pas Mouctar Bah ; mais, le Pr Alpha Condé connaît Mouctar Bah… Quand le Pr Alpha Condé, Jean Marie, Bâ Mamadou, Siradiou Diallo étaient dans l’opposition, nous on faisait notre boulot. Je ne sais pas s’ils percevaient le travail professionnel que nous faisions comme une aide ; mais, nous, on faisait notre boulot. En tout cas, ils ne pouvaient pas se faire entendre à l’étranger, à l’extérieur de la Guinée et même à l’intérieur de la Guinée, sans BBC, sans RFI et sans Africa N°1.

Donc, c’est pourquoi ça me gêne d’entendre que Mouctar Bah a été suspendu sous le règne du Pr Alpha Condé. Ça me gêne, ça me perturbe un peu parce que je me dis que si j’étais en Guinée également, on m’aurait suspendu, on m’aurait qualifié aussi de journaliste ethno. Et pourtant, lorsque le Pr Alpha Condé était dans l’opposition et qu’on faisait des reportages, lorsqu’il a été arrêté, tous les papiers qu’on a faits lorsqu’il était en détention pouvaient nous envoyer en prison. Lorsqu’il était dans l’opposition, tous les papiers qu’on a faits sur lui pouvaient nous envoyer en prison sous le régime du Général Lansana Conté parce que la situation était assez difficile, assez tendue à l’époque. Et, le régime du Général Lansana Conté ne voulait pas sentir le Pr Alpha Condé.

Lorsqu’il a été arrêté, tout papier diffusé sur les ondes internationales comme la BBC, RFI pouvait valoir la prison. Nous l’avons fait. On a si bien fait cela qu’au moment du verdict, moi, j’ai été suspendu. La BBC a été suspendue, RFI a été suspendue, Africa N°1 aussi. Je vous dis que les deux fois que j’ai été suspendu dans ma vie professionnelle, que j’ai eu des sanctions, c’est à propos du Pr Alpha Condé et le RPG. La première fois, c’était à la RTG, c’était le directeur général de la RTG à l’époque, permettez-moi de ne pas le nommer, parce que ça va certainement le gêner…

Guineematin.com : il est vivant ?

Amadou Diallo : oui, il est vivant.

Guineematin.com : c’est un adversaire du régime actuel ?

Amadou Diallo : pas du tout. Je pense qu’il ne milite pas ; mais, c’est quelqu’un pour lequel les gens ont beaucoup d’estime et d’admiration en Guinée. Permettez-moi de ne pas le nommer.

Guineematin.com : qu’est-ce qui s’est passé pour qu’il vous suspende ?

Amadou Diallo : c’est une longue histoire. La première convocation du Pr Alpha Condé à la police judiciaire en 1991, il avait organisé un meeting qui était interdit et le régime a cru devoir l’interroger, l’entendre, le convoquer à la police judiciaire. Et ce jour-là, la tension était vive à Conakry, notamment à Kaloum, parce que la police judiciaire était à Kaloum. Je ne sais pas si elle est toujours à Kaloum.

Guineematin.com : elle est toujours là-bas.

Amadou Diallo : la RTG n’est pas loin. Donc, la rédaction me désigne et je me fais accompagner par un doyen, Boubacar Bah « MAO ». Il est vivant encore et je souhaite que Dieu lui donne longue vie. C’est lui qui décide de m’accompagner pour voir ce qui allait se passer parce que ça risquait de dégénérer. Donc, nous arrivons à la PJ qui était encerclée par des militants du RPG. La police était bien sûr déployée et à la porte d’entrée, c’était des militants du RPG qui étaient là.

Guineematin.com : des militants pacifiques ?

Amadou Diallo : pacifiques, mais assez déterminés. C’était la première fois que le Pr Alpha Condé était convoqué à la police judiciaire. Donc, ils étaient assez déterminés. Je vous dis que c’était les militants qui tenaient la porte d’entrée de la Police Judiciaire ce jour-là. Et donc, j’arrive avec le doyen Boubacar Bah, on se présente, ils nous laissent passer.

Guineematin.com : la police n’était pas là ?

Amadou Diallo : non ! La police n’était pas là ! La police était déployée ; mais, à la porte d’entrée c’étaient les militants du RPG qui étaient là, ils nous dévisagent, vous connaissez les considérations irrationnelles de certains (…) et ils nous laissent passer. Le Pr Alpha Condé était à l’intérieur, face au commissaire qui devait l’interroger. Et, à peine le commissaire ouvre la bouche pour poser la première question, nous entendons des jets de pierres et des tirs de gaz lacrymogènes à l’extérieur de la Police Judiciaire. C’était le cafouillage ! Et, en une fraction de seconde, les militants du RPG sont venus extraire le Pr Alpha Condé et ils sont sortis de la salle. Donc, l’interrogatoire n’a pas eu lieu.

Guineematin.com : ils l’ont forcé à sortir ?

Amadou Diallo : non ! C’était ses militants et sa garde.

Guineematin.com : ses militants qui viennent empêcher qu’il soit entendu ?

Amadou Diallo : je vous dis que ce n’était plus possible, parce qu’il y avait déjà les gaz lacrymogènes. Ça tirait dehors et les militants aussi jetaient des pierres. Les vitres de la DPJ étaient brisées.

Guineematin.com : par les militants ?

Amadou Diallo : oui, par les militants ! Et, les policiers tiraient des gaz lacrymogènes. Donc, il y avait des affrontements entre militants et forces de l’ordre.

Guineematin.com : au niveau même de la PJ ?

Amadou Diallo : oui, au niveau de la PJ.

Guineematin.com : c’était audacieux de la part des militants du RPG de venir s’attaquer à la police judiciaire.

Amadou Diallo : je pense qu’ils avaient leur champion qui était entendu, ils ne savaient pas s’il allait être arrêté ou pas. C’était de bonne guerre qu’ils soient là-bas pour le protéger, pour le défendre. C’est ce qu’ils ont fait. Ils ont si bien fait ça que, en tout cas, il n’a pas été entendu. En une fraction de seconde, la garde du Pr Alpha l’a extrait de la salle et ils sont sortis de la ville. C’était des affrontements et évidemment, le doyen Boubacar Bah et moi, on a cherché à quitter la DPJ. C’est ce jour-là que le premier militant du RPG, sous le régime du Général Lansana Conté, a été abattu par un policier à bout portant…

Guineematin.com : le tout premier ?

Amadou Diallo : le tout premier militant du RPG qui est mort sous le régime du Général Lansana Conté (j’apprendrai plus tard qu’il s’appelait Mamady Condé) est mort au rond-point entre la Police judiciaire, l’immeuble Sony et l’ancien bâtiment qui abritait Air Guinée. Et justement, c’est à cause de cette victime que j’avais été sanctionné. Quand nous avons réussi à retourner à la RTG, parce qu’entretemps, des jeunes de Kaloum aussi étaient sortis contre les militants du RPG pour appuyer la police, il y avait donc des affrontements. Quand nous avons rejoint la RTG, j’ai fait mon papier qui devait passer dans le journal de midi (12 heures 45’), le directeur général a demandé à le voir. Lorsque le papier lui est arrivé, il m’a dit : ‘’monsieur Diallo, vous avez dit qu’il y a eu un mort ?’’ J’ai dit ‘’oui, il y a eu un mort, un militant du RPG a été tué par balles, il est couché en ce moment au carrefour’’. Le directeur ne voulait pas qu’on annonce, qu’on en parle. Et donc, il a saisi le papier et m’a dit de retourner à la police pour confirmer. Je retourne, entretemps, la police donne une conférence de presse, elle confirme qu’il y a eu un mort ; mais, il était 15 heures. Le directeur général en question était parti. Mais, en partant, il avait raturé tout mon papier, il avait écrit des contre-vérités…

Guineematin.com : sur ce que vous avez vécu ?

Amadou Diallo : oui, sur ce que moi j’ai vécu, il a écrit des contre-vérités et pour lui, je devais aller à l’antenne pour lire ces contre-vérités. Mais, moi, je vous ai dit que je me suis toujours assumé. Lorsque je suis allé vers 15h-16h, il y avait le bulletin de 16h15’, on m’a rendu le papier qui était totalement raturé avec des histoires qui étaient fausses. J’ai dit ‘’non, ça, je ne peux pas le dire’’. Donc, je n’ai pas lu ce papier, je suis allé en direct pour le 16H 15’ où j’ai lu tout ce que j’avais écrit en disant qu’il y a eu un mort, un militant du RPG a été tué par balles. Le directeur général écoutait bien la RTG, quand il a entendu ça, il était dans tous ses états. Il a appelé la RTG pour dire de ne pas repasser le papier.

Guineematin.com : parce que lui, son papier n’annonçait pas de mort ?

Amadou Diallo : il n’annonçait pas de mort. C’était tout à fait le contraire.

Guineematin.com : il faisait croire peut-être que les militants étaient provocateurs et violents ?

Amadou Diallo : exactement ! Et moi, je me suis assumé, j’ai dit que je ne peux pas le dire, je ne peux pas le nier parce que j’ai vécu.

Guineematin.com : vous avez retracé ce qui s’est passé ?

Amadou Diallo : j’ai retracé ce que j’ai vécu ; et, là, j’étais prêt à prendre n’importe quelle sanction à cause de ça. C’est pour cela que je suis allé à l’antenne, j’ai lu ce que moi j’ai écrit, j’ai dit qu’il y a un mort, un militant du RPG. De chez lui, le directeur a ordonné de ne pas repasser le papier. A 22 heures, j’ai dit à mon épouse, c’était en 1991, je venais de me marier, j’ai dit à mon épouse : ton mari a provoqué des histoires à la RTG (rire). Et donc, le matin, puisque je suis matinal, je viens trouver que le directeur général était flanqué de ses deux directeurs (radio et télé), je viens lui tendre la main, il ne répond pas. Les deux autres directeurs me répondent quand même. Il me dit : ‘’monsieur Diallo, montez dans mon bureau, vous pensez que vous êtes intelligent, montez dans mon bureau’’. Il me dit : ‘’qu’est-ce que vous me voulez ?’’

Guineematin.com : il vous dit ça dans son bureau ?

Amadou Diallo : il me dit ça dans son bureau. Il dit : ‘’qu’est-ce que vous me voulez ? Vous pensez que vous êtes intelligent ? Moi, j’ai été major de ma promotion’’. J’ai dit : ‘’directeur, là, je vous arrête parce que moi aussi, j’ai été major de ma promotion. J’ai fait l’école normale supérieure de Manéah et j’ai été major. J’ai mes condisciples ici, vous pouvez le leur demander, ils sont nombreux à la RTG’’. Et, il dit : ‘’je ne veux pas vous voir ici, sortez de mon bureau, vous êtes sanctionné, quittez la RTG et ne revenez plus’’. J’ai dit tant mieux. Je prends mon sac et je sors de la RTG. Je ne suis même pas allé à la rédaction. Je sors complètement de la RTG, je viens retrouver ma nouvelle épouse et je lui dis ce qui m’était arrivé. Elle s’inquiète ; mais, je dis que ça va aller. J’ai fait deux semaines à la maison ; et puis, à la fin du mois, je vais au ministère de l’information pour prendre mon salaire. Et c’est là que je rencontre un aîné, Boubacar Yacine Diallo, qui me dit : ‘’Amadou, qu’est-ce qui se passe ? On ne te voit plus à la RTG’’. Je lui dis que je suis sanctionné. Il dit : ‘’mais, qui t’a sanctionné ?’’ Et, je réponds que c’est le directeur général. Je lui explique, il dit non, viens avec moi. Je suis Yacine et nous allons à la direction générale. Il trouve le directeur et pose mon problème. Le directeur général était un peu agacé parce qu’entretemps, mes amis de la rédaction sont sortis dire partout dans la ville qu’Amadou a été sanctionné parce qu’il a été objectif et que le directeur voulait lui faire dire des choses qu’il n’a pas voulues.

Et, donc, quand Boubacar Yacine est allé lui poser mon problème, tout de suite, il a accédé à la demande ; et, il a dit : ‘’oui, ce jeune, j’ai une admiration pour lui ; mais, parfois, il fait le têtu’’. Le directeur me dit de reprendre. Et, en passant, je remercie Boubacar Yacine Diallo qui ne se souvient même pas de cette histoire. Il n’y a pas longtemps, je lui ai rappelé ça. C’était ma première sanction en tant que journaliste.

La seconde, c’est lorsque le Pr Alpha Condé a été arrêté. Deux à trois mois avant le verdict, nous avons été sanctionnés : Ben Daouda Sylla, Amadou Diallo et Mouctar Bah par le CNC (Conseil National de la Communication), dirigé à l’époque par Emile Tonpapa, parce que nos reportages gênaient bien le régime.

Guineemation.com : donc, on n’a pas voulu que vous continuiez à couvrir le procès ?

Amadou Diallo : pas du tout. Et c’est justement pour qu’on ne continue pas de couvrir le procès, de couvrir le verdict. Honnêtement, nos travaux gênaient parce qu’avant ça, pendant tout le temps qu’a duré le procès du Pr Alpha Condé, nous étions les seuls à l’approcher dans la salle d’audience, à parler avec lui. Nous étions les seuls qui osions le faire parce que la salle d’audience était remplie d’agents de renseignements du régime. Il y avait beaucoup de journalistes ; mais, les gens n’osaient pas approcher le Pr Alpha Condé pour parler à cause des agents de renseignement. Mais, nous (Mouctar, Ben Daouda et moi), on l’approchait pour parler. Il acceptait qu’on l’approche parce qu’il était aussi très méfiant, il ne se confiait pas à tout le monde.

Guineematin.com : mais, avec vous, il le faisait ?

Amadou Diallo : absolument ! C’était un ami à nous. Donc, il se confiait à nous, toutes ses conditions de vie, de détention et tout. Et, je rappelle qu’un jour, un journaliste de la RTG qui couvrait l’évènement m’a approché pour dire ‘’Amadou, il ne faut pas t’approcher du Pr Alpha Condé parce qu’ici, il y a beaucoup d’agents des renseignements ; sinon, cela va te coûter cher’’. Il avait raison, la tension était palpable. Il y avait trop de tension autour de ce procès, il y avait trop de tension autour de son arrestation. Mais, j’ai juste dit à ce grand frère : ‘’vous savez, le travail que je fais à la BBC ne m’interdit pas d’aller vers lui’’… Et, évidemment, j’ai continué à venir vers lui tous les matins, le saluer et parler avec lui.

Nous, on le faisait et il y a un autre leader politique qui faisait ça, c’était Bâ Mamadou. Presque chaque matin, il assistait au procès et était aux côtés du Pr Alpha Condé. Je vais dire que pendant toutes ces années, les deux sanctions que j’ai eues comme journaliste, c’est autour du Pr Alpha Condé. C’est avec ce directeur général qui était à la RTG et avec le CNC à deux ou trois mois du verdict.

Guineematin.com : le Pr Alpha Condé, comme vous l’avez bien connu, est-ce qu’il avait une mentalité de s’attaquer au régime du Général Lansana Conté ?

Amadou Diallo : ah non ! C’était un opposant.

Guineematin.com : le procès, c’est parce qu’il voulait sortir de la Guinée. On a dit qu’il avait des rebelles pré-positionnés ?

Amadou Diallo : ça, je ne peux pas le dire, honnêtement !

Guineematin.com : vous avez suivi le procès et il se confiait à vous…

Amadou Diallo : il a même écrit une brochure parce qu’il n’a jamais voulu s’exprimer. Lors du procès, il n’a pas parlé.

Guineematin.com : mais, qu’est-ce qui s’est passé ?

Amadou Diallo : il n’a pas parlé lors du procès ; mais, en tant que journalistes, nous couvrions ce procès, nous étions convaincus que c’était des accusations fallacieuses. C’était juste parce qu’il était opposant.

Guineematin.com : vous continuez à croire qu’il ne voulait pas attaquer le pays ?

Amadou Diallo : je continue à croire qu’il ne voulait pas attaquer le régime parce que vouloir sortir du pays, même si c’était en période électorale, est-ce que c’était un crime ?

Guineematin.com : ce n’était pas un crime ; mais, c’était quand même un délit, parce qu’il y avait un décret qui annonçait la fermeture des frontières et qui interdisait donc de sortir du pays.

Amadou Diallo : d’accord ! Mais, ce n’était pas un crime ! Donc, s’il a été arrêté pour ça ; et puis, on l’accuse d’atteinte à la sûreté de l’Etat, je pense que c’est un peu le lot des opposants en Afrique. Souvent, quand ils sont arrêtés, je crois que le premier chef d’accusation qu’on leur colle, c’est atteinte à la sûreté de l’Etat ou tentative de déstabilisation et tout. Je continue à croire qu’il n’avait pas tenté de déstabiliser parce qu’il avait un parti politique légalement constitué et il se battait dans l’opposition. Pourquoi avait-il besoin de renverser le régime par d’autres voies ? Je ne crois pas qu’il avait cette intention, honnêtement.

Guineematin.com : aujourd’hui, comment vous trouvez ce monsieur qui a été victime de tant de montages et qui agit contre les libertés, la démocratie ? Il empêche même la société civile de manifester.

Amadou Diallo : c’est pourquoi, je dis que j’observe tout ça avec beaucoup de peine, parce que si c’était une autre personne qui gérait le pays, je pouvais l’imaginer ; mais, pas le Pr Alpha Condé qui a milité dans l’opposition, comme il le dit, pendant une quarantaine d’années et qui, de 1990 lorsqu’il est rentré en Guinée jusqu’en fin 2009, était un leader actif de l’opposition. Donc, c’est quelqu’un qui s’est battu pour la démocratie en Guinée. On ne peut pas lui dénier cela parce que vous savez que la Constitution guinéenne de 1990, c’était une Constitution qui prévoyait un multipartisme limité à deux. Il y a deux personnes qui se sont battues pour que le multipartisme soit intégral et que la période de transition qui devrait durer pendant 5 ans soit raccourcie à un an : c’est le Pr Alpha Condé et feu Bâ Mamadou. Ce sont les deux qui se sont battus à l’époque, bec et ongles, qui ont risqué leur vie pour raccourcir la période de transition et pour que le multipartisme soit intégral. Donc, c’est quelqu’un, on ne peut pas dire qu’il ne s’est pas battu pour la démocratie en Guinée. Mais, puisqu’il s’est battu, il ne doit pas freiner cet élan démocratique. Je me disais souvent que là où le Pr Alpha Condé pouvait avoir beaucoup plus de résultats, ce n’est pas dans l’électricité, ce n’est pas dans l’économie ; mais, c’est dans le domaine politique, dans la restauration des libertés publiques et individuelles, dans la possibilité qu’il allait offrir aux partis politiques le droit de manifester librement sans être gazés, d’avoir accès à la RTG comme il avait voulu lorsqu’il était dans l’opposition. Donc, pour moi, c’est là où il pouvait avoir des résultats le plus rapidement possible, surtout dans le domaine politique.

Guineematin.com : et comment vous comprenez sa position actuelle ?

Amadou Diallo : c’est difficile de comprendre. Surtout pour moi, c’est difficile de comprendre.

Guineematin.com : certains pensent qu’il veut rester au pouvoir au-delà de ses deux mandats constitutionnels. Est-ce que ce n’est pas aussi une stratégie ? Peut-être que donner ce pouvoir-là aux partis politiques, ce n’est pas envisageable pour quelqu’un qui veut s’accrocher au pouvoir.

Amadou Diallo : pour le moment, beaucoup de personnes l’accusent de vouloir s’accrocher ; mais, puisqu’il ne s’est pas prononcé, même s’il y a des signaux qui ne trompent pas comme on le dit, mais pour le moment, il ne s’est pas prononcé comme étant un futur candidat à l’élection présidentielle de 2020. On va lui accorder le bénéfice du doute. J’ose penser qu’il ne va pas vouloir se représenter. Il s’est battu pendant longtemps pour le respect de l’Etat de droit en Guinée, pour le respect de la Constitution, je pense qu’il ne va pas tordre la main à la Constitution. Son passé ne le lui permet pas, il ne l’autorise pas à le faire. Il doit agir, aller dans le sens de l’histoire. Il ne doit pas se laisser entraîner, embobiner. Vous savez, j’avais demandé au capitaine Dadis, un mois avant le 28 septembre, est-ce que certains de ses collaborateurs ne le trompent pas quand on a vu qu’il voulait maintenant se présenter.

Guineematin.com : c’était lors d’une interview ?

Amadou Diallo : c’était lors d’une conférence de presse, la dernière conférence. Ce jour-là, j’ai demandé au capitaine Dadis, est-ce qu’il n’a pas le sentiment que certains de ses proches le trompent. Il avait esquivé la question, il avait un peu banalisé la question ; mais, la question était pleine de sens, de profondeur et même de sagesse. C’est pour ça que je me demande aussi pour le Pr Alpha Condé, est-ce que certains de ses proches collaborateurs ne le trompent pas. Je pense qu’il doit s’inscrire dans le sens de l’histoire.

Guineematin.com : on arrive au terme de cette interview ; mais, on ne peut pas vous laisser comme ça sans vous demander un conseil à l’endroit de la jeune génération de journalistes. Pour beaucoup, vous êtes un modèle, quel conseil avez-vous à leur donner ?

Amadou Diallo : vous savez, souvent, je me demande est-ce que j’ai des conseils à donner ? On m’a souvent posé cette question ; mais, je me suis toujours demandé est-ce que j’ai la qualité de donner des conseils. Mais, si je devais le faire, c’est de dire qu’il y a deux ou trois choses qu’il faut en journalisme. Mais, c’est d’abord l’audace. Il faut être audacieux, il faut prendre des risques. Il faut être honnête aussi. Et, dans l’honnêteté, vous avez tout ce qui découlera après : l’objectivité, l’impartialité, la neutralité, l’indépendance. Si vous n’êtes pas indépendant, si vous n’êtes pas impartial, si vous n’êtes pas indépendant des pouvoirs publics, des pouvoirs économiques, de l’opposition (parce que l’indépendance n’est pas seulement vis-à-vis de l’Etat), si vous n’êtes pas indépendant, vous n’êtes pas neutre, vous n’êtes pas équilibré dans vos informations, quel journaliste vous pouvez être ? Parce que moi, j’ai toujours considéré que l’engagement politique tue le journaliste, tue l’artiste, tue même le musicien. Je dis que vous pouvez aller voter pour X ou Y lors d’une élection. Je ne dis pas qu’un journaliste ne doit pas militer parce que la loi l’autorise, je ne vois pas dans un pays, la loi dire : ‘’vous êtes journaliste, vous ne devez pas militer’’. Le journaliste peut militer. Mais, il faut être honnête, objectif et impartial dans le travail. Ce militantisme ne doit pas rejaillir dans votre travail. Et, si vous ne pouvez pas faire cette démarcation entre le journaliste et le militant, le mieux c’est de ne pas militer.

Vous savez, nos pays sont socialement très fragiles avec des États qui rivalisent dans la répression. Dans un tel contexte, un journaliste militant, partisan devient un problème. Car, soit il va encourager les gouvernants dans la répression, s’il épouse aveuglement les thèses du régime, ce fut le cas de la Voix de la Révolution, pendant les 26 ans de règne de Sékou Touré, soit il va contribuer à fragiliser davantage le tissu social, s’il milite pour d’autres causes qui sont loin de toute rationalité. Le fusil tue c’est certain, mais les mots aussi peuvent « ôter la vie ». Un journaliste responsable doit le savoir.

Interview réalisée à Dakar par Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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Amadou Diallo (BBC) sur son brillant parcours (Suite)

17 février 2019 à 13 01 32 02322

Comme annoncé précédemment, Amadou Diallo, ancien correspondant de la BBC en Guinée, a accordé récemment une interview à un journaliste de Guineematin.com qui était en séjour à Dakar, au Sénégal. Pour sa première interview depuis son départ de la Guinée, le célèbre journaliste est revenu sur son parcours scolaire et professionnel. Après la première partie qui portait sur ses études et son parcours à la RTG, nous vous proposons aujourd’hui la deuxième partie de cette interview, portant sur son expérience avec la BBC, en tant que correspondant de ce médium en Guinée. https://guineematin.com/2019/01/20/amadou-diallo-bbc-lenfant-de-diari-revient-sur-son-brillant-parcours-interview/

Amadou Diallo, ancien correspondant de la BBC en Guinée

Décryptage !

Guineematin.com : vous étiez à la RTG lorsque vous avez eu l’occasion de rejoindre la BBC pour être son correspondant en Guinée. Mais, on vous a demandé de faire un choix entre rester à la RTG et quitter pour rejoindre la BBC. Qu’avez-vous fait ?

Amadou Diallo : je suis quelqu’un qui assume. Je n’ai pas peur. Parce que ceux qui vous demandent de choisir, ils sont parfois frileux. Ils se disent qu’est-ce qu’il va faire, s’il choisit la BBC, qu’est-ce que la BBC va dire. Donc, quand on m’a demandé de choisir, je n’ai pas choisi. J’ai continué à travailler à la RTG comme si je ne travaillais pas à la BBC. Mais, j’ai refusé de faire certaines choses à la RTG. Je faisais la présentation et je me suis retiré des reportages parce que c’est souvent des séminaires, des cérémonies officielles.

Les cérémonies officielles, franchement, ça n’allait plus avec ce que je faisais à la BBC. Quel que soit le professionnalisme que j’allais mettre dans la couverture des cérémonies du genre inaugurations des mosquées, déplacements des ministres, dons de ceci et de cela, etc. quel que soit le professionnalisme que vous allez mettre, vous avez du mal à vous en sortir. Mais, vous n’êtes pas obligés de flatter Paul ou Pierre puisque je vous ai dit que je ne l’ai jamais fait à la RTG. 

Guineematin.com : vous avez rejoint donc la BBC comme correspondant en Guinée. Et, c’est là que vous vous êtes fait connaître véritablement.

Amadou Diallo : évidemment, c’est au niveau de la BBC que beaucoup de personnes ont connu Amadou Diallo. Mais, déjà, avant la BBC, j’avais travaillé pour l’agence sonore internationale de RFI, l’agence de coopération de la RFI. On envoyait des éléments à l’agence et ces éléments sonores étaient envoyés aux différentes radios nationales d’expression française. Par exemple, si je signe un papier, je dis simplement : « Conakry Amadou Diallo ». Donc, j’ai travaillé de 1995 à 1998 pour cette agence sonore internationale de RFI ; et, certains de mes éléments étaient diffusés par RFI parce que c’est la même maison. C’est après ça que la BBC est arrivée.

Guineematin.com : c’était en quelle année ?

Amadou Diallo : c’était en 1997.

Guineematin.com : comment c’est arrivé avec la BBC ?

Amadou Diallo : on peut dire le hasard même si certains n’acceptent pas le hasard. Il y avait une conférence sur la Sierra Léone ; comme vous le savez, dans les années 1990, la Sierra Léone et le Libéria étaient en guerre avec certains groupes rebelles. Certaines réunions pour ramener la paix et la sérénité dans ces pays, se tenaient à Conakry, notamment au palais du peuple. Et, comme vous le savez, la Guinée avait envoyé des troupes à l’ECOMOG. La Guinée, le Nigéria et le Ghana ont constitué les premières troupes de de l’ECOMOG aussi bien en Sierra Léone qu’au Libéria. La Guinée était vraiment impliquée dans la résolution des crises dans ces deux pays.  Certaines des réunions se tenaient au palais du peuple, à Conakry.

De là, je connaissais une journaliste de la BBC qui s’appelait Liz Blunt qui était basée à Abidjan, c’était une correspondante régionale. Et, elle est venue donc couvrir ces réunions, je l’avais connue auparavant. Lorsqu’on s’est vu, elle m’a dit : « écoutes Amadou, la BBC n’a pas de correspondant ici. Est-ce que tu peux essayer ? » J’ai dit : « pourquoi pas ? » Elle m’a dit : « on va voir ça ». Et, le lendemain, elle est allée me trouver à la RTG. C’est là pratiquement qu’on a peaufiné la chose et elle m’a dit qu’il ne s’agit pas de faire des papiers tous les jours ; mais, c’est quand c’est important tu fais un papier. Mais, en attendant, elle me dit : « laisses-moi aller en parler avec le rédacteur en chef du service français de la BBC ». Ce rédacteur en chef, c’était un béninois qui s’appelle Sylvain Semilinko, et que Sylvain allait m’appeler. Je n’avais pas de contact à l’époque, je lui ai communiqué donc les contacts de la RTG et elle est partie avec ça.

Et puis, un jour, une ou deux semaines après son départ, Sylvain m’a appelé pour me dire : « c’est Liz Brand qui m’a passé ton contact ». Je vais ouvrir une petite parenthèse pour dise que Liz Brand est une excellente journaliste de la BBC, grand-reporter de la BBC qui couvrait l’Afrique de l’Ouest à partir d’Abdjan. C’est la seule journaliste qui a assisté à la capture de Samuel Do au Libéria. Elle était dans l’enceinte de l’ECOMOG quand Samuel Do a été capturé par les hommes de Prince Johnson. Et, c’est pour cette raison que BBC Afrique a été la première chaîne radio à annoncer la capture de Samuel Do, parce que Liz Blunt était là. Et, donc, Sylvain m’a appelé pour me dire : « est-ce que tu es prêt ? » ; après, il me dit : « tu m’envoies un papier sur n’importe quel sujet, je vais voir ». Parce qu’il fallait aussi tester.

Mais, avant que je m’y engage réellement, j’avais consulté des aînés à moi puisqu’à l’époque (1997), c’était extrêmement difficile d’être correspondant d’une chaîne de radio internationale en Guinée. Il n’y avait pas de radios privées, la seule radio qui existait, c’était la RTG. Il y avait quelques journaux qui existaient : le Lynx, la Lance je crois, mais même les journaux, il n’y en avait pas assez. La presse audiovisuelle, il n’y en avait pas du tout, à l’exception de la RTG. Donc, c’était très difficile d’être correspondant d’une chaîne internationale comme la BBC. Puisqu’il y avait des risques énormes d’accepter le poste, j’avais consulté deux aînés. L’un est vivant et l’autre est décédé. J’ai consulté un aîné qui s’appelle Boubacar Bah « Mao » qui a été longtemps membre du CNC et qui est actuellement à la retraite. Il m’a dit : « il faut y aller, je sais que tu as les aptitudes pour le faire, tu peux aller ». L’autre, paix à son âme, c’est Mamadou Dia. C’est un monsieur que j’ai trouvé à la RTG et qui m’a aidé.

Je pense qu’il avait vu un talent en moi et il m’a aidé. Ce qui fait que de tous ceux avec lesquels je suis venu à la RTG, j’ai été le premier à passer à l’antenne. Donc, j’ai consulté ces deux aînés parce qu’au départ, honnêtement, j’avais des craintes. Pas pour savoir si je pouvais, mais parce que l’environnement politique, le climat médiatique, étaient hostiles. Et, c’est comme ça que c’est parti. J’ai envoyé un papier, deux papiers, trois papiers. Il (le rédacteur en chef de la BBC) a vu mes papiers et m’a dit : « on peut y aller ». S’il y a un évènement important, tu peux m’envoyer un papier.  Je vous dis déjà, le fait d’avoir travaillé avec l’agence sonore internationale de RFI de 1995 à 1998, ça m’avait aidé à voir les perspectives internationales. Qu’est-ce que les radios internationales recherchent, la façon de fonctionner, la façon de traiter l’information qui était différente de la RTG, parce que cette mutation ne pouvait pas être facile. C’est comme ça que j’ai commencé avec la BBC.

Guineematin.com : après vos débuts avec la BBC, vous n’avez pas eu de difficultés avec la RTG, votre employeur ?

Amadou Diallo : au niveau de l’employeur, tout de suite, ça ne m’a pas posé de problème parce que moi, je suis toujours quelqu’un d’indépendant d’esprit. Donc, à partir du moment où je me suis engagé, je prends les risques et les conséquences. A la RTG, au départ, il n’y avait pas eu d’hostilités. Mais après, évidemment, certains journalistes et des techniciens de la RTG qui se disaient proches du régime, ne voyaient pas d’un bon œil le travail que je faisais à la BBC. Et parfois, j’avoue que si je faisais un papier pour la BBC à 18 heures et qu’il passe, le lendemain, quand je viens à la RTG, il y a des  gens qui ne me saluaient pas ou qui me saluaient de façon très moche. Mais, c’est des gens qui se disaient proches du régime du général Lansana Conté et qui n’appréciaient pas du tout.

Guineematin.com : ils n’appréciaient pas l’indépendance que vous aviez ?

 Amadou Diallo : oui. L’indépendance que j’avais vis-à-vis de la RTG par rapport à la BBC. Donc au départ, il n’y a pas eu de problème. Mais après, il y a eu des hostilités au point qu’un jour, un ministre de l’information m’a dit : « il faut que tu choisisses entre la RTG et la BBC. Tu ne peux pas être à la BBC et à la RTG ». Comme si c’était deux entités diamétralement opposées. Malheureusement, on percevait la BBC et la RTG comme deux entités totalement différentes. Or, la BBC est un médium et la RTG est un médium. Normalement, entre les deux, les choses ne doivent pas être trop différentes. Il peut évidemment y avoir des différences, mais pas au point qu’on amène quelqu’un à choisir entre les deux. Mais, ceux qui géraient la RTG, les médias d’Etat, se disaient eux-mêmes que c’était tellement différent que quelqu’un ne peut pas être à la BBC et à la RTG. Evidemment, j’ai assumé mon choix parce que ce que je faisais à la RTG, je l’assumais parce que je n’ai jamais fait la flagornerie. Tout le temps que j’ai fait à la RTG, je n’ai jamais accepté de faire la flagornerie.

Guineematin.com : vous avez quitté donc définitivement la RTG pour rester avec la BBC. Et, vous êtes resté correspondant de la BBC en Guinée jusqu’en 2009.

Amadou Diallo : effectivement. De 1996-1997 en octobre 2009, je suis correspondant de la BBC en Guinée.

Guineematin.com : pendant toutes ces années, vous avez fait une multitude de reportages. Est-ce que de tous ces reportages, vous avez un seul qui vous séduit particulièrement, que vous pourrez qualifier de meilleur ?

Amadou Diallo : là, vous me posez une question qu’il est difficile de répondre. Parce que, imaginez, j’ai été pendant 12 à 13 ans, correspondant de la BBC, et la Guinée c’est un pays où l’actualité se bouscule, parfois avec des actualités politiques difficiles, parfois dangereuses : assez de violences et de répressions. Honnêtement, quand vous êtes au cœur de cette actualité, on vous demande quel est votre meilleur reportage, c’est compliqué. Mais, il y a des reportages d’actualité mais aussi des reportages magazines. J’ai fait beaucoup de reportages magazines, j’ai touché tous les aspects de la société. Des reportages sur les aspects économiques, sur la culture, l’éducation, la pauvreté, etc.

Certains m’ont beaucoup marqué et marqué beaucoup de personnes aussi. Sur l’actualité, honnêtement, tout ce qui touchait pratiquement la politique, je dis qu’il y avait des bonnes choses, des grands reportages : que ça soit sur les élections, sur les manifestations qui ont été réprimées parce que souvent à l’époque, les manifestations étaient interdites et l’opposition cherchait à braver l’interdiction. Donc, c’était un peu comme aujourd’hui, mais peut-être même avec beaucoup plus de violence. Je pense qu’à l’époque, il y avait beaucoup plus de violence. Aujourd’hui encore il y a beaucoup de violence parce qu’évidemment, il y a beaucoup de morts lors des manifestations de l’opposition. Est-ce qu’on peut dire qu’entre 1997 et 2018 la Guinée a progressé ou a régressé, du point de vu des acquis démocratiques ? Je n’en sais rien.

Il se pourrait qu’entre 1997 et 2018, il y ait eu des progrès dans les libertés publiques. Ce n’est pas à moi de juger, mais je constate qu’il y a beaucoup de répression  quand l’opposition manifeste. Il y a la répression même quand la société civile manifeste. Je constate les mêmes choses que l’opposition dénonçait hier sous le régime du général Lansana Conté, c’est-à-dire que l’opposition est toujours confrontée aux mêmes réalités : l’accès difficile aux médias d’Etat, l’impossibilité de manifester, etc. C’est des choses que l’opposition d’hier, qui était incarnée par Alpha Condé qui est le Président actuel, par Jean Marie Doré, par Bâ Mamadou, Siradio Diallo, c’est des choses qu’ils revendiquaient hier. L’opposition guinéenne fait face aux mêmes problèmes aujourd’hui. Maintenant, est-ce que ça a évolué ou bien ça n’a pas évolué, ce n’est pas à moi d’en juger.

Pour revenir à la question que vous m’avez posée, je dis qu’il y avait beaucoup de reportages que je faisais et qui étaient, semble-t-il, intéressants. Et vous savez que l’œil ne peut pas se regarder voir. Je ne puis être à la fenêtre et me regarder passer dans la rue. C’est aux autres d’apprécier ce que je fais et que j’ai pu faire. En termes de reportages politiques, il y a beaucoup de personnes qui m’ont dit que c’était important, qu’ils étaient intéressés par ce que je faisais à l’époque. Certains m’ont envoyé même les enregistrements de certains de mes reportages qu’ils ont enregistrés à travers leurs téléphones portables. Et, c’est important tout ça. Mais moi, honnêtement, j’étais beaucoup plus touché par les reportages qui touchaient la pauvreté. Je me rappelle, j’ai fait un magazine à Hamdallaye sur la pauvreté, j’ai fait le reportage dans une famille qui avait du mal à joindre les deux bouts, qui avait du mal à se nourrir et envoyer les enfants à l’école.

Lorsque j’ai fait ce reportage, le rédacteur en chef du service français de la BBC à l’époque,  lorsqu’il a reçu ce reportage, il m’a envoyé de l’argent pour donner à cette famille. Je me souviendrai toujours de ce reportage. Et j’ai pris encore un collègue, Alhassane Sylla du service anglais de la BBC, c’est lui qui est allé à Londres et c’est à lui qu’on a remis l’argent. Quand il est revenu avec l’argent, je suis allé avec lui dans cette famille pour remettre l’argent à la famille.

J’ai fait un autre reportage derrière l’ambassade des Etats-Unis avec des femmes qui cassent les pierres pour survivre. Dans la douleur, dans la difficulté, dans la misère, ces femmes-là travaillaient sous l’ombre d’un manguier. Et il y a une femme qui m’a dit : « ici, c’est mon petit Paris ». Elle avait tout un tas de pierres qu’elle avait cassé pour transformer en graviers et il y a des véhicules qui venaient acheter ces graviers pour aller dans les chantiers. J’ai été beaucoup marqué par ce reportage.

J’ai été beaucoup marqué aussi par un reportage que j’ai fait à Taouyah, toujours concernant la pauvreté, avec une famille qui avait du mal à se nourrir. Une famille qui était si pauvre qu’elle ne vivait uniquement que de mangues. C’était en période de mangues, et la famille ne préparait que des mangues. La famille ne mangeait que des mangues. Et lorsque ce reportage est passé sur la BBC, j’ai un ami, permettez-moi de ne pas dire son nom, qui m’a dit : « Amadou, accompagnes moi dans cette famille ». Je l’ai accompagné et il a déposé de quoi se nourrir pour cette famille. Ça aussi, ça m’a marqué. J’avoue que des reportages comme ça, il y en a beaucoup. Et ça, c’est des choses qui marquent toujours au-delà des reportages politiques.

A suivre !

Interview réalisée par Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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Amadou Diallo (BBC) : l’enfant de Diari revient sur son brillant parcours (interview)

20 janvier 2019 à 21 09 22 01221
Amadou Diallo, ancien correspondant de la BBC en Guinée

Pour sa toute première grande interview après son départ de notre pays, monsieur Amadou Diallo, ancien correspondant de la BBC en Guinée, a accepté de se confier à un journaliste de Guineematin.com qui était récemment en séjour à Dakar, au Sénégal. Le célèbre journaliste a répondu à toutes nos questions, y compris sur son parcours scolaire et professionnel.

Ci-dessous, Guineematin.com propose le décryptage de la première partie de cette interview portant sur le parcours scolaire de notre confrère et le début de sa carrière de journaliste à la Radiotélévision Guinéenne (RTG).

Décryptage !

Guineematin.com : on va commencer cet entretien par parler de vous-même. Pour ceux qui ne vous connaissent pas bien, qui est Amadou Diallo ?

Amadou Diallo : c’est toujours très difficile pour moi de parler de ma personne ; mais, pour les besoins de la cause, puisque vous avez demandé, nous allons nous soumettre à l’exercice. Amadou Diallo est un guinéen qui est né en zone rurale, d’une famille très modeste. Mes parents étaient des paysans ; mais, j’en suis très fier, vraiment. Des paysans modestes, honnêtes et qui m’ont donné l’éducation à la quelle je suis vraiment fier ; ça, je puis le dire. Je suis né à Diari, une sous-préfecture de Labé. J’ai fait une partie de mes études primaires à Diari et l’autre partie, je l’ai faite à Conakry, un peu à Kipé.

Il y avait une petite école primaire à Kipé, j’ai fréquenté cette école pendant deux à trois mois ; après, je suis allé au CER de Ratoma où j’ai passé le collège et le lycée. Après le bac, je suis allé à la faculté des sciences sociales et de la nature de Donka, qui n’existe plus maintenant. C’était à l’époque de Sékou Touré. Et, à l’époque, il y avait l’université premier degré et second degré. Le premier degré, c’était après le bac, vous devez faire trois ans dans les facultés et après les trois ans, vous faites un concours d’accès à l’université second degré. Et, donc, après les trois ans à la Fasona, j’ai eu le concours, j’étais parmi les meilleurs.

Guineematin.com : c’était en quelle année ?

Amadou Diallo : c’est en 1983-1984 parce que quand Sékou Touré mourait, nous étions en 1ère année à l’Ecole Normale Supérieure de Manéah. A l’époque, cette école était une école d’élites où les enseignants, les professeurs devaient être formés. Le concours était très serré, et les 10 premiers de chaque promotion en faculté des sciences sociales et de la nature ont été orientés à l’Ecole Normale Supérieure de Manéah, les autres sont allés à Poly. Il y avait cette petite rivalité entre Manéah et Poly (rire).

Guineematin.com : Manéah qui était une école d’élites…

Amadou Diallo : c’était l’élite parce que Sékou Touré voulait vraiment faire des élites pour la formation des professeurs. Et donc, nous sommes allés à l’Ecole Normale Supérieure de Manéah où nous sommes restés jusqu’en 1985-1986. A Manéah, il y avait l’émulation, les conditions de vie étaient difficiles parce que l’internat en Guinée, vous savez que les conditions n’étaient pas ça ; mais, la formation était excellente. Il y avait des grands professeurs. Déjà, à la Fasona, on avait des bons professeurs ; et, à Manéah, on a trouvé aussi des grands professeurs. Parmi les professeurs qui m’ont enseigné je me souviens de certains. Je me souviens du professeur Ninguélandé Diallo qui est un excellent professeur de philosophie et de psychologie. Je me souviens d’Ibrahima II Barry, c’est un excellent professeur de Sociologie, de Philosophie et de Psychologie. Je me souviens de monsieur Malick Kouyaté qui était un ami de Ninguélandé qui était aussi un excellent professeur de Philosophie, de monsieur Taran Diallo qui est l’actuel maire de Ratoma, un excellent professeur de Philosophie. Ça, c’était à la Fasona. Lorsqu’on a rencontré ces professeurs, nous sommes rentrés dire à nos parents qu’on ne savait pas que la Guinée a des savants, tellement qu’ils étaient brillants. Je vous le dis franchement.

Lorsqu’on est rentré à l’Ecole Normale Supérieure de Manéah, non seulement on avait des bons professeurs comme monsieur Mamadou Oularé qui est décédé (paix à son âme). Il m’a enseigné en philosophie africaine. Je ne sais pas dans nos universités actuellement si on enseigne la Philosophie africaine ; mais, c’était un excellent professeur. Il y a Ibrahima Sory Traoré qui sera nommé par après comme ambassadeur. Donc, nous avons pu bénéficier de l’apport de tous ces bons professeurs.

Guineematin.com : vous étiez avec des amis à l’université. Vous vous rappelez de quelques-uns d’entre eux ?

Amadou Diallo : oui ! J’ai fait la même classe à l’Ecole Normale Supérieure de Manéah que Ben Daouda Sylla, Alpha Kabinet Doumbouya, Nestor Sovogui qui est actuellement au ministère de l’information, Alhassane Mohamed Diakité qui est à la RTG. Nous étions très nombreux qui avons, après la formation, migré à la RTG.

Guineematin.com : vous avez refusé donc d’enseigner alors que vous étiez formés comme enseignants ?

Amadou Diallo : j’ai été formé pour enseigner ; mais, le micro aussi c’est un enseignement. Je voulais bien enseigner ; mais, je pense que mon destin c’était le micro.

Guineematin.com : comment ça s’est passé pour vous après Manéah ?

Amadou Diallo : après Manéah, directement, j’ai cherché et obtenu un stage à la RTG parce qu’il n’y avait pas de radios privées. Donc, si vous voulez être journaliste, il faut forcément passer par la RTG ; mais, ce n’était pas facile d’obtenir un stage à la RTG. Il y avait beaucoup d’hostilités. Les anciens qui étaient là-bas ne voulaient pas voir les nouveaux. Ça a été très difficile.

Guineematin.com : l’insertion ou bien l’arrivée même ?

Amadou Diallo : l’arrivée était plus difficile que l’insertion. En fait, les anciens qui étaient à la RTG étaient très hostiles aux nouveaux qui venaient notamment de l’université.

Guineematin.com : pour avoir votre stage, vous avez appelé des grands à vous ou bien vous êtes allés frapper à la porte d’entrée ?

Amadou Diallo : (rire). Quel grand ? Je n’en ai jamais eu dans ma vie.

Guineematin.com : c’est un parent alors qui vous a appuyé ?

Amadou Diallo : non ! Pas de parent. Je vous ai dit que je suis issu d’une famille paysanne, modeste, honnête et digne ; mais où est-ce que je pouvais puiser des bras longs ? Non ! Je n’en ai jamais eu.

Guineematin.com : On arrivera peut-être à la vie professionnelle que vous avez eue, mais vous avez parlé de la qualité de l’éducation de la famille, de l’école notamment de Manéah, que vous avez qualifiée de très bonne.

Amadou Diallo : une très bonne école. Je suis vraiment meurtri depuis qu’on a « tué » l’école de Manéah, honnêtement, je trouve que ce n’était pas bien. La plupart des pays qui nous environnent, ils ont encore des Ecoles normales supérieures.

Guineematin.com : vous êtes réputé être un intellectuel de qualité, un journaliste professionnel que beaucoup estiment irréprochable. Vous avez été fabriqué, à votre avis, par les parents ou par l’école de Manéah ?

Amadou Diallo : les deux. J’ai été fabriqué d’abord par mes parents. Je vous ai dit que j’ai suivi une éducation traditionnelle qui était assez rigoureuse et je m’en félicite aujourd’hui. Et puis, déjà enfant, on était habitué à travailler dur : le champ, les bétails, la rivière pour puiser de l’eau, aller chercher des bois morts, aller accompagner les parents au champ, les clôtures… Dès le départ, je me suis habitué à travailler dur. A l’époque, je disais pourquoi me faire travailler autant ; mais, après, j’ai compris qu’il le fallait. Cela faisait partie de la formation de la personnalité parce que vous avez vu, la formation c’était à l’internat. C’était inqualifiable.

Guineematin.com : vous n’étiez pas gâtés vous les étudiants à l’internat ?

Amadou Diallo : pas du tout. Il fallait un apport supplémentaire des parents pour ceux qui en avaient à Conakry pour supporter le coût. L’alimentation était tellement difficile, il y avait une sauce qu’on appelait « trouve-moi au fond » parce qu’en dessus, vous ne voyez rien. C’est quand vous plongez la main à l’intérieur, vous trouvez de l’eau parce que c’est un peu de l’eau. Donc, les conditions de vie étaient très difficiles et la plupart d’entre nous vivaient des mangues, parce que tout autour de Manéah, il y avait des mangues. La saison des mangues, c’est ce qui nous sauvait. En tout cas, personnellement, avec ces mangues, j’en ai beaucoup profité. Je remercie beaucoup les populations de Manéah pour ça.

Donc, de ce point de vue, je dis que c’est d’abord la famille qui m’a forgé et la Fasona où j’ai rencontré des professeurs pour lesquels j’ai beaucoup de respect. Je remercie ces professeurs. Parmi eux, je sais qu’il y a des vivants comme Ibrahima II Barry, Ninguélandé Diallo, Malick Kouyaté (qui doit être aux Etats-Uni. Je profite de cette interview pour leur dire merci. Donc, la formation, c’est la famille, c’est l’école, la Fasona et Manéah.

Guineematin.com : vous arrivez donc à la RTG malgré les difficultés, vous arrivez à vous imposer et même à aller au-delà.

Amadou Diallo : oui ! Parce que dès au départ, moi, je suis habitué à lutter parce que je vous dis qu’à la RTG, lorsque je venais une fois je pouvais faire deux mois sans y revenir, étant donné l’hostilité. Quand je viens dans les salles de rédaction, je salue, les gens lèvent les yeux, personne ne répond, ils continuent leur travail. Intimidé, je ressortais. La seule personne qui répondait à un salut à l’époque, c’était le rédacteur en chef, Alpha Kabinet Kéïta (Paix à son âme). Il avait été DG de la RTG et c’était une personne extraordinaire, je partais dans son bureau pour le saluer. Parfois, je venais, trempé, mouillé parce que vous connaissez les pluies de Conakry, sans le transport. Lui, je venais le saluer et lui il répondait dans son bureau avec gentillesse ; et puis, les autres, dans les salles de rédaction, ils ne vous répondaient pas quand vous êtes nouveau.

Guineematin.com : donc, l’hostilité était vraiment là ?

Amadou Diallo : l’hostilité était là. C’est pourquoi, quand je sortais de là, je pouvais faire un mois sans revenir. Mais, puisque je tenais à devenir journaliste, je revenais toujours. Un jour, j’ai pris mon courage en main, j’ai trouvé le directeur de la radio, c’était Cheick Fantamady Condé (que beaucoup connaissent. C’est un excellent reporter sportif), j’ai dit monsieur le directeur, j’ai obtenu un stage chez vous ; mais, depuis que je suis arrivé, personne ne s’occupe de moi, j’ai même du mal à fréquenter l’établissement. J’ai dit que personne ne s’occupe de moi. Il m’a dit : ‘’d’où venez-vous’’, j’ai dit que je viens de l’Ecole normale supérieure, je vous montre le papier que l’école m’avait donné pour solliciter le stage. Evidemment, il a annoté pour le studio école qui n’existait que de nom. Ce studio était géré par un excellent journaliste pour lequel j’ai une grande admiration et auquel je rends un vibrant hommage : c’est Odilon Théa. C’est lui qui m’a appris le B.a.-ba du journalisme. Je lui dis merci. Il est âgé, mais il est toujours vivant et actif. C’est comme ça que c’est parti. Mais, au studio école, Odilon Théa était de très bonne foi, il a une bonne formation et il fait partie de la première génération des journalistes formés en Suisse. Donc, il a les outils pour ça, mais il n’avait pas le matériel, il n’y avait même pas de salle. Donc, j’étais avec d’autres journalistes qui sont venus aussi de Manéah, comme Ibrahim Ahmed Barry, Hawa Touré…

Guineematin.com : ils sont venus après vous ?

Amadou Diallo : non ! Ibrahima Ahmed Barry, lui, on a commencé ensemble. Il est venu de Manéah aussi, et même Fodé Tass Sylla, on a commencé ensemble au studio école. Donc, il y avait un petit groupe, Odilon Théa s’occupait de nous parfois dans la salle de conférence du ministère, et c’est comme ça que c’est parti. On a fait un bon temps avec lui ; et, après il a dit : ‘’voilà, moi j’ai fait ce que je pouvais faire’’. Il a fait des attestations et on devait partir dans les salles de rédaction. Chacun est parti et nous avons commencé petit à petit. Donc, je n’ai jamais fait une école de journalisme. J’ai une formation universitaire que j’estime bonne, mais je n’ai jamais fait une école de journalisme. L’école de journalisme que j’ai fréquentée, c’est le studio école de la RTG ; c’est beaucoup de formations avec RFI sur des reportages, des magazines, des interviews, etc. Tout ça, c’est quand j’étais à la RTG et plus tard, j’ai fait des formations avec la BBC ; mais aussi, j’ai beaucoup lu des livres de journalisme.

Donc, pour la théorie, j’ai beaucoup lu les livres sur le journalisme et pour la pratique, j’ai commencé par la RTG. Moi, j’ai une formation de Philosophe. A l’université, j’ai fait philosophie. J’aurais pu enseigner la Philosophie, mais le destin a voulu que je pratique le journalisme. Donc, j’ai un esprit indépendant, critique, libre. Même à la RTG, je n’ai jamais accepté de faire un éditorial. J’étais même de ceux qui étaient opposés aux éditoriaux parce qu’à l’époque, à la RTG, on avait un groupe qui était opposé à ce genre de pratiques. Nous avons même voulu révolutionner la RTG. A un moment donné, on a même révolutionné la RTG. Au début des années 1990, 1991, 1992 et 1993, on a révolutionné la RTG…

Guineematin.com : comment ?

Amadou Diallo : en étant critiques, indépendants. Nous, nous sortions de l’université. Et à l’université, je ne sais pas comment ça fonctionne maintenant ; mais, à l’université, c’est l’indépendance. Et donc, on est venu à la RTG avec l’esprit des universitaires qui discutent, qui contestent et qui donnent leurs points de vue. Donc, lorsque nous avons eu les armes qu’il fallait pour travailler à la RTG, lorsqu’avec nos aînés que nous avons trouvés, les Mamadou Dia (paix à son âme), les Boubacar Yacine Diallo, Mamadouba Diabaté, Abdourahmane Diallo « DZ » (paix à son âme), Saran Touré, Madina Bâ, Fodé Bouya Fofana, etc., lorsqu’on est venu les trouver, on a eu les premières armes, on a voulu apporter notre contribution, un changement à la RTG. Et, j’avoue que ce changement, à un moment donné, on l’avait apporté parce qu’à un moment donné, avec le concours de circonstances, dans les années 1990, il y a eu les journées de l’information en Guinée.

C’est le régime qui avait organisé ces journées et qui avait invité des journalistes venus de part et d’autre : de l’’Europe, de l’Afrique. C’était à cette occasion que j’ai vu pour la première fois Siradiou Diallo (paix à son âme) parce qu’il avait été invité. C’était le régime du CMRN (Comité Militaire de Redressement National). Le régime de Sékou Touré était déjà mort, renversé par le CMRN dirigé par les militaires qui ont organisé dans les années 1990, les journées de l’information. C’était des journées de critique, c’était pour faire le point sur le fonctionnement des médias d’Etat parce qu’il n’y avait pas de radios privées.

Guineematin.com : faire l’état des lieux pour dégager des perspectives ?

Amadou Diallo : oui, faire l’état des lieux pour dégager ses perspectives. Et, c’est ce concours de circonstances qui nous a aidé.

Guineematin.com : cela vous a renforcé dans votre conviction ?

Amadou Diallo : notre conviction, était qu’il fallait foncer pour apporter des changements. Et, honnêtement, nous nous sommes lancés dedans. On critiquait le régime, le fonctionnement des départements. Nous faisions des enquêtes parce que celui qui nous a donné le goût d’aller au bout de ces enquêtes, c’est Boubacar Yacine Diallo qui était le seul à l’époque à faire des enquêtes et qui était aussi indépendant d’esprit.

Guineematin.com : Yacine était donc indépendant ?

Amadou Diallo : il était très indépendant d’esprit au point que lorsqu’il est devenu rédacteur en chef, il a interdit au DG de la RTG de mettre les pieds à la rédaction et il lui a dit : ‘’si vous voulez interpeller un journaliste, c’est moi que vous devez interpeller. Vous n’avez rien à avoir avec les journalistes’’. C’était quelqu’un d’assez indépendant et qui assumait aussi. Donc, la RTG m’a apporté une contribution et les choses étant ce qu’elles étaient, lorsqu’on nous a envoyé un ministre qui était policier et que tout le monde craignait, qui était très puissant à l’époque, vous avez entendu parler d’Ervé Vincent Bangoura, lorsqu’il a été nommé comme ministre de l’information, ça a été un ras-le-bol à la RTG. Tout le monde a crié : on nous a envoyé un policier, c’est pour nous assiéger, on ne peut plus travailler librement. Et, ça a été tout à fait le contraire. La RTG n’a jamais été autant libre que du temps d’Ervé Vincent Bangoura (paix à son âme aussi). Evidemment, la révolution dont je vous parlais était déjà en marche. Il a trouvé cette révolution en marche, il ne l’a pas freinée.

Guineematin.com : il a laissé la dynamique continuer ?

Amadou Diallo : il a laissé la dynamique continuer et lui-même, dans les reportages, les enquêtes qu’on faisait, on l’égratignait. Il ne réagissait pas. Et, lorsque ses collègues ministres, à travers nos reportages, venaient se plaindre, il disait que ce n’est pas la peine de réagir.

Guineematin.com : il vous arrivait réellement d’attaquer les ministres, mener des enquêtes sur des affaires qui les accablent ?

Amadou Diallo : absolument !

Guineematin.com : et les révélations étaient diffusées à la RTG ?

Amadou Diallo : bien sûr ! On faisait des révélations qu’on diffusait, parce qu’il y avait une section Enquête que Yacine avait créée et que je dirigeais finalement, à laquelle d’ailleurs, appartenaient Abdoulaye Djibril Diallo, Georges Kantabadouno qui est parti en Europe, et puis d’autres. On faisait des enquêtes et les autres collègues de la rédaction qui avaient des sujets venaient nous les soumettre et nous leur donnions le quitus pour sortir et mener leurs enquêtes. Le fonctionnement des départements était passé aux crible au point que je vais vous dire, vous n’allez pas me croire, j’avais des piles de documents que les auditeurs nous ont envoyés. Des auditeurs qui avaient des problèmes avec X ou Y, ils venaient à la RTG.

Guineematin.com : parce qu’ils savaient que vous alliez fouiner ?

Amadou Diallo : absolument ! Ils venaient avec les documents ; et, nous, on s’en saisissait pour faire nos enquêtes. Et, lorsque les ministres étaient égratignés ou cités dans les dossiers, ils n’étaient pas habitués à ça, ils venaient se plaindre chez Ervé Vincent Bangoura. Celui-ci leur disait toujours que ce n’est pas la peine de réagir parce que si vous réagissez, les journalistes auront toujours le dernier mot. Ils ont des choses certainement qu’ils n’ont pas révélées. Si vous réagissez, vous les pousser à faire d’autres révélations. Et, les ministres partaient tranquillement sans réagir. A l’époque, lorsqu’un journaliste de la RTG tapait à la porte d’un département ministériel, je vous le jure, il ne perdait pas du temps au salon. On ouvrait les portes assez vite.

Guineematin.com : est-ce qu’il arrivait aussi qu’on vienne négocier ? On a trouvé un truc, mais contre des espèces sonnantes et trébuchantes, on lâche prise ?

Amadou Diallo : ce n’est pas possible ! Je ne sais pas si ça se fait maintenant. Mais, à l’époque, ce n’était pas possible. La dynamique qui avait été enclenchée, le professionnalisme avec lequel on travaillait ne permettaient pas ce genre de choses à l’époque. Je ne sais pas comment ça fonctionne maintenant à la RTG. Il y a un peu longtemps que j’ai quitté, donc, je ne peux pas me prononcer par rapport au fonctionnement actuel de la RTG ; mais, à l’époque, il y avait de la crédibilité, des jeunes fraîchement sortis de l’Ecole supérieure de Manéah qui étaient arrivés en vague à la RTG et qui ont voulu apporter un changement, qui ont bénéficié certes de concours de circonstances, mais qui ont apporté leur contribution à la marche des médias d’Etat de notre pays.

A suivre !

Interview réalisée par Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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Elhadj Sékhouna sur l’élection à Matoto : « On n’a pas besoin d’aller déchirer des bulletins, travestir les faits »

20 décembre 2018 à 17 05 55 125512

La polémique liée à la contestation de la victoire de Kalémodou Yansané à la tête de mairie de Matoto par un cadre du RPG arc-en-ciel (qui était dans la salle et qui a déchiré les bulletins) suscite assez de préoccupations dans toute la République puisque c’est le fondement même de la démocratie qui est attaqué et cela risque d’entraîner des conséquences incalculables.

Dans la matinée de ce jeudi, 20 décembre 2018, le Kountigui (chef coutumier) de la Basse Guinée, Elhadj Sékhouna Soumah a demandé aux autorités guinéennes d’installer le vainqueur de l’élection. L’envoyé spécial de Guineematin.com à Tanéné, dans la préfecture de Dubréka, a décrypté l’intégralité de cette déclaration.

Décryptage !

Aujourd’hui, on n’a pas la paix du cœur en Guinée parce qu’il y a trop de violences dans le pays. Et, cette situation est liée aux élections locales, au contrôle des mairies. A mon avis, ces élections ne devaient pas nous entraîner dans la situation que nous vivons aujourd’hui. Elles ne devaient pas engendrer des problèmes parce que si l’élection est organisée normalement, chaque citoyen vote librement pour son candidat. Puis, les conseillers élus se retrouvent pour élire l’exécutif communal, celui qui remporte cette élection, il faut lui donner sa victoire.

Je veux parler de ce qui se passe actuellement à Conakry autour de l’élection du maire de Matoto qui est la plus grande commune du pays. Dans cette commune, on retrouve des guinéens venant de partout. Mais, celui que les populations de la commune aiment, c’est lui qui doit être le maire. En tant que Kountigui de la Basse Côte, qu’est-ce que je veux dire au gouvernement ? Qu’est-ce que je veux dire aux partis politiques ? Ils n’ont qu’à éviter des comportements de nature à mettre le feu au pays. Si vous organisez une élection et quelqu’un remporte cette élection, laissez-le diriger parce que le pouvoir, c’est Dieu qui le donne à qui il veut.

Ce que je vois actuellement à propos de la mairie de Matoto, ça fait pitié. C’est quelque chose qui ne fera que nous mettre en retard alors que nous avons devant nous d’autres élections plus importantes que celle-là. Nous avons les élections locales et la présidentielle à venir. Mais si on s’affronte pour des élections locales, que ferons-nous lorsqu’il s’agira des élections législatives ? Depuis combien de temps ces élections ont eu lieu ? Jusque-là, il y a plusieurs communes qui n’ont pas encore leurs conseils communaux installés. Arrêtez de provoquer des violences en Basse Guinée ! Celui qui a gagné l’élection à Matoto, quel que soit son parti politique, laissez-le diriger la commune. Ne gâtez pas notre pays ! On ne prépare pas une élection le jour du vote, on la prépare bien avant. Mais, on n’a pas besoin d’aller déchirer des bulletins, travestir les faits, on prépare l’élection avant d’aller sur le terrain.

Vous les responsables des partis politiques : RPG, UFDG, UFR, etc. Celui qui a gagné l’élection, laissez-le diriger, c’est un pouvoir local ça, ne prenez pas cela pour mettre au-dessus des élections nationales. Je vais dire au ministre de l’intérieur que celui qui a la majorité à Matoto, c’est les gens qui l’ont élu, ce n’est pas lui qui a voté pour lui-même. Donc il n’a qu’à le laisser prendre le pouvoir pour permettre de maintenir la paix et la quiétude dans le pays. Cela fait neuf mois depuis que ces élections ont eu lieu, jusqu’à présent on ne parle que de ça encore. Dans certains pays, on organise l’élection le même jour et on en finit avec le même jour, arrêtons-nous aussi de compliquer les choses qui sont simples. J’insiste là-dessus, si c’est Kalémodou Yansané qui a gagné l’élection à Matoto, qu’on le laisse diriger la mairie. Si c’est Bangaly qui a gagné qu’on le laisse diriger, si c’est Bourama aussi, pareil. Cela ne dérangera en rien le pouvoir, ça ne dérangera pas la population. On parle quand même d’une seule commune alors qu’on a 33 communes urbaines dans le pays.

Donc, on ne doit pas nous affronter pour le contrôle d’une seule commune. Au nom des sages de la Basse Guinée, je vous demande de tout faire pour qu’on en finisse maintenant avec ces élections communales.

Propos recueillis par Alpha Assia Baldé, envoyé spécial de Guineematin.com à Tanéné (Dubréka)

Tél : 622 68 00 41

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Acquis et faiblesses du régime Lansana Conté : le regard du ministre Jean Paul Sarr (interview)

20 décembre 2018 à 11 11 26 122612

Le 22 décembre 2018 marque le 10ème anniversaire du décès du Général Lansana Conté, le deuxième président de la République de Guinée. Alors que sa famille et son parti, le PUP, s’apprêtent à commémorer cet événement, c’est aussi l’occasion de revenir sur la vie de l’homme et sur son règne à la tête du pays. Et pour cela, Guineematin.com donne la parole à ceux qui ont côtoyé le président Lansana Conté et qui le connaissent donc très bien. Parmi eux, Jean Paul Sarr, ingénieur agronome, ministre de l’agriculture, de l’élevage, des eaux et forêts sous le régime Conté. Avec lui, nous avons parlé des acquis et des faiblesses de la deuxième République.

Décryptage !

Guineematin.com : il y a de cela 10 ans depuis que le Général Lansana Conté est décédé, l’anniversaire de sa mort sera commémoré le 22 décembre prochain. Vous avez été l’un de ses proches collaborateurs lorsqu’il était au pouvoir, quel souvenir gardez-vous de lui ?

Jean Paul Sarr : le Général Lansana Conté est un homme au-dessus de la mêlée. C’est un grand homme qui est rentré par la grande porte de l’histoire. Puisqu’en fait, si le premier président Ahmed Sékou Touré a amené la liberté avec ses compagnons, le père de la démocratie, c’est le Général Lansana Conté. Il a estimé qu’il était important, avant la conférence de la Baule, de décider sans contrainte de choisir la voie du libéralisme. Et, c’est dans ce contexte que nous vivons aujourd’hui. Sa pensée politique a fait que plus jamais, ce pays ne pourra retourner dans la dictature. C’est ça l’acquis fondamentale du Général Lansana Conté.

C’est un homme qui aimait son pays et son peuple, c’est pourquoi il a embrassé l’agriculture comme priorité des priorités. Parce qu’il a estimé qu’il est important de trouver à manger à la population. Vous savez, l’existence, on a trois (3) besoins fondamentaux : se nourrir, se vêtir et se loger. Alors, le président Lansana Conté avait le souci de cela. C’est pourquoi, on a fait un investissement important aussi bien dans le cadre de la modernisation de l’agriculture, la formation des hommes. Et, il a mis en place un système de financement qui permettait de donner la possibilité à l’ensemble des paysans, que ça soit de la Forêt, de la Haute Guinée, de la Moyenne Guinée, de la Basse Guinée, des moyens de pouvoir produire davantage et de qualité.

En cela, moi j’ai eu à faire ma part de travail. J’ai hérité d’un département, mes devanciers avaient fait le grands pas, je suis venu continuer. Et, pour que cela soit dans les normes, on a mis en place la lettre de politique de développement agricole. C’est une politique participative, volontariste, ça n’a pas été parachuté du sommet. On est allé dans les hameaux. Et, tous ceux qui m’ont vu dans mon département, me voyaient sur le petit écran partout. Il était difficile de me voir dans le bureau, j’étais tout le temps sur le terrain. On a fait participer les bailleurs de fonds, les paysans sur leurs priorités. Et, c’est ce qu’on a pris en compte pour faire cette politique. Nous l’avons fait au niveau des préfectures, au niveau de la région et finalement au niveau national.

Guineematin.com : concrètement, qu’est-ce qu’on peut retenir comme acquis de la gouvernance du Général Lansana Conté ?

Jean Paul Sarr : l’acquis fondamental, c’est la liberté d’entreprendre, la démocratie. Chacun est libre d’investir et de récolter le fruit de son travail sans contrainte ni rien. Donc, c’est quelqu’un qui aimait son pays, qui a donné de larges ouvertures. Il ne se souciait pas de votre appartenance politique. Il dit : le peuple m’a confié un mandat, je vous appelle pour que vous m’aidiez à atteindre ces résultats. En quoi faisant ? En faisant participer chacun des éléments à la construction nationale. Aussi, cet homme, c’est un vrai soldat sinon, la rébellion ne serait pas rentrée ici et ressortir. Il a dit : ce que j’aime, c’est ma Guinée, et je n’accepterai pas une domination de mon pays tant que je vivrai. Et, je suis sûr, même après moi, ma pensée continuera.

Et, c’est pourquoi à un moment donné, on a dit « Koudeï ». Les gens pensent que c’est son corps, personne n’est éternel, mais c’est sa pensée politique, la démocratie qu’il a instaurée, la liberté d’entreprendre, la liberté de monter et de descendre. Il tenait à la sécurité du pays. A son temps, vous n’entendiez pas des crimes crapuleux n’importe comment et n’importe où. Vous conviendrez avec moi que le système de sécurité mise en place, intéressait toute la population. Il était important que l’administration puisse être à l’écoute du peuple, aux difficultés du peuple conformément à l’option qu’il avait choisie. Donc, c’est quelqu’un qui nous a beaucoup marqué que le plan du patriotisme. C’est quelqu’un qui nous a marqué sur l’ouverture vers les autres.

C’est quelqu’un qui nous a appris la patiente et la tolérance. Il arrivait des moments où nous autres, on était excédés, mais lui, il gardait son calme olympien. Il dit : nous sommes guinéens, il est inadmissible que nous nous bâtions entre nous. Quel que soit le prix de la paix, il disait qu’il faut l’assumer. C’est un homme de la paix, c’est un homme qui aime son pays, c’est un homme qui est foncièrement attaché à ses coutumes, à sa culture.

Guineematin.com : est-ce qu’il y a quelque chose quand même que vous regrettez, quelque chose que vous n’avez pas apprécié dans la gouvernance du feu Général Lansana Conté ?

Jean Paul Sarr : je suis un peu peiné. Je vous l’ai dit, pendant 11 ans, j’ai pratiqué l’homme et j’étais avec lui. Ce qu’il aimait le plus, c’est l’agriculture. Il aimait donner à manger à la population. Car pour lui, c’était la meilleure façon de combattre la pauvreté. C’est avec la pauvreté que vous avez des dérives, des convulsions sociales à tout moment. Il me l’a dit, il dit que les quatre (4) régions naturelles doivent se suffire. C’est pourquoi, en Forêt, il y a la SOGUIPAH ; en Haute Guinée, il y a le coton ; en Moyenne Guinée, la paume de terre, l’horticulture. Il disait que quand les gens ont à manger, ils ne seront pas dans la rue. Alors, il faut veiller sur l’équilibre, que chaque guinéen se sente chez-lui.

Guineematin.com : vous pensez donc que tout était parfait ?

Jean Paul Sarr : non, la perfection n’est pas de ce monde, Dieu seul est parfait. Mais ce que je dis, quand vous agissez, il faudrait que ce qui est bien, dépasse ce qui est mauvais. C’est ça la part des choses. Moi, j’ai apprécié étant auprès d’un homme que j’ai pratiqué pendant 11 ans. Il me l’a dit : je te confie quelque chose qui me tiens à cœur, l’agriculture. Ma Guinée, ma patrie, je n’accepterai jamais que ce pays subisse de qui que ça soit. Je suis prêt à prendre les armes.

Guineematin.com : aujourd’hui, en tant qu’ancien ministre, quel regard avez-vous de la gouvernance du professeur Alpha Condé ?

Jean Paul Sarr : je ne me détermine pas par rapport à la gouvernance de ceci ou de cela. Je constate simplement que le domaine que je connais, l’agriculture que je connais, doit encore reprendre et repenser vraiment la stratégie, le plan d’action et les projets qui supportent ce plan d’action. Je l’ai déterminé tout à l’heure, c’est-à-dire que le plan d’action agricole est une politique volontariste, participative. Ça veut dire qu’on a pris en compte les besoins immenses du peuple de Guinée et que nous avons traduit en politique de développement. C’est ce qu’il faut faire. Je vous l’ai dit, on a quatre (4) microclimats. Les engrais et autres que nous devons faire, il y a des formules et autres qui sont établies selon les spéculations. Que ça soit les céréales, les tubercules ou les fruitiers, chaque spéculation doit être abordée selon la science et la vulgarisation.

Guineematin.com : un dernier mot ?

Jean Paul Sarr : je reste convaincu que notre pays, dans son unité, est un grand pays. La Guinée est un grand pays qui, a des moments donnés de l’histoire, on a montré la voie à suivre. Aujourd’hui, la jeunesse, les femmes, doivent se donner la main, faire tout pour sauvegarder la paix dans notre pays. Nous devons combattre l’ethnocentrisme, combattre le régionalisme. Mais vous savez, la paix c’est un comportement comme l’a dit quelqu’un. Il faudrait que chacun de nous accepte l’autre dans sa diversité, dans sa façon de faire pour que nous puissions évoluer dans la paix. Et ça, c’était l’œuvre chère au Général Lansana Conté.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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Le maire de Dixinn à Guineematin : « j’ai trouvé deux millions et quelques dans les caisses »

5 décembre 2018 à 21 09 05 120512

Récemment porté à la tête de la commune de Dixinn, Mamadou Samba Diallo se dit très ambitieux. Devant les nombreux défis qui se dressent sur son chemin, le nouveau maire, qui se succède à lui-même, compte parachever l’œuvre entreprise il y a de cela quelques temps. Il l’a dit dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com quelques jours après son installation officielle.

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Poésie et cantiques en poular : Elhadj Bâ Bely contre la division entre les fils du Fouta

12 septembre 2018 à 14 02 43 09439

Elhadj Bâ Bély, chroniqueur islamique et poète, a accordé une interview exclusive à Guineematin.com dans l’après-midi d’hier, mardi 11 septembre 2018. L’ancien responsable de la ligue islamique préfectorale de Koubia est une personnalité très connue et respectée au Fouta Djallon, grâce à ses poèmes qu’il enregistrait sous forme de cantiques en langue poular. Il s’en servait pour diffuser des messages de sensibilisation sur l’éducation des enfants, la lutte contre les mariages précoces et forcés, la protection de l’environnement, la bonne pratique de la religion musulmane, etc.

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Dr N’diouria tire la sonnette d’alarme : « la tranche 15-24 ans est la plus touchée par l’hépatite B en Guinée »

27 juillet 2018 à 18 06 08 07087

L’humanité célèbre ce samedi 27 juin 2018 la journée mondiale de lutte contre les hépatites. Les hépatites virales B et C sont de graves problèmes de santé qui touchent 325 millions de personnes dans le monde, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Elles comptent parmi les causes premières du cancer du foie qui entraîne 1,34 millions de décès chaque année, ajoute la même source. L’OMS  a choisi pour thème de la journée mondiale contre l’hépatite 2018 « Agir contre l’hépatite : dépister, traiter ».

En prélude à cette journée, un reporter de Guineematin.com a échangé avec le Dr Abdourahmane N’diouria Diallo.  Ce médecin de renom est maitre de conférences, hépato-gastro-entérologue, chargé des cours de gastro-entérologie à la Faculté de Médecine de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry depuis 1992. Dr N’diouria est également président de l’association SOS Hépatites Guinée.

Guineematin : qu’est-ce qu’une hépatite, comment se transmet-elle ?

Dr Abdourahmane N’diouria Diallo : l’hépatite est une inflammation aigue et chronique du foie. Toutes les hépatites sont des inflammations du foie. Pour ce qui est de l’hépatite A par exemple, la contamination se fait par voie alimentaire. On peut le contracter aussi à travers les eaux souillées, les matières fécales des personnes infectées. L’hépatite B aussi se transmet par voie sanguine et par voie sexuelle. Les personnes atteintes peuvent la transmettre à travers certains fluides. Les personnes qui sont dans les services hospitaliers peuvent aussi contracter la maladie à travers les infections nosocomiales. Les tatouages à travers les seringues, les objets souillés, les coiffeurs avec les mêmes lames de rasoir, l’excision, la circoncision… sont autant d’éléments qui favorisent la contamination.  Pour l’hépatite C, c’est aussi pareil par exposition du sang contaminé. Quand on prend l’hépatite Delta ou D, il ne se présente qu’en combinaison avec l’hépatite B. Il est toujours masqué par l’hépatite B, mais ils ont les mêmes modes de contamination. Il y a l’hépatite E aussi qui atteint les femmes enceintes. Il a le même mode de contamination que l’hépatite A.

Guineematin.com : comment se manifestent les hépatites virales ?

Dr Abdourahmane N’diouria Diallo : les hépatites sont des maladies graves qui évoluent le plus souvent de manière silencieuse. Dans 90% des cas, elles sont asymptomatiques, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de symptômes, le malade ne ressent rien.  C’est ce qui est plus grave puisque les malades viennent ici à un stade grave.  Concernant l’hépatite E, ça crée des problèmes chez les femmes enceintes, ça provoque des avortements à répétition parfois même des morts nés. Les plus graves et les plus sérieux concernent l’hépatite B et l’hépatite C. Avant que les yeux deviennent jaunes, le patient peut ressentir une fatigue  chronique, des grippes répétitives, des douleurs articulaires… C’est des maladies qui peuvent évoluer pendant 10, 20 voir 30 ans. Un stade peut arriver où les yeux deviennent jaunes. Les urines deviennent foncées et c’est ce qui pousse le plus souvent les malades à venir vers nous. On peut ressentir une douleur au niveau du côté droit du ventre, la partie devient plus dure, dure comme un caillou. C’est une modification qui commence à s’installer au niveau du foie, on parle de fibrose. Après la fibrose, il y a la cirrhose. Quand elle s’installe, on peut remarquer de l’eau qui commence à s’installer sur le ventre. On parle d’acide. On peut aussi avoir des œdèmes, les pieds qui peuvent s’enfler qui entraine même une encéphalopathie, autrement dit une dépression, une anxiété.

Guineematin.com : que peut-on retenir de la lutte contre les hépatites en Guinée ?

Dr Abdourahmane N’diouria Diallo : depuis 2012, l’ONG que je dirige, SOS Hépatites Guinée procède à de la sensibilisation, de la recherche sur les porteurs du virus de l’hépatite B et l’hépatite C, et maintenant sur l’hépatite E chez les femmes enceintes. Nous procédons également au traitement des cas d’hépatites confirmés, nous procédons à la vaccination de tous les nouveaux nés dont les mamans sont suivies dans les 24 heures. Nous procédons aussi à a vaccination de l’entourage des gens qui ont le virus de l’hépatite B, des malades qui ont la cirrhose, l’hépatite chronique, le cancer du foie et les groupes à risques. Ces groupes à risque sont les personnels de santé et autres. Ensuite, nous faisons le plaidoyer auprès des entreprises qui renvoient les cas  d’hépatite de leurs employés. Nous faisons le plaidoyer auprès de la hiérarchie militaire, ça marche très bien. Nous avons le haut commandement de la gendarmerie par exemple où des dispositions ont été prises dans ce sens pour la formation des agents.

Guinematin.com : pour ce qui est du traitement de la maladie en Guinée, que disent les statistiques ?

Dr Abdourahmane N’diouria Diallo : le bilan est très grave pour notre pays. Nous y sommes depuis 2012 avec SOS Hépatites Guinée. Du mois de mai 2012 au 26 juillet 2018, nous avons consulté et nous suivons 1303 malades porteurs de l’hépatite B et 66 malades porteurs de l’hépatite C. Soit un total de 1369 malades. Parmi ces cas, ce sont les hommes qui dominent. Nous avons 873 hommes pour 496 femmes. La prédominance chez les hommes s’explique comment ? Est-ce que c’est la polygamie ? Est-ce que les hommes ont plus de partenaires sexuels ? En tout cas, c’est un problème à rechercher. L’autre résultat très inquiétant, c’est que parmi les hommes, ce sont les jeunes qui sont le plus touchés. La tranche 15-24 ans est la plus touchée par l’hépatite B. Des jeunes qui sont en pleine activité sexuelle. En termes de métiers, on a fait un décompte. On a vu que les plus touchés sont les marchands alors que les moins touchés sont les hommes de médias : marchands (425), ménagère (292), étudiants (220), ouvriers (160), comptables (77), ingénieurs (70), gendarmes (34), enseignants (28), personnel médical (27), juristes (22), secrétaire s(9), journalistes (5). Donc, c’est un problème très sérieux surtout qu’il affecte la jeunesse, l’avenir de notre pays.

C’est pourquoi, il faut que les gens acceptent de faire le dépistage pour savoir leur statut, c’est très important. Les hépatites constituent un problème de santé publique majeur en Guinée.

Guineematin.com : est-ce que vous disposez de données sur la fréquence de cette maladie dans le monde ?

Dr Abdourahmane N’diouria Diallo : l’OMS nous apprend que depuis 2006, plus de deux milliards de personnes sont entrées en contact avec un virus de l’hépatite B ou C. Heureusement que toutes ces personnes ne font pas la maladie. C’est seulement 15 à 20% d’entre eux qui développent la maladie plus tard. L’OMS nous apprend également que 55 millions de personnes ne savent pas qu’elles souffrent de l’hépatite C. Pour ce qui est de l’hépatite B, l’OMS parle de 100 millions de femmes qui ignorent qu’elles la portent. Aujourd’hui, l’Etat commence à prendre en charge cette maladie à travers un organe qui le programme national de lutte contre le SIDA. Le ministère de la santé a confié la prise en charge des hépatites virales à cet organisme.

Guineematin.com : quel appel avez-vous à lancer ?

Dr Abdourahmane N’diouria Diallo : je lance un  appel à tous les guinéens. Chacun doit se faire dépister à l’hépatite B et l’hépatite C. A toutes les autorités, de s’occuper de l’assainissement de nos villes et villages, car il y a l’hépatite A, il y a l’hépatite E. Donc, l’assainissement à la maison, dans les rues, ça fait partie et ne doit pas être un vain mot ou une démagogie. Ça doit être une réalité pratique, concrète.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tel 628 17 99 17

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Hajj 2018 : voici ce qui est recommandé avant, pendant et après le hajj (interview)

26 juillet 2018 à 21 09 30 07307

Le premier convoi des pèlerins guinéens doit normalement quitter Conakry le 30 juillet prochain pour les lieux saints de l’islam. Ces pèlerins se rendront à la Mecque et à Médine pour accomplir le cinquième et dernier pilier de la religion musulmane. Et, pour que son hajj soit agréé par Dieu, chaque pèlerin doit  adopter un certain nombre de comportements et agir conformément aux enseignements du Prophète Mohamed. Pour parler justement des comportements à adopter pendant le hajj notamment, et d’autres questions liées au pèlerinage musulman, Guineematin.com s’est entretenu avec Oustaz Mohamed Ramadan Bah, chroniqueur islamique et imam à Koloma.

Lisez plutôt notre interview !

Guineematin.com : bonjour Oustaz, de nombreux fidèles musulmans du monde s’apprêtent en ce moment à effectuer le hajj 2018, pour commencer dites-nous d’abord quels sont les vertus du hajj ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : le hajj d’abord, c’est le cinquième pilier de l’islam et donc Dieu a prescrit le hajj et cela est mentionné dans le saint Coran et les hadiths (enseignements) du prophète paix et salut sur lui. Donc, il y a beaucoup de versets coraniques qui parlent du pèlerinage et qui parlent du hajj. Et quelque part dans le saint Coran, Dieu nous dit « c’est un devoir ou c’est un droit de Dieu en vers les musulmans d’effectuer le pèlerinage, d’effectuer le hajj à la Mecque pour celui qui en a les moyens ».

Bien sûr pour celui qui en a les moyens parce que le hajj demande des moyens ; donc ça, c’est le verset coranique qui le dit. Dans les hadiths du prophète, il y a beaucoup de hadiths qui parlent du hajj. Et parmi ces hadiths qui parlent du hajj, il y a ce hadith qui nous dit que l’islam est basé sur cinq (5) piliers et le dernier pilier, c’est d’effectuer le pèlerinage à la Mecque. Donc, il faut effectuer le hajj quand on a les moyens bien entendu, et cela dans le mois qui porte son nom même, « Zilhijja », c’est-à-dire le mois prochain ; donc, du 08 au 13 de ce mois lunaire, c’est là qu’il faut effectuer le hajj.

Guineematin.com : qui doit effectuer le hajj ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : le hajj, ce n’est pas n’importe qui, qui doit l’effectuer. Le hajj, n’est pas comme les autres piliers de l’islam, le hajj demande des moyens : les moyens de transport, les moyens d’hébergement etc. En plus, être en bonne santé et connaître comment effectuer le hajj, donc il faut apprendre comment faire le hajj avant de se déplacer pour faire le pèlerinage à la Mecque.

Guineematin.com : vous venez de dire qu’il faut connaitre comment faire le hajj, parlez-nous en justement, quels sont les comportements qu’un pèlerin doit adopter ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : le pèlerin doit adopter de bons comportements avant, pendant et après le hajj. Avant le hajj, c’est une occasion pour chaque pèlerin, de vraiment se réconcilier avec tout le monde, surtout avec ceux-là avec lesquels il avait des problèmes. Il faut profiter de l’occasion pour effacer tout ce qu’il y avait comme mésentente entre le pèlerin et les hommes avec qui il vivait : ses collaborateurs, ses voisins, ses amis etc. Aussi, il faut leur dire au revoir, il faut leur demander des bénédictions avant de partir, ça c’est avant le pèlerinage.

Pendant le pèlerinage aussi, il doit montrer un comportement vraiment exemplaire, il doit éviter les disputes pendant le pèlerinage, là-bas n’est pas fait pour des disputes ou des bagarres ; là-bas, c’est fait uniquement pour les adorations. Donc, le pèlerin doit faire beaucoup d’invocations, il doit beaucoup lire le saint Coran, il doit effectuer beaucoup de prières. Depuis le jour où le pèlerin est descendu à la Mecque, jusqu’au jour où il doit quitter, il doit éviter tout ce qui n’est pas important par exemple : parler de la politique ou parler du football etc. Le pèlerin doit donc faire des invocations, demander à Allah de lui effacer ses péchés et de lui accorder le paradis et prier pour ses autres parents, prier pour le pays. Donc c’est ça le comportement d’un bon pèlerin pendant le pèlerinage.

Maintenant après le pèlerinage, le pèlerin doit changer de comportement, il doit vraiment adopter un comportement exemplaire après le pèlerinage. Donc, s’il avait des comportements qui n’étaient pas bien, il doit changer ces comportements. Il est allé laver ses péchés, il est devenu saint, il ne doit donc pas salir ce qu’il a fait. Puisque celui qui va au pèlerinage, d’après le hadith du prophète paix et salut sur lui, il est effacé de ses péchés comme le bébé qui vient de naître, il n’a plus de péchés, il devient saint ; donc, il doit préserver cela.

Guineematin.com : quand est-il des pèlerins qui se font représenter à la Mecque, c’est-à-dire quelqu’un qui va effectuer le pèlerinage à la place d’un autre?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : oui c’est possible. Quand on n’est pas en bonne santé par exemple, on n’est pas capable d’aller effectuer nous-mêmes le pèlerinage alors qu’on a les moyens pour effectuer le pèlerinage, une personne peut aller faire le pèlerinage à notre place. Mais, il faut que cette personne, soit quelqu’un qui a déjà fait le pèlerinage ; ça, c’est recommandé par la religion, il n’y a pas de problème.

Guineematin.com : et celui qui effectue le pèlerinage et qui revient faire des choses qui ne sont pas recommandées par l’islam ?

Oustaz Mohamed Ramadan Bah : en tout cas, celui qui va au pèlerinage et qui revient continuer des mauvais comportements, ou-bien après le pèlerinage qui adopte des mauvais comportements, ça, il ne fait du tort à personne sauf à lui-même. Il a dépensé de l’argent, 40 millions et quelques, il a fourni beaucoup d’efforts parce que la Guinée et l’Arabie Saoudite ce ne sont pas des pays voisins, il faut 7 heures de vol, voire plus. Donc, aller faire ce grand effort et revenir adopter de mauvais comportements, cette personne se fait elle-même du mal. C’est quelque chose qui est déplorable, c’est quelque chose que le pèlerin doit éviter.

Mais cela ne veut pas dire qu’il n’est plus musulman ou que Dieu ne va plus le pardonner ; non, seulement il aura fait quelque chose qui est interdit par notre religion. Après le pèlerinage, le pèlerin doit être exemplaire parce qu’il y a d’autres personnes qui vont prendre des exemples sur lui. Ils diront que même Elhadj tel, fait telle chose. Donc, si ce n’est pas une bonne chose, ça salit le musulman, pas l’islam mais le musulman lui-même. Donc, on doit dire qu’Elhadj tel adopte un bon comportement, il doit éviter tout ce qui est illicite, tout ce qui est haram.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18     

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