Hadja Hassanatou Barry, veuve du Dr Aliou V : « Colonel Doumbouya a jeté dans la rue plusieurs mères…»

« Je m’adresse surtout au Colonel Doumbouya qui a l’âge de mon 3ème enfant. Je considère que je suis une mère pour lui. Lorsque je l’ai vu tendre ses mains pour requérir les bénédictions de sa maman, lors de son investiture, j’ai compris qu’il sait qu’une mère a une valeur. Je veux lui dire aujourd’hui qu’il a jeté dans la rue plusieurs mères et dans l’indignité. Je demande au Colonel Mamadi Doumbouya qu’il médite. Qu’il sache et qu’il dise à ses agents de faire doucement, parce que nous sommes des personnes humaines. Aujourd’hui, il a fait beaucoup de Guinéens des réfugiés dans leur propre pays. Il faut qu’il révise sa copie et sa manière de faire. Personne ne peut aller à la tombe avec une maison. Je demande au Colonel Président qu’il médite qu’on ne bâtit rien de durable sans des références. Il doit conduire le peuple en lui montrant un avenir, puisque le  chef est un vendeur d’espérance ».

A l’image de plusieurs dizaines de familles dont des leaders politiques et d’anciens hauts cadres de l’Etat, celle du Dr Aliou V Diallo, ancien Directeur Général de l’Institut pédagogique national (IPN, qui est devenu INRAP), ancien Directeur de l’ISSEG, ancien député et leader politique guinéen bien connu et respecté pour ses qualités d’homme d’Etat, a été délogée du bâtiment qu’elle occupait depuis quatre décennies.

Si Hadja Hassanatou Barry, la veuve de Dr Aliou V Diallo, ne remet pas en cause l’appartenance du bâtiment à l’Etat, elle se dit tout même indignée par la manière utilisée par les services du patrimoine bâti-public en les vidant de ce logement administratif.

Elle-même enseignante et ancienne membre du CNT, la veuve du Dr Aliou V Diallo a expliqué à Guineematin.com que ce sont des accusations formulées contre certains déguerpis qui ont motivé sa sortie médiatique pour exprimer sa colère et son indignation.

« C’est vrai, peut-être que je n’aurai pas parlé. Mais, il y a eu une situation qui m’a choqué. C’est pourquoi je vais m’exprimer et lever le voile. Parce qu’on nous a déguerpis de manière pas très courtoise. Et, malgré tout, nous avons accepté de quitter les lieux. Que des gens viennent se mettre à la télévision nationale dire que des cadres que l’Etat a logés pendant tout le temps, sans rien payer et qu’en partant ces gens ont vandalisé les biens de l’Etat, cela m’a choqué.  Moi, j’étais partie présenter des condoléances à Timbi Madina ; donc, au Foutah Djallon, lorsque la femme que j’ai laissée à la maison, m’a appelé pour me dire qu’il y a des militaires qui se promènent partout ici et qu’ils nous demandent de partir. J’ai appelé mon fils qui était au travail et qui est concerné. Il est rentré trouver les gendarmes et les agents du patrimoine bâti public. Il était presque midi. C’était le vendredi 4 mars 2022. Ils ont dit à mon fils qu’on doit quitter avant 16 heures. quelqu’un du groupe a dit non, cette famille n’est pas concernée ; mais, un autre a rétorqué « concerné ou pas, ils doivent quitter ». Mes sœurs et d’autres membres de ma famille sont arrivés sur les lieux. Mon fils leur a dit qu’on n’est pas concerné puisqu’on n’est pas à la cité ministérielle et nous étions dans les normes. Le Général Lansana Conté avait même déclassifié ces maisons et avait demandé à ceux qui le souhaitaient, de racheter les bâtiments. Il a pris un décret dans ce sens. Nous étions dans les démarches lorsque le Président Alpha Condé est arrivé au pouvoir et il a stoppé la procédure. Puisque dans le monde entier, si tu occupes un bâtiment pendant plus de dix ans, tu peux le racheter. La raison est simple. Puisqu’il n’est pas possible pour un fonctionnaire qui vit de son salaire d’avoir une maison, sauf maintenant. Sinon, un fonctionnaire qui vit de son maigre salaire, ne peut pas ni se construire ni s’acheter une maison. Mais, la procédure a été arrêtée par le Président Alpha Condé. Pour revenir sur la question, moi, j’ai demandé qu’ils me prennent juste 3 ou 4 tenues pour me permettre de me changer, une des photos de mon défunt mari, Dr Aliou V Diallo et quelques livres de souvenir de mon défunt mari, puisqu’il nous a laissés toute une bibliothèque », a précisé Madame Diallo.

Selon Hadja Hassanatou Barry, sous le régime Lansana Conté, lorsque Dr Aliou V Diallo est allé à la retraite, le contrat est passé dans les mains de son fils qui est également fonctionnaire.

« Ils nous ont dit que si vous avez un enfant fonctionnaire, celui-ci peut endosser le contrat. Et, c’est ce que nous avons fait. Depuis lors, nous payons régulièrement et par an. C’est là où sont nés tous mes enfants. C’est là qu’ils connaissent, la Camayenne. Et, cette cité où se trouve ce bâtiment, c’est la cité des hauts cadres de l’éducation. C’est la cité des grands commis de l’Etat. N’oubliez pas que mon mari a été le Directeur général de l’Institut pédagogique national (IPN), devenu INRAP ; puis, Directeur de l’école normale qu’il a transformée en Institut supérieur des sciences de l’éducation de Guinée (ISSEG). Il a trouvé un vaste domaine à Lambanyi où il aurait pu avoir une parcelle, voire une maison. Mais, il ne l’a pas fait. À l’époque et la seule fois où on a fait des disputes, il me disait que l’âge de la maison de l’enseignant se compte à travers les rangées de briques. Puisque l’enseignant est pauvre », se souvient Madame Diallo.

« L’Etat nous a affectés la maison qui était occupée par Béhanzin. Puisque c’était tout près de l’IPN. Mais il y avait encore Yolande Noëlle, l’épouse de Béhanzin. Mon mari a dit qu’il ne peut pas déloger la famille d’un enseignant. Et comme nous sommes restés longtemps à attendre, je suis allée voir le ministre de l’éducation pour lui dire que mon mari ne veut pas déménager dans la maison de Béhanzin où vit l’épouse de celui-ci, qui est également une enseignante. Finalement, on nous a affectés le logement où nous étions puisque Monsieur Tall venait d’être affecté à l’UNESCO et avait libéré ce logement. Nous avons déménagé dans cette maison le 18 juillet 1984. C’est là où nous sommes restés 42 ans. Je pense qu’on a pleinement servi l’Etat. Mon mari travaillait nuit et jour et n’avait même pas de samedi ou dimanche. Il ne se reposait pas. Nous avons fidèlement servi l’Etat ; et, aujourd’hui, si quelqu’un doit quelque chose à quelqu’un, c’est bien l’Etat qui nous doit », a-t-elle rappelé.

Sur les faits, la veuve du Dr Aliou V Diallo révèle avoir été convoquée au patrimoine bâti public pour vérification des pièces et tout était en règle.

« Au préalable, on nous avait convoqués. Ils ont dit que tous ceux qui occupent les bâtiments de l’Etat doivent se présenter au patrimoine bâti public. Ils ont vérifié les documents qui étaient tous au complet. Mieux, nous n’avions pas notre nom sur la liste des personnes diffusée à la RTG. C’est après tout cela qu’ils sont venus à mon insu nous demander de quitter, sans le moindre avertissement et en l’absence de toute courtoisie que cela requiert. Je suis abasourdie », a fait savoir madame Diallo.

Par ailleurs, la veuve de l’ancien leader politique rappelle que son mari n’a jamais été porté sur le matériel et elle non plus. Et elle se demande comment alors on peut l’accuser d’avoir vandalisé le bâtiment qu’elle venait de quitter.

« Puisque pour moi le matériel ne compte pas dans la vie d’un homme. Du moment où on demande d’abandonner tous nos biens, comment on peut expliquer que nous ayons à l’esprit d’enlever des portes, des fenêtres, ou les détruire. C’est quand même absurde. Ce sont mes sœurs et mes enfants qui se sont débrouillés à trouver des camions et sortir nos bagages. Les agents du patrimoine bâti public ont reçu les clés d’une maison fermée. S’il y a du vandalisme, c’est à eux de se justifier et pas à nous. Ils étaient sur notre dos pour nous demander de quitter. Et à quel moment nous on peut avoir le temps de dépouiller ce bâtiment que je venais de peindre et j’avais même construit une maisonnette pour loger la bibliothèque de mon mari. Vraiment, il y a trop de violences dans notre pays et je demande aux Guinéens d’être plus paisibles. Il faut qu’on fraternise. Le chemin de la vie est difficile et abrupt », a-t-elle lancé.

Enfin, concernant les agissements des agents du patrimoine bâti public, Hadja Hassanatou Barry a lancé un appel pressant au Président de la Transition.

« Je m’adresse aux jeunes générations et surtout au Colonel Doumbouya qui a l’âge de mon 3ème enfant. Je considère que je suis une mère pour lui. Lorsque je l’ai vu tendre ses mains pour requérir les bénédictions de sa maman, lors de son investiture, j’ai compris qu’il sait qu’une mère a une valeur. Je veux lui dire aujourd’hui qu’il a jeté dans la rue plusieurs mères et dans l’indignité. Je demande au Colonel Mamadi Doumbouya qu’il médite. Qu’il sache et qu’il dise à ses agents de faire doucement, parce que nous sommes des personnes humaines. Aujourd’hui, il a fait beaucoup de Guinéens des réfugiés dans leur propre pays. Il faut qu’il révise sa copie et sa manière de faire. Personne ne peut aller à la tombe avec une maison. Je demande au Colonel Président qu’il médite qu’on ne bâtit rien de durable sans des références. Il doit conduire le peuple en lui montrant un avenir, puisque le  chef est un vendeur d’espérance », a conseillé Hadja Hassanatou Barry au président du CNRD et de la Transition guinéenne.

Abdallah BALDE pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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