Ibrahima Tanou SOW, président de l’AJGF : « Il est temps que l’on soit exigeant »

Ibrahima Sow, président de l'AJGF, association des jeunes guinéens de France« Un constat alarmant a été établi : la jeunesse guinéenne est dans une situation d’une gravité exceptionnelle.  Elle cumule tous les maux : chômage de masse, précarité, manque de perspectives, oisiveté, sous éducation… Cette jeunesse est également frustrée par le sentiment d’avoir été trahie après les promesses des différents politiciens. L’hypothèse de la « bombe à retardement » est ressortie au terme de ce constat comme étant très probable …  à moins d’opérer une véritable inversion du paradigme de la jeunesse. », a expliqué à Guineematin.com monsieur Ibrahima Tanou SOW, président de l’Association des Jeunes Guinéen de France (AJGF) sur la consultation nationale de la jeunesse, intitulée « Nos jeunes ont du talent ». 

Guineematin.com vous propose, ci-dessous, l’intégralité de cette interview :

Bonjour Monsieur Sow, l’AJGF (Association des Jeunes Guinéens de France) dont vous êtes le président a été sollicitée dans l’organisation de la consultation nationale de la jeunesse à Paris. Comment s’est déroulée cette journée ?

AJGF, association des jeunes guinéens de FranceBonjour, tout d’abord, je vous remercie de l’opportunité que vous me donnez de parler de cette importante rencontre de la jeunesse Guinéenne. L’objectif était de créer un cadre de dialogue favorisant une expression libre et un échange fructueux entre nos jeunes concitoyens de la diaspora. Cette initiative est une première. En effet, on n’a jamais pris le soin de demander directement aux jeunes, dans leur environnement et dans leur contexte, les problématiques réels auxquels ils sont confrontés et les approches de solutions qu’ils ont à proposer. C’est une initiative à encourager et à pérenniser. Voilà pourquoi l’AJGF a décidé de prendre à bras le corps ce projet, à participer de façon active au débat et à organiser cette rencontre avec le Commissaire chargé de recueillir les doléances des jeunes de la diaspora.

La rencontre a été une réussite tant sur le plan de la mobilisation, de la participation que celui de l’organisation. La rencontre a été riche d’échanges, de propositions et de pistes de solutions. Cela dénote clairement l’envie de la jeunesse de contribuer de façon active à la construction de la Guinée de nos rêves.

 

 Parlez-nous de ces propositions qui ont été retenues.

Avant d’aborder les propositions, un constat alarmant a été établi : la jeunesse guinéenne est dans une situation d’une gravité exceptionnelle.  Elle cumule tous les maux : chômage de masse, précarité, manque de perspectives, oisiveté, sous éducation… Cette jeunesse est également frustrée par le sentiment d’avoir été trahie après les promesses des différents politiciens. L’hypothèse de la « bombe à retardement » est ressortie au terme de ce constat comme étant très probable …  à moins d’opérer une véritable inversion du paradigme de la jeunesse.

Ainsi, après de trois heures de débats, trente propositions ont été exprimées lors de la rencontre parmi lesquelles :

  • L’instauration d’un Etat de droit, le renforcement de nos institutions et la construction d’une citoyenneté responsable afin d’établir un climat de confiance entre la jeunesse et les pouvoirs publics.
  • Mettre la jeunesse véritablement « au cœur » de la politique  par la mise en place d’un cadre de dialogue permanent entre la jeunesse et les pouvoirs publics. Les jeunes doivent également être représentés dans les instances de décision sur les questions d’intérêts publics, plus particulièrement celles qui ont trait à leur avenir.
  • Mettre l’emploi comme objectif premier de la politique économique : développer l’entreprise, améliorer l’éducation, renforcer la formation professionnelle et l’adapter au besoin du marché, stimuler l’agriculture et l’élevage, renforcer la production locale, …
  • Promouvoir la culture : en effet, la confiance en soi et en l’avenir se construit à travers la culture, constitutive de l’estime de soi et du vivre en ensemble. Le paradigme de la jeunesse ne doit pas être pensé uniquement sur le plan économique mais aussi sur le plan culturel.

D’autres sujets tout aussi importants tels que la santé, les infrastructures, la promotion du genre …  ont également été évoqués.

Pour ne pas que « nos jeunes ont du talent » ne soit qu’un slogan, les participants ont insisté sur l’opportunité de mettre en place une cellule de détection et d’accompagnement des talents non seulement dans le domaine académique, mais aussi dans la culture, le sport, l’art, …

En ce qui les concerne spécifiquement, les jeunes ont plaidé pour la mise en place d’un cadre favorable au retour et à l’investissement de la diaspora. Vous savez, on ne perçoit pas bien encore la force potentielle de la diaspora guinéenne. C’est encore un pouvoir silencieux. Il est important que l’Etat facilite l’accueil et l’émergence des meilleurs talents issus de cette diaspora. Je suis persuadé que si on lui fait de la place, la jeunesse de la diaspora va rentrer et donner une vraie impulsion à la Guinée.

Enfin, les participants ont demandé la publication de la totalité des doléances recueillies au niveau nationale dans le cadre de la consultation. L’AJGF s’est engagée de son coté à publier toutes les doléances recueillies au cours de cette rencontre Parisienne.

 

Pensez-vous qu’elles pourront avoir un impact réel sur la situation de la jeunesse guinéenne ?

Il est certain que ces propositions auront un impact. Tout le défi réside dans leur prise en compte effective dans la politique du gouvernement. A ce niveau, nous comptons mener le combat jusqu’au bout avec la mise en place d’un « comité de suivi » pour la prise en compte effective de ces doléances. Qu’on ne nous dise pas qu’on n’a pas les moyens ! Il est temps que l’on soit exigeant vis-à-vis de nos gouvernants. Ils doivent comprendre que l’avenir de la Guinée passera par la dynamique qu’elle impulsera auprès de sa jeunesse. Une jeunesse épanouie socialement et économiquement, une jeunesse remplie d’espoir, c’est le gage d’une Guinée émergente et prospère.

Étant vous-même à la tête de la plus importante association des Guinéens de l’étranger, proposez-vous des activités en lien avec l’insertion professionnelle des jeunes guinéens en France et même en Guinée ?

Nous sommes conscients que l’insertion sociale des jeunes passe par une insertion professionnelle réussie. L’AJGF a ainsi mis en place plusieurs projets dans ce domaine, au nombre desquels on peut citer :

  • Le salon de l’emploi de Paris dénommé « Talent Guinée » : le plus grand salon de l’emploi guinéen à l’étranger. La dernière édition organisée à Paris a mobilisé une trentaine d’entreprises guinéennes et environ 1000 étudiants et diplômés. Ce projet a d’ailleurs reçu un prix en France dénommé le Prix « Madiba » de la meilleure initiative des associations migrantes. En complément, nous organisons des sessions de formation sur les techniques de recherche de l’emploi et diffusons régulièrement sur nos réseaux des offres d’emploi.
  • Le projet de Parrainage Professionnel  dénommé « l’envol pour réussir » : c’est un dispositif qui permet de mettre en relation un parrain (personne ayant une expérience professionnelle) et un filleul (étudiant ou demandeur d’emploi). Le but est d’aider les jeunes à la recherche de stages ou d’emplois à trouver une nouvelle opportunité via un réseau professionnel dédié.

D’autres projets majeurs sont également en train d’être finalisés :

  • Mise en place d’une CVthèque (base de données des CV) permettant de mettre à la disposition des entreprises guinéennes un vivier de candidats et d’effectuer une recherche rapide, simple et optimisée pour leur besoin de recrutement.
  • Nous sommes en train de concevoir un projet innovant qui facilitera le retour en Guinée des jeunes compétents de la diaspora. C’est encore dans notre laboratoire. Nous le dévoilerons très prochainement.

Mais, comme vous le savez, nous intervenons également dans d’autres domaines tels que la culture avec notre évènement phare Miss Guinée France qui est aujourd’hui le plus grand évènement culturel guinéen à  l’étranger. Le domaine du développement local n’est pas en reste : nous avons mobilisé plus de 300 milles euros pour réaliser des projets de construction et d’équipement d’écoles et de centres de santé en Guinée.

Ce que nous nous souhaitons à travers ces actions, c’est de fédérer les jeunes autour d’un idéal et de montrer que nous sommes capables de prendre nos problèmes en main et de trouver des solutions idoines. C’est ça aussi une jeunesse consciente, engagée, exigeante et responsable. Toute la Guinée peut être fière !

Entretien réalisée par Binta Diallo, correspondante de Guineematin.com à Paris, en séjour de travail à Conakry

 

 

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