Quels seraient les facteurs explicatifs de l’appréciation du GNF et de la rigidité à la baisse des prix des produits ?

Au cours des quatre (4) derniers mois de l’année 2021, nous avons assisté à une appréciation considérable de la monnaie nationale par rapport aux principales devises. Etant donné que l’on revient de loin et, au regard des différentes interpellations dont nous avons fait l’objet sur le sujet, nous nous permettons de faire une petite analyse pour éclairer la lanterne de l’opinion publique sur cette problématique.

Par ailleurs, il convient de rappeler qu’avant cette appréciation, le Franc Guinéen avait perdu tellement sa valeur qu’il ne jouait plus la troisième fonction de toute monnaie qui est la réserve de valeur. Toutefois, nous n’avons nullement besoin de rappeler que la monnaie est censée reflétée la valeur de la production mais aussi et surtout décrire l’état de santé dans lequel se trouve l’économie.

En observant la tendance du cours de change au cours des 10 dernières années, l’on se rend compte que la forte dépréciation de notre monnaie a commencé au cours de l’année 2014 (juste un peu avant les élections présidentielles de 2015).

Avant d’écrire ce papier, nous nous sommes rapprochés de quelques cadres de la BCRG qui expliquent cette appréciation par un certain nombre de mesures notamment la mise en place d’une salle de marché censée suivre en temps réel la position de change des banques primaires pour contrecarrer toute spéculation.

A côté de celle-ci figurent la digitalisation de la fiscalité et des droits de douanes, le suivi du rapatriement des recettes d’exportations des marchandises ainsi que la rationalisation des dépenses publiques par les nouvelles autorités du pays.

En ce qui nous concerne, nous sommes très d’accord que ces mesures ont eu un impact considérable sur la monnaie nationale. Mais, nous pensons plutôt que l’appréciation de notre monnaie trouve son explication essentiellement dans le dernier élément cité. Même si la mise en place de cette salle de marché permet d’empêcher le secteur bancaire de spéculer sur notre monnaie en fonction de sa position de change à en croire la BCRG.

Avant de revenir sur le gel des avoirs intervenu le jeudi 9 septembre, mettons un accent particulier sur cette salle de marché qui a été mise en place dans le but de défendre la valeur externe de notre monnaie nationale.

A travers cette salle de marché, la BCRG observe en temps réel la position de change brute des banques primaires. Du coup, lorsque les banques ont une position longue de plus de 2 millions de dollars US, elles sont obligées de céder l’excédent conformément à la règlementation en vigueur.

En plus, elles sont contraintes de nos jours de céder directement au marché les devises qu’elles achètent. Cette nouvelle mesure permet ainsi de rendre le marché de change très liquide et éviter ainsi la situation que nous avons connue de par le passé.

Pour revenir sur la rationalisation des dépenses à travers les gels des avoirs entrés en vigueur le 9 septembre comme rappelé ci-haut, nous pensons à notre fort intérieur que cette mesure explique à elle seule à très court terme cette appréciation de la monnaie nationale. Pour preuve, nous avons longtemps soutenu au cours de nos analyses antérieures que le marché parallèle de change aurait été longtemps hypertrophié en raison de la préférence sans cesse croissante des cadres supérieurs de ce pays pour alimenter leurs comptes personnels mais aussi et surtout de conserver et d’entretenir leurs biens immobiliers à l’étranger et/ou pour faire face à la couverture des frais de scolarité de leurs enfants.

A côté de ceux-ci figureraient des gros commerçants qui fourniraient chaque jour, des millions de GNF aux cambistes informels en contrepartie de devises. Un autre élément non moins important expliquerait cette appréciation de notre monnaie. Ce facteur n’est rien d’autre que la baisse des importations (cf. le dernier tableau de bord mensuel de l’économie guinéenne parut en octobre 2021, avec des baisses significatives de nos importations de 5,3% en variation mensuelle et 10,7% en glissement annuel) suite à la Covid-19 mais aussi à l’attentisme des opérateurs économiques sous réserve que cette tendance baissière n’est que temporaire.

Pour terminer cette analyse, parlons maintenant de la problématique qui préoccupe la population à savoir les quelques raisons qui expliqueraient la rigidité à la baisse des prix des produits face à l’appréciation de la monnaie nationale. Dans les conditions normales, la baisse du taux change est corrélée positivement et significativement avec l’inflation. Cependant, il ne faut surtout pas oublier que la baisse du taux d’inflation ne signifie pas tout de même une baisse des prix. Cela signifie que la vitesse à laquelle les prix augmentent est en baisse par rapport à la période de référence au regard de laquelle l’on veut porter son jugement.

De l’autre côté, cette inflation que nous connaissons aujourd’hui ou encore la rigidité à la baisse des prix que nous enregistrons dans notre pays n’est pas simplement propre à la Guinée. Elle résulte également de la Covid-19 qui a bouleversé le mode de fonctionnement de l’économie mondiale suite à la fermeture de ports à travers l’Asie. Ce qui a occasionné d’opportunité la multiplication par 4 à minima du fret maritime.

A côté de ce dernier qui n’est qu’une composante essentielle des coûts qui sont supportés par les professionnels des activités commerciales figureraient d’autres facteurs qui seraient déterminants. C’est le cas de la demande qui serait très forte en Guinée face à une offre insuffisante surtout en situation de monopole.

C’est pourquoi, les dispositions prises par les nouvelles autorités dans le cadre de la lutte contre le monopole sont à saluer car il limite l’offre et maintient les prix en hausse.

De l’autre côté, les professionnels des activités commerciales auraient longtemps subi la hausse des tarifs douaniers pour ajuster à la hausse les prix.

Et pourtant ils ont profité de par le passé de la situation avec la complicité des agents de l’Etat pour refuser de réajuster les prix en cas d’assouplissement des taxes, du prix du carburant à la pompe et de dédouanement.

En dépit de toutes les mesures qui seront prises par les autorités de ce pays, nous pensons que l’instauration d’un mécanisme de contrôle des prix des produits (affichage obligatoire des prix) fixés librement par les professionnels du secteur commercial serait la bienvenue.

Ceci pourrait les pousser ainsi à s’aligner sur les prix des concurrents que de jouer sur d’autres facteurs de différenciation ou encore fixer des prix au-dessus de ceux pratiqués par le marché sous prétexte que leurs produits sont de meilleure qualité.

Safayiou DIALLO, Economiste

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