Comme annoncé précédemment, Abdoulaye Bah, journaliste au site d’information Guineenews.org, a rendu l’âme dans la nuit de dimanche à lundi à la suite d’un accident de la circulation qu’il a subi dimanche matin à Conakry.

Durant toute la journée de ce dimanche, 17 juin 2018, de nombreux journalistes ainsi que d’autres personnalités du pays étaient sur pieds entre le domicile d’Abdoulaye Bah et l’hôpital Sino-guinéen où il était hospitalisé. Tous étaient inquiets, et chacun faisait ce qu’il pouvait pour espérer voir le célèbre reporter s’en sortir. Malheureusement, ce que tout le monde craignait n’a pas pu être évité, Abdoulaye Bah laisse sa famille, la presse guinéenne et beaucoup d’autres guinéens sous le choc.

Retour sur cette journée tristement mémorable, marquée par de la surprise, de l’inquiétude, de l’espoir et enfin par un choc général.

Abdoulaye Bah s’apprêtait à évacuer son épouse, malade en Tunisie pour des soins. Nen Mariam Louise Bah devait quitter Conakry le lundi, 18 juin 2018 pour Tunis. Mais comme dit le dicton « L’Homme propose, Dieu dispose », Dieu avait prévu un autre scénario qui allait bouleverser ce programme.

Le journaliste du site d’information Guineenews.org, a dit au revoir à son épouse à 4 heures du matin dimanche. Il devait se rendre avec une délégation gouvernementale à Linsan pour le lancement des travaux de réparation du pont sur le fleuve Konkouré, reliant Kindia et Mamou.

Mais avant de sortir de Conakry, la délégation a fait escale au rond-point de Matoto pour constater des travaux de curage des caniveaux effectués nuitamment sur place sous l’égide du ministère des travaux publics. C’est là qu’un véhicule, à vive allure, est venu faucher cinq personnes dont Abdoulaye Bah et Abou Koria Camara, cadreur de la télévision Espace TV.

Les blessés ont été immédiatement transportés à l’hôpital Sino-guinéen de Kipé pour recevoir des soins. Mais parmi eux tous, le cas d’Abdoulaye Bah était le plus inquiétant. Car, ce dernier était dans le coma avec très peu de chances de survivre. Ses confrères et autres amis, fortement mobilisés sur place sont dans l’angoisse.

Tous prient et font tout ce qu’ils peuvent pour espérer revoir le sourire, les blagues et bien sûr la belle plume d’Abdoulaye Bah. Les médecins aussi font leur mieux. A 10h, une civière passe devant les visiteurs qui impatientent d’avoir une bonne nouvelle. Sur elle, on voit couché Abdoulaye Bah, la tête bandée en direction de la salle du scanner.

De quoi faire monter la crainte et faire planer davantage le doute dans la tête de tous ceux qui étaient rassemblés dans l’enceinte du centre hospitalier après cet accident de la circulation. C’est ainsi beaucoup plaident en faveur d’une évacuation sanitaire. Sur place, on annonce que l’homme d’affaires Antonio Souaré était prêt à affréter un avion médicalisé pour une évacuation à Dakar ou au Maroc.

Le président de la République aurait également affiché la même intention avant de quitter son palais pour se rendre au chevet du journaliste à l’hôpital. Mais au cours de ses entretiens avec les médecins, Alpha Condé a compris qu’il n’était possible de l’évacuer dans son état du moment. Il fallait attendre que son état se stabilise pour pouvoir l’évacuer.

Et c’est le chef de l’Etat lui-même qui l’a annoncé devant la presse au sortir de l’hôpital : « Son état de santé est grave, mais le médecin fera ce qui est de son possible. On ne peut pas évacuer quelqu’un quand son état est comme ça. Laissons les médecins travailler », a dit le professeur Alpha Condé. Il fallait donc croiser les doigts, continuer à prier Dieu pour espérer que l’état de santé d’Abdoulaye s’améliore au plus vite.

Après le chef de l’Etat, son Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, plusieurs autres ministres et hauts cadres de l’administration ainsi que des acteurs de la société civile, se sont rendus à l’hôpital Sino-guinéen pour s’enquérir de l’état de santé du journaliste et lui exprimer leur soutien.

A17h, l’espoir renaît lorsqu’on autorise les frères d’accéder à la salle d’hospitalisation. Le médecin prescrit une ordonnance. Immédiatement, des volontaires se précipitent vers la sortie pour aller chercher les médicaments. Puis, une seconde ordonnance est prescrite. Cette fois, on demande deux poches de sang (A+).

Des appels sont vites émis au CMC de Ratoma où le sang est obtenu. Mais les médecins réclament du sang frais. Un volontaire du même groupe sanguin se présente. C’est le départ pour Ratoma. En quelques minutes, le ministre Gassama Diaby, ami très proche du défunt, et le rédacteur en chef de la radio Lynx FM, Azoka Bah, arrivent et obtiennent les deux poches de sang.

Pendant que les médecins tentaient de sauver la vie d’Abdoulaye Bah, d’aucuns tentent de convaincre son épouse à s’envoler pour la Tunisie où elle devait suivre un traitement. Le ministre de l’unité nationale et de la citoyenneté, Kalifa Gassama Diaby et d’autres amis d’Abdoulaye Bah tentent de convaincre Nen Mariam Louise Bah d’accepter de bouger pour la Tunisie. Mais, très inquiète, cette dernière refuse de laisser son mari dans cet état critique pour partir.

« Si je voyage pour laisser mon mari dans son état actuel, il ne pourra jamais me pardonner. C’est pourquoi, je demande de rester. Prions pour lui espérons qu’il aille mieux. A ce moment, partout où il sera évacué, je pourrai le rejoindre après », a-t-elle répondu à Gassama Diaby qui l’exhortait à aller suivre ses soins.

Et la jeune femme a eu raison peut-être de ne pas bouger. Car, son cher époux n’a pas pu s’en sortir. Il a rendu l’âme dans la même nuit, laissant sa famille, la presse guinéenne, ses amis et beaucoup d’autres guinéens sous le choc et dans une profonde désolation. Depuis l’annonce de la triste nouvelle, des messages de condoléances ne cessent de pleuvoir sur toile avec des commentaires les plus tristes.

Abdoulaye Bah est donc parti à jamais avec sa belle plume, son sourire qu’on lui connaît et ses blagues tant appréciés. Une cérémonie est prévue le jeudi, 21 juin 2018 au palais du peuple de Conakry pour lui rendre un dernier hommage, avant son inhumation vendredi dans son village natal à Dinguiraye.

Abdoulaye Oumou Sow pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 620848501

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