Après la signature de l’accord entre la mouvance présidentielle et l’opposition républicaine, sous la houlette du ministère de l’administration du territoire, l’on s’achemine vers l’installation des élus locaux à travers la Guinée. L’heure est au bilan pour les délégations spéciales sortantes, après avoir passé quelques années à la tête des communes urbaines et rurales.

C’est dans cette dynamique qu’un reporter de Guineematin.com a eu un entretien avec Djely Mory Kourouma, secrétaire général de la commune de Kaloum. Avec lui, il a été question du bilan de l’équipe qui était en place jusque là et des défis qui attendent les conseils entrants.

Guineematin.com : le mandat des délégations spéciales est arrivé à terme. Qu’est-ce qu’on peut retenir comme bilan à l’actif de la délégation spéciale de Kaloum, puisque vous les avez accompagnés ?

Djely Mory Kourouma : je pense que les membres de la délégation spéciale ont fait beaucoup d’efforts, parce que moi, je suis arrivé à la commune en fin décembre 2013. Mais, j’ai trouvé qu’ils ont déjà posé des actes et en ma présence aussi, il y a eu des actes qui sont posés. Par exemple, quand vous prenez la rénovation du siège de la mairie, cette action s’est passée au temps de la délégation spéciale avec l’apport de PDU (Programme de Développement Urbain) 3. En plus de ça, elle a fait la rénovation du centre de santé de Koulewondy qui est du ressort de la commune. Et, beaucoup de choses ont été faites dans le cadre de l’assainissement de la ville. Parce qu’il y avait un programme d’assainissement trimestriel : chaque trois mois, il y a des femmes qui sortaient avec l’équipe de la commune en charge de l’assainissement. Je crois, les années 2014-2015 jusqu’au début 2016, les communes se sont beaucoup investies dans l’assainissement, à travers les différents quartiers avec l’accompagnement des chefs de quartiers. Tout ça, ça fait partie de leur bilan parce que ça se voit. Et, avec cette équipe en 2017, beaucoup de choses ont été faites pour les écoles, particulièrement la rénovation de la DCE de Kaloum, tout en équipant certains bureaux de cette direction. Ensuite, elle a fait des tables bancs pour les écoles primaires et tout ça fait partie de leur bilan. Parce qu’une délégation spéciale en principe ne peut pas engager une collectivité, c’est pour gérer les affaires courantes. Mais, malgré cette situation, elle a été en mesure de faire beaucoup de choses pour la collectivité locale.

Guineematin.com : Qu’est-ce que cette délégation spéciale a fait pour libérer les emprises de la route ?

Djely Mory Kourouma : dans ce cadre, il y a eu beaucoup d’opérations de déguerpissement au niveau de la commune de Kalium, avec l’accompagnement du gouvernorat, du ministère de la ville et celui de l’administration du territoire. Mais, vous savez que les moyens des collectivités sont très limités. Parce que, ce qui donne beaucoup plus de résultats aux opérations de déguerpissement, c’est après le déguerpissement qu’on doit procéder à l’aménagement des lieux déguerpis. Mais malheureusement, les communes sont très limitées en matière de mobilisation de recettes. Donc, les lieux déguerpis, si toute fois on n’arrive pas à les aménager, les gens reviennent. Les communes, leur rôle c’est de sensibiliser les citoyens. Et cela, ça se fait à travers les structures de jeunesse, les femmes et même avec les religieux dans les mosquées, dans les églises. C’est pour passer des messages, pour appeler les citoyens à changer de comportement par rapport à l’occupation anarchique des emprises. Je crois qu’il y a eu beaucoup d’efforts dans ce sens. Quelque soit la capacité des autorités locales à procéder à ces opérations de déguerpissement, tant que les citoyens eux-mêmes ne prennent pas conscience de ce qui se passe, c’est dans leur intérêt, on n’aura pas de résultats. Donc, c’est dans ce cadre-là que nous, en tant qu’autorité locale, nous nous inscrivons dans ce sens. Il faut toujours montrer aux citoyens qu’ils doivent participer au développement de leur collectivité. C’est pourquoi à chaque opération, que ça soit, l’assainissement, le curage des caniveaux, on essaye de faire participer les citoyens.

Guineematin.com : vous dirigez la commune en attendant l’installation de l’exécutif communal. Qu’est-ce que vous faites actuellement comme activité ?

Djely Mory Kourouma : certaines délégations spéciales sont mises en place depuis 2011. C’est à l’occasion des élections locales 2018, qu’à cause de la sécurisation des fonds, presque tous les membres des délégations spéciales étaient candidats aux élections. Donc, pour sécuriser le dénier public, l’autorité a pris un acte pour donner la gestion des affaires courantes aux secrétaires généraux et receveurs des communes pendant la période. Pour le moment, nous faisons la gestion des affaires courantes que sont : les salaires et le fonctionnement. Cette équipe n’a pas autorité de prendre un acte au nom de la collectivité.

Guineematin.com : bientôt l’installation des conseillers communaux. Quels sont les défis que cette nouvelle équipe devra relever ?

Djely Mory Kourouma : vous savez, les défis quand on parle, presque les collectivités locales de la Guinée ont les mêmes défis. D’abord le premier défi, c’est de sensibiliser les citoyens parce que quel que soit la volonté politique d’une autorité locale, si les citoyens n’accompagnent pas, il n’y aura pas un résultat. Donc, le premier défi, c’est d’inviter d’abord les citoyens à comprendre que c’est à eux d’abord qu’incombe le développement de leur localité. Si les citoyens comprennent, je crois que le programme de développement sera bien planifié à travers les techniciens, qui vont proposer aux élus, qui à leur tour prendront une décision par rapport à ça. Donc, le défi qui est là, premièrement c’est la sensibilisation. Et ensuite, promouvoir le développement à la base tout en faisant un diagnostic socio-économique. Parce que pour promouvoir quelque chose, il faut d’abord faire un diagnostic. Et, en fonction de ça, les conseillers qui vont bientôt être installés en collaboration avec les techniciens sectoriels, vont planifier un programme qu’on appelle PDN, qui s’étend sur cinq ans. C’est pour planifier les différentes actions qui vont être programmées durant leur mandat. Je crois avec ça, tout ce qui est lié à leurs préoccupations va être discuté au sein du conseil local. Et enfin, l’accompagnement des autres, notamment la société civile et des ONG, va aider à promouvoir le développement à la base.

Guineematin.com : un dernier mot ?

Djely Mory Kourouma : il faut que les citoyens comprennent que ce qui se dessine au niveau des collectivités, c’est dans leur propre intérêt. Donc, ils doivent participer activement à la mise en place de ces différents programmes tout en changeant de comportement parce que quel que soit l’effort, s’il n y a pas l’accompagnement des citoyens, je crois que l’effort qu’on va fournir sera inutile s’il faut le dire. Parce qu’un citoyen qui se permet de jeter les ordures dans la rue et qui dit toujours que je veux vivre dans un environnement propre. Je crois que ça c’est paradoxale. Il faut que les citoyens participent activement aux différentes actions programmées par les autorités locales.

Propos recueillis Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin