Chaque jour, les hôpitaux et autres structures sanitaires produisent une importante quantité de déchets appelés déchets médicaux et biomédicaux. Ceux-ci sont différents des ordures ménagères. Et c’est pourquoi ils sont gérés différemment.

Quels sont les différents types de déchets biomédicaux ? Quels sont les risques qu’ils représentent et comment sont-ils gérés ? Pour en parler, un reporter de Guineematin.com s’est entretenu avec Dr Ibrahima Sory Traoré, ingénieur biomédical en service à l’hôpital national Donka, à Conakry.

Décryptage !

Guineematin.com : tous les jours, les hôpitaux et les autres structures de santé produisent des déchets auxquels est réservée une gestion toute particulière. Pour commencer parlez-nous des catégories de ces déchets ?

Docteur Ibrahima Sory Traoré : les déchets médicaux et biomédicaux sont des déchets issus d’une activité médicale dans les structures médicalisées et des recherches, ou encore qui sont produits lors de la réalisation des campagnes de santé publique telles que les campagnes de vaccination au niveau des services techniques et de soins. Que ça soit dans les hôpitaux nationaux, les hôpitaux préfectoraux ou dans les centres de santé.

Ils sont souvent classés en deux catégories principales. D’abord les déchets médicaux assimilables aux déchets ménagers comme les emballages, les gants que les médecins portent pour des simples consultations. Ils représentent 80% de la production totale des déchets. Les autres 20% sont les déchets dangereux qui sont repartis aussi en deux groupes, en fonction de leurs provenances.

Il y a les déchets liés aux actes de soins représentant des dispositifs médicaux usagers comme les compresses, les seringues, et ceux comprenant des objets tranchants ou piquants comme les aiguilles. Il y a ensuite les déchets d’origine humaine comme les liquides et les matières biologiques telles que les urines, le sang, le reste des poches de sang qu’on utilise pour les malades et certains organes qui sont amputées dans les blocs opératoires ou dans les interventions chirurgicales. Ceux-ci sont des déchets à risque élevé qui doivent être détruits d’urgence dont le traitement nécessite beaucoup de compétences.

Guineematin.com : vous avez dit que certains de ces déchets sont très dangereux, d’où la nécessité de leur réserver un traitement particulier. Comment vous procédez concrètement pour vous débarrasser de ces déchets ?

Docteur Ibrahima Sory Traoré : en Guinée, les déchets biomédicaux sont gérés de différentes manières par rapport à certains centres de santé. Il y a d’abord au niveau des poubelles, la nécessité d’étiquetage des poubelles pour la séparation des déchets, que les déchets contaminés soient dans les poubelles étiquetées « déchets contaminés » et les déchets ménagers produits les accompagnants des patients qui doivent être mis dans un endroit précis. Et là il y a des problèmes parce que il y a parmi les accompagnants des patients, ceux qui ne sont illettrés qui mettent les déchets tels que les sachets d’eau, les Pampers au même endroit que les déchets contaminés, ce qui est très grave.

Ici à Donka, nous avons des incinérateurs, mais les agents qui sont formés pour l’incinération de ces déchets nous remontent certaines difficultés par rapport aux tris. Si le tri est mal fait, on ne va pas bien incinérer. Parce qu’il y a certains déchets tranchants et la durée de l’incinération varie en fonction des catégories de déchets. Et si vous mélangez les déchets, les incinérateurs peuvent prendre du temps, cela peut même jouer sur l’appareil qui va incinérer ces déchets-là. En plus, il y a des petites structures de santé qui n’ont pas un système d’incinération ou bien un système de traitement des déchets. Cela aussi pose problème.

Guineematin.com : il y a donc des risques de contamination liés à ces déchets ?

Docteur Ibrahima Sory Traoré : je vais d’abord donner les risques associés aux déchets médicaux. Ces risques s’adressent aux professionnels de santé, au personnel de maintenance, aux techniciens évoluant dans les structures de soins; les risques concernant également les personnels soignants dans les structures de santé et n’importe quelle personne pouvant être en contact avec les déchets; et les problèmes de santé inhérents aux déchets biomédicaux sont fonctions de leur nature.

Les principaux risques de contamination par les germes pathogènes se situent aussi au niveau de l’incinération. Si les déchets ne sont pas bien incinérés, vous allez voir certains professionnels qui traitent les personnes s’infecter eux-mêmes. Quand l’affaire d’Ebola est venue en Guinée, c’est les médecins qui étaient les premiers à être contaminés. Quand les protocoles ne sont pas bien respectés, c’est toujours les médecins traitants qui seront les premiers à être contaminés.

Guineematin.com : comment peut-on contracter une maladie à travers ces déchets ?

Docteur Ibrahima Sory Traoré : vous savez, les germes peuvent se transmettre même à travers l’air. Quand vous laissez les déchets à l’air libre, ils ne sont pas bien protégés, le vent vient prendre les germes qui sont invisibles à l’œil nu et qui peuvent être contractés par les malades, les accompagnants et qui peuvent donner certaines maladies qu’on appelle des maladies nosocomiales. C’est-à-dire, tu viens pour te traiter, tu rentres avec des germes dont tu ne connais l’origine. Le même jour tu ne te rends pas compte, c’est seulement après quelques jours que tu sauras que tu as contracté une maladie sans savoir où tu l’as contractée. Et cela, parce les déchets biomédicaux ne sont pas gérés comme ça se doit.

Guineematin.com : vous avez évoqué des problèmes liés à la gestion des déchets biomédicaux, qu’est-ce que vous préconisez pour les résoudre et éviter justement d’éventuelles contaminations ?

Docteur Ibrahima Sory Traoré : ce que je déplore dans cette affaire de déchets biomédicaux, c’est le fait de mélanger les déchets biomédicaux avec les déchets ménagers et qui s’acheminent aux dépotoirs d’ordures, chose qui est extrêmement dangereux pour la population.

C’est ainsi donc que je vais appeler tout le monde à la prise de conscience par rapport à ces pratiques. À commencer par les agents de santé, les malades, l’Etat aussi à des ressources limitées mais il a sa responsabilité. Parce que les personnels soignants et les malades et les autres personnes saines, c’est l’Etat qui doit les protéger en fonction de ses moyens.

Mettre les moyens à la disposition des gens pour faire des campagnes de sensibilisation et pourquoi pas faire une semaine de diminution des déchets biomédicaux comme en France. Encourager les entrepreneurs à s’intéresser à ce domaine parce l’Etat tout seul ne peut pas tout faire, il faut encourager les investisseurs à investir dans ce domaine en créant des entreprises de destruction des déchets biomédicaux.

Interview réalisée par Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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