Le CIRD, en collaboration avec GIZ, poursuit sa campagne de sensibilisation contre l’excision, et les mariages précoces et forcés sur le terrain. Une mission du Centre International de Recherche et de Documentation s’est rendue hier lundi, 10 septembre 2018 à Labé. Elle a échangé avec les habitants de la ville autour des méfaits de ces pratiques récurrentes dans notre pays, a constaté un correspondant de Guineematin.com sur place.

L’équipe du Centre International de Recherche et de Documentation (CIRD) a été accueillie dans la salle de conférence du centre d’écoute, de conseil et d’orientation des jeunes (CECOJE). La rencontre a connu une forte mobilisation de sages, de femmes et de jeunes venus de tous les quartiers de la commune urbaine de Labé.

D’entrée de jeu, le chef de la mission, Amadou Lamarana Diallo, a expliqué l’objectif de cette campagne de sensibilisation : « Notre visite vise à sensibiliser les populations de toutes les couches sociales sur les deux phénomènes que constituent les mariages précoces et les mutilations génitales féminines. Mais nous sommes venus surtout pour écouter parce que nous pensons que les sensibilisations qui ont eu lieu depuis des années n’ont pas portées.

C’est pourquoi, les enquêtes montrent que la Guinée fait partie des 28 pays africains où se pratiquent le plus l’excision. Et les filles se marient très tôt : 30% des filles en Guinée se marient avant 15 ans et 60% avant 18 ans. Et entre 2012 et 2016, on a constaté après deux enquêtes que l’excision n’a pas du tout baissé en Guinée. On est toujours à une moyenne de 97 %. Et ici dans la région administrative de Labé, c’est 99%, la plus forte prévalence qui puisse exister.

Ça veut dire que toutes les sensibilisations ont été battues en brèche parce qu’on appelle les traditions, les cultures et les mœurs. C’est pourquoi, le CIRD a jugé utile de revenir vers les populations pour qu’elles s’expriment et qu’elles révèlent les meilleures stratégies qui puissent s’adapter à nos aires culturelles », a dit Amadou Lamarana Diallo.

Les sensibilisateurs du CIRD ont procédé ensuite à la projection d’un film documentaire qui montre les conséquences liées aux mariages précoces et forcés et les mutilations génitales féminines, avant de donner la parole au public pour qu’il puisse poser des questions et avoir des éclaircissements. Certains citoyens de la ville ont également pris la parole pour donner quelques stratégies à mettre en œuvre pour réussir ce combat.

Et selon Aminata Diallo, présidente du club des jeunes leaders de Labé, il faut d’abord éduquer et former les jeunes filles. « Pour être à l’abri du mariage précoce, les filles ne doivent pas être ambitieuses. Il faut également que nous filles, qu’on change nos comportements. Deuxième solution, c’est de démultiplier ce genre de campagnes de sensibilisation même dans les villages les plus reculés. Parce que c’est dans ces parties de la Guinée que ces pratiques sont récurrentes. Et dernièrement, il faut instaurer la communication entre parents et filles », préconise la jeune fille.

Et cette initiative du CIRD soutenue par la GIZ, a été vivement saluée par les autorités locales. En s’exprimant au nom du préfet de Labé, Lancinet Sangaré, le secrétaire général chargé des collectivités décentralisées, a remercié les organisateurs de cette campagne et dit espérer que celle-ci portera fruit à Labé : « Au nom du préfet de Labé, je remercie ceux qui ont organisé cette rencontre. Je rappelle que ces deux phénomènes sont pratiqués chez nous depuis longtemps. Chers jeunes, si vous êtes invités ce soir dans cette salle, c’est pour mieux maîtriser ces sujets. Au sortir de cette salle, il faut que vous soyez des démultiplicateurs de ce que vous avez appris. Une fois encore, j’ai la double assurance que votre assurance ici apportera un plus dans la lutte contre la mutilation génitale féminine chez nous et contre les mariages précoces et forcés », a déclaré le représentant du préfet de Labé.

A la fin des travaux de cette campagne de sensibilisation dans la commune urbaine de Labé, un groupe de dialogue communautaire a été mis en place. Il représentera le CIRD afin de remonter toutes les informations liées aux phénomènes de l’excision, des mariages précoces et forcés. Le CIRD se servira également des réflexions issues de ce groupe de dialogue communautaire pour approfondir la démarche sur cette stratégie.

Le centre va en faire un micro projet qui sera soumis aux partenaires techniques et financiers de la Guinée, à tous les intervenants dans ce domaine pour qu’ils puissent appuyer les réalisations sur le terrain, afin de mettre fin aux mariages précoces et forcés et les mutilations génitales féminines en Guinée. Après la commune urbaine de Labé, la mission du CIRD se rendra demain mercredi, 12 septembre dans la sous-préfecture de Hafia pour poursuivre cette campagne.

De Labé, Alpha Boubacar Diallo pour Guinéematin.com

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